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    Economie

    Marché de gros: La recette communale sécurisée, pas le risque sanitaire

    Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5521 Le 22/05/2019 | Partager
    Aucun prélèvement pour détecter les résidus chimiques n’est effectué
    Vrac, défaut de facturation et mainmise de l’intermédiation, les signes distinctifs
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    La plateforme dédiée aux mandataires était dans un état de délabrement avancé. La toiture assurait peu de protection contre la pluie et l’éclairage était également défaillant (Ph. Jarfi)

    Peau neuve pour le marché de gros de Casablanca. «Réfection des infrastructures, renforcement de sécurité et du contrôle de flux des marchandises  et informatisation des services de taxation», se félicite Jaafar Essabbane, directeur de la plus grande  plateforme marocaine des fruits et légumes.

    L’opération, menée depuis fin 2017, aura coûté 36 millions de DH, dont 30 millions supportés par la commune de Casablanca. Le reste par le  Fonds des travaux. C’est une première, puisque aucun dirham n’y a été investi depuis la mise en service du plus grand marché du pays en 1986. A tel point que l’infrastructure s’était trop dégradée et l’insécurité y régnait en maître absolu.

    Défaut d’éclairage, infrastructures vétustes, difficulté de circulation et surtout de gros risques d’agression pour les usagers qui manipulent de grosses sommes d’argent. «Certains clients ne s’y rendaient qu’après la levée du jour, de crainte d’être agressés», confie un commerçant. Alors que l’activité était très animée dès 3 heures 30 du matin jusqu’à 14 heures.

    A l’exception du vendredi, jour de fermeture. Le facteur qui a déclenché l’opération  de mise à niveau est la forte baisse de la recette communale qui est passée de 142 millions de DH en 2010 à 115 millions en 2014. «En 2018, elle a été rétablie à son niveau initial et affiche un trend haussier sur les premiers mois de l’année en cours», analyse Essabbane.

    Excepté cet aspect, les problèmes posés par la gestion du marché restent entiers. Ils concernent principalement les volets économique et sanitaire. Sans occulter l’accès aux agriculteurs au marché et la réduction de la pléthore des intermédiaires avec une cascade des marges bénéficiaires qui en résultent et le renchérissement des prix au grand dam du producteur et du consommateur (voir schéma).

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    La vente sur camions a été améliorée via l’aménagement de deux quais de chargement et déchargement des marchandises  (Ph. Jarfi)

    Pour le moment, aucune unité de valorisation n’y a été installée. Les flux des fruits et légumes arrivent en vrac et repartent dans le même état. A l’exception des marchandises qui ont subi une transformation en dehors du marché. C’est le cas de produits importés ou refoulés à l’export.

    Or, une transformation est génératrice de valeur ajoutée, de création d’emplois et de recettes pour les caisses de l’Etat. Car une ouvraison même primaire (emballage et conditionnement) induit automatiquement l’application de la TVA. Dans le cas des fruits et légumes, c’est le taux de 10% qui est en vigueur. Mais encore faut-il instaurer l’obligation de la facturation.

    «Ici plusieurs milliards de DH sont brassés annuellement, en espèces mais pas la bribe d’une trace comptable», reconnaît le directeur du marché. Au demeurant, les sorties de marchandises ne sont pas contrôlées ni comptabilisées pour être au fait de l’approvisionnement du marché au détail ou encore évaluer les volumes stockés pour dissuader la  spéculation.

    De plus, le marché de gros de Casablanca est devenu une enceinte réservée aux marchands et intermédiaires. Cela fait longtemps que les agriculteurs y ont été évincés. Aujourd’hui même, les gros parmi les agriculteurs ne peuvent s’y hasarder  de crainte de laisser des plumes face aux lobbies qui ont la mainmise sur les transactions.

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    Entre le producteur et le consommateur, le produit peut passer par 8 transactions et commissions. Du coup, le prix payé au producteur peut être multiplié par 10 fois, voire plus

    Or le dahir du 23 juin 1960 relatif à l’organisation communale et l’arrêté ministériel du 7 février 1962 fixant les charges des mandataires des marchés de gros sont on ne peut plus clair. Les mandataires doivent avant tout faciliter la vente  aux agriculteurs. Ce qui était courant jusqu’à la fermeture du marché de gros du quartier Belvédère, enceinte connue sous le nom de «marché crio».

    L’arrêté détermine notamment les conditions d'aptitude à la charge du mandataire, la procédure de nomination, la durée du mandat, le taux de la taxe autorisée, les modalités de rémunération, les règles applicables à l'exploitation du marché de gros et au contrôle administratif ainsi que les sanctions administratives. Au nombre de 40, deux par carreaux, ces mandataires sont rémunérés à raison de 1 point sur 7 points de pourcentage de la taxe prélevée. C’est dire l’importance de la rente.

    Plus grave encore, l’absence inexpliquée de l’Office national de sécurité des produits alimentaires (Onssa). Aucun prélèvement d’échantillons pour analyses des produits proposés à la vente n’est effectué. Le consommateur final n’est donc pas à l’abri des  résidus chimiques. Pourtant, il est de notoriété publique que certains agriculteurs orientés exclusivement marché local traitent avec des produits dangereux pour la santé. De surcroît d’importation frauduleuse.

    De même des fruits et plantes aromatiques sont traités par des spécialités qui s’attaquent à leurs cellules et présentent une rémanence assez longue. C’est particulièrement le cas de la banane et de la menthe.

    Pourtant, le marché de gros de Casablanca reste le premier fournisseur de plusieurs villes du pays. Classé 20e au niveau mondial, il traite entre 1,1 et 1,4 million de tonnes de produits agricoles par an.

    Construit sur 34 hectares, il abrite 250 magasins, une plateforme couverte à charpente métallique dédiée aux mandataires et deux quais pour la vente sur camions. L’enceinte est desservie quotidiennement  par 25.000 personnes, un millier de véhicules et quelque 5.000 tonnes de marchandises.

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    Le bloc sanitaire a été revisité pour améliorer la propreté. Mais est-ce suffisant pour une enceinte qui reçoit 25.000 personnes par jour?  (Ph. Jarfi)

    Néanmoins, «les recettes de la commune se sont inscrites en baisse tendancielle entre 2010 et 2014 passant de 140 à 115 millions», constate le directeur. Et visiblement, c’est cette perte de recettes qui a accéléré le déploiement du plan d’action 2016-2019. Une situation que le directeur du marché attribue  aux malversations de certains clients «assistés» de quelques  agents administratifs.

    Sans vouloir donner d’indication sur les responsables et encore moins sur les suites qui ont été réservées aux agents impliqués, le directeur expose quelques-unes des combines. De la sous-déclaration à la tromperie sur la nature de la cargaison des camions, voire des passages «clandestins de camions». Un chargement de kiwi ou d’ananas   d’importation était «déguisé en oignons ou pommes de terre».

    Des produits dont le prix est souvent de loin en dessous de 1 DH/kg. Et les exemples ne s’arrêtaient pas à ce genre de pratiques. D’aucuns utilisaient les documents d’un chargement légalement déclaré pour en faire passer une dizaine dans le même jour. «Aujourd’hui la situation est mieux maîtrisée», souligne le directeur. En cas de fraude sur la tare, le nombre de caisses ou le tonnage du chargement, le camion est bloqué.

    En ce qui concerne la sécurité et la fluidité de la circulation, une soixantaine de caméras ont été installées et connectées à la salle de surveillance. Et les mesures peuvent être prises en temps réel. Le soulagement est également visible. Les nids de délinquance ont été mis à nu et assainis. Avec à la clé la présence renforcée des forces de l’ordre.

    36 millions de DH investis

    En juillet 2015, le conseil communal de la ville de Casablanca avait confié la gestion et la mise à niveau du marché de gros de fruits et légumes à Casa Prestations. Celle-ci a engagé un plan d’action (2016-2019) pour la modernisation des équipements, le renforcement du contrôle des flux et de la sécurité ainsi que l’amélioration de l’assainissement et de la propreté. A cet effet, un programme d’investissements avait été établi et validé par le Conseil de la ville, avec une enveloppe de 36 millions de DH. Sur ce montant, 30 millions de DH ont été supportés par la commune de Casablanca et le reste par le Fonds des travaux.
    La rénovation du marché a porté sur la réfection des magasins et modules pour un montant de 9,5 millions de DH. La réalisation de charpentes métalliques pour la zone de vente des herbes (3,4 millions de DH) et les espaces carreaux dédiés aux mandataires (3,6 millions DH). Ces espaces ont été départagés en quatre parties pour assurer la fluidité des activités. Deux quais pour la vente sur camions ont été également aménagés. S’ajoute aussi la mise en place d’un réseau local et d’une salle informatique dont le coût s’élève à 1,3 million de DH. Des projecteurs et 64 caméras de surveillance ont été installés pour renforcer la sécurité.

    142 millions de taxation en 2018

    La taxe communale se base sur un prix de référence fixé deux fois par semaine sur la moyenne des prix constatée par produit. Selon la direction du marché de gros de Casablanca, elle est acquittée la semaine d’après.  Elle représente 7% de la valeur des marchandises pour la vente sur camions et les carreaux des mandataires. Ces derniers en perçoivent 1% en tant que rémunération «de leurs services».
    En revanche, les magasins (250) n’acquittent que 6%. En plus, ils versent des redevances d’occupation temporaire variant entre 1.900 et 4.900 DH selon la superficie. 

    A.G.

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