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    Jésus, une grande figure biblique du Coran - Episode 7: Le Temple de Jérusalem

    Par L'Economiste | Edition N°:5519 Le 20/05/2019 | Partager
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    Les pharisiens constituent le mouvement le plus puissant du temps de Jésus avec plus de 6.000 membres. Une grande partie des rabbins, qui sont les maîtres spirituels, font partie de ce mouvement. Ils ont une grande connaissance des Ecritures et c’est parmi eux que sont recrutés les scribes qui écrivent et qui interprètent la Loi (Crédit DR)

    Pour les juifs, le Temple de Jérusalem est le lieu de rencontre entre Dieu et les hommes et le centre de la vie spirituelle ; l’endroit où l’on vient prier et offrir des sacrifices. À l’origine, le Premier Temple était une tente (le Tabernacle), érigé à l’époque de Moïse mais le temple en pierre a été construit à Jérusalem par Salomon en 967 av. J.-C. pour abriter en permanence la chasse sacrée des Tables de la Loi. Il a été détruit par les Babyloniens en 586 av. J.-C. et reconstruit vers 520 avant notre ère. Du temps de Jésus, c’est Hérode qui l’a agrandi et embelli avec une vaste esplanade d’environ 15 hectares. Une grande partie de l’esplanade, appelée «le parvis des païens», est accessible aux non-juifs. Le Temple a été détruit par le Romain Titus en l’an 70 et jamais reconstruit depuis. Pour les juifs, la destruction du Temple, appelé la «Maison», est intervenue en 68 de notre ère.  Au fond, on trouve une petite pièce appelée le «saint des saints», dans laquelle le grand prêtre pénètre une fois par an, à l’occasion de la grande fête du Yom Kippour. Dans cette pièce, sont déposées les nouvelles Tables de la Loi, un pot de manne et les cendres de la vache rousse. Durant la vie de Jésus, le Temple de Jérusalem constitue le cœur spirituel du monde juif et Jésus y viendra souvent pour enseigner. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’au Temple, du temps de Jésus, un culte est quotidiennement célébré par les prêtres, aidés de leurs assistants qu’on appelle «lévites». Chaque matin et chaque soir, un agneau est égorgé sur l’autel situé devant le Temple, sa dépouille est ensuite consumée par le feu. Le jour du shabbat, on ajoute un troisième animal. De plus, les Romains payent pour qu’il soit offert tous les jours un sacrifice pour l’empereur et pour l’Empire. Des particuliers peuvent demander de procéder à des sacrifices en hommage à Dieu ou pour implorer son pardon. Les prêtres font brûler, également, de l’encens dans le lieu saint et récitent des prières. Sur le plan organisationnel, une partie du peuple juif se consacre au fonctionnement de la vie religieuse, notamment celui du Temple de Jérusalem. Il y a d’abord des milliers de prêtres, dont la charge est héréditaire du temps de Jésus. Ils sont dispersés dans tout le pays et répartis en vingt-quatre classes dirigées chacune par un chef. Le service du Temple se fait en rotation, en ce sens que chaque semaine est attribuée à une classe de prêtres. Au sommet de la hiérarchie, se trouve le grand prêtre qui, du temps des Romains, fait figure de véritable représentant de la nation juive. C’est lui seul qui peut pénétrer dans le saint des saints une fois par an. Avec l’expansion de l’islam naissant, Jérusalem a été conquise, en 638 de notre ère, par les armées venues d’Arabie, sous le règne de Omar Ibn Khattab, deuxième calife, après la mort du prophète Mohammed. Aujourd’hui, il ne reste du Temple que le Mur des lamentations que les musulmans ont laissé lors de la construction du Dôme du Rocher, puis celle de la mosquée Al-Aqsa. Depuis la guerre des Six Jours de 1967, le Mur des lamentations est devenu un lieu de prières et la place y attenant se présente comme une synagogue à ciel ouvert, avec une section réservée aux hommes, et une autre aux femmes. La plupart des juifs religieux s’abstiennent de mettre les pieds sur l’esplanade des Mosquées, pour éviter de se retrouver à l’emplacement sacré du saint des saints. Signalons que le Mur des lamentations a été appelé ainsi car c’est là où les juifs viennent pleurer la destruction du Temple. Du temps de Jésus, le grand prêtre préside une institution religieuse importante, appelée le «Sanhédrin», sorte de conseil où siègent les prêtres et les représentants de l’aristocratie. Au premier siècle ap. J.-C., une grande autorité a été donnée à des spécialistes de la Loi, guides spirituels pour le peuple. Ils sont appelés «scribes» ou «maîtres de la Loi». Plus tard, en français, on parlera de «rabbins», dont la mission est d’expliquer la Loi ainsi que les règles à suivre dans les différentes situations de la vie. Du temps de Jésus, on les nomme «rabbis», «maîtres», comme on l’a fait souvent pour Jésus. En dehors du Temple, il y a la synagogue, dont l’origine remonte à la période du Second Temple, vers 500 ans av. J.-C. Si, à l’origine, sa dimension religieuse et spirituelle est limitée, elle a pris une importance grandissante, au fil du temps, à tel point qu’elle est devenue le centre incontournable de la communauté juive, où s’exercent de nombreuses activités, tels l’étude et l’apprentissage de la Torah, le service de repas pendant le shabbat et les fêtes, le dépôt de fonds communautaires provenant des aumônes. C’est aussi le siège des tribunaux, lieu d’assemblée, lieu d’hébergement, de domicile pour les fonctionnaires de la synagogue. Ces différentes fonctions de la synagogue sont décrites par Lee I. Levine dans son article «Les fonctions de la synagogue ancienne». Tel se présente le cadre religieux dans lequel est né et a grandi Jésus. Mais la description de ce cadre serait incomplète si on ne parle pas des différents courants du judaïsme qui ont marqué l’époque de Jésus.

    Les différents courants du judaïsme à l’époque de Jésus

    À l’époque où est né Jésus, il existe divers courants du judaïsme. Les plus connus étant les pharisiens, les saducéens et les esséniens, dont l’origine semble remonter au IIe siècle av. J.-C., mais ils ne sont pas les seuls.
    - Les pharisiens: c’est le mouvement le plus puissant du temps de Jésus avec plus de six mille membres. Il se distingue par sa pureté par rapport aux rites excessifs et mercantiles du Temple. Il prêche le respect strict de la Loi de Moïse, la Torah,

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    même dans ses aspects les plus rudimentaires. Une grande partie des rabbins, qui sont les maîtres spirituels, font partie de ce mouvement. Ils ont une grande connaissance des Ecritures et c’est parmi eux que sont recrutés les scribes qui écrivent et qui interprètent la Loi. Les pharisiens adoptent plusieurs croyances controversées à l’époque, comme l’existence d’un au-delà, l’existence des anges. Ils aiment débattre de la Loi et adoptent des règles supplémentaires qui forment la Loi orale, à côté de la Loi écrite. Pour eux, la religion doit se pratiquer dans la synagogue où il n’y a pas lieu de faire des sacrifices. C’est un lieu de prières, de lecture et de méditation. Au sein du mouvement, existent deux tendances: l’une rigoriste, l’autre plus souple. Les pharisiens respectent, de façon rigide, le repos hebdomadaire du shabbat et pratiquent le jeûne deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, comme le fait aujourd’hui une partie des musulmans. Jésus professe certaines idées des pharisiens mais critique souvent leur comportement, notamment leur vanité, le culte de Dieu de façon démonstrative, leur manque d’humilité, le droit qu’ils se sont arrogés d’interpréter la Loi, leur attachement au détail et leur négligence de l’essentiel. Il a fait cette déclaration, à leur propos: «Malheur à vous scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin et vous avez laissé ce qui a le plus de poids dans la Loi, la justice, la miséricorde et la foi.» (Matthieu, XXIII, 23). Dans tous les cas, les pharisiens vont constituer les ancêtres spirituels des juifs des siècles suivants. Paul a fait partie des pharisiens.
    - Les sadducéens: ce mouvement a été important du temps de Jésus et son appellation semble provenir du nom de Saddoq, nommé grand prêtre par Salomon. Ses membres sont attachés au culte du Temple et aux rites liés aux sacrifices. Parmi eux, il y a les hauts fonctionnaires religieux de Jérusalem ainsi que ceux qui appartiennent aux familles des grands prêtres et tous ceux qui profitent du commerce religieux dans la Ville sainte. Contrairement aux pharisiens qui sont plus proches du peuple, les sadducéens, attachés à leurs privilèges, fréquentent plutôt une partie de l’aristocratie et les hommes du pouvoir. Ils s’en tiennent aux règles de la Loi et rejettent certaines croyances qui leur paraissent étrangères, comme la vie dans l’au-delà, la résurrection et les anges. Ils pensent que chacun est récompensé ici-bas, selon ses mérites. Ce qui explique, d’après eux, leur richesse et leur prospérité. Ce groupe a totalement disparu après la destruction du Temple, en l’an 70 de notre ère.
    - Les esséniens: contrairement aux pharisiens qui mènent une vie normale au milieu des autres, les esséniens, à l’époque de Jésus, vivent dans des communautés fermées et à l’écart des autres mouvements du judaïsme. Ils rejettent la légitimité des grands prêtres asmonéens et les règles qui ne respectent pas l’observation stricte des commandements de la Loi. Ils se considèrent comme la véritable communauté qui soit fidèle à Dieu, vivant avec Lui dans le cadre d’une nouvelle alliance. Ils désapprouvent les sacrifices offerts dans le Temple de Jérusalem. Ils croient que, un jour, une guerre se produira et Dieu interviendra pour rétablir la justice sur terre. Les secrets du mouvement des esséniens ont été dévoilés par des manuscrits de la mer Morte, appelés «Manuscrits de Qumran», notamment ceux qui ont été découverts en 1984. On y découvre qu’ils ne veulent avoir aucune relation avec les gens du Temple, à tel point qu’ils ont adopté un calendrier qui leur est propre. Ils sont convaincus que la fin des temps est imminente et qu’il faille s’y préparer.
    Certains chercheurs américains, dont James Tabor, ont soutenu que Jésus, sans appartenir de façon officielle aux esséniens, a adopté leurs idées et leurs pratiques. Ils donnent comme preuve le fait que Jésus ne se soit jamais marié. Ce qui est impensable à cette époque, sauf pour les esséniens qui prônent le célibat. Comme les sadducéens, ils ont disparu de la scène religieuse avec la destruction du Temple en l’an 70.
    - Les zélotes: c’est l’historien juif  Flavius Josèphe qui rapporte qu’il a existé à côté des pharisiens, des sadducéens et des esséniens, plusieurs mouvements originaires de la Galilée dont les activités visent la rébellion contre l’occupant romain, mais également, contre les juifs qui collaborent avec eux et contre les collecteurs des impôts. Leur mouvement a une dimension politique avec un fondement religieux. Il s’agit, principalement, du mouvement des zélotes que l’historien juif  Flavius Josèphe qualifie de quatrième philosophie pour le distinguer des autres mouvements. D’ailleurs, Simon, le plus jeune frère de Jésus, devenu membre du conseil des douze apôtres, a été surnommé «le zélote».
    - Les sicaires: ce mouvement est une branche des zélotes. Ses membres sont nommés sicaires, du grec sikaroi, lui-même dérivé du latin qui signifie (poignard à manche courbé), car ils sont porteurs de poignards. Il est né en l’an 6 pour s’opposer au recensement décidé par Quirinus, pour établir la liste des gens qui doivent payer l’impôt aux Romains. Les sicaires ont mené des actions à Jérusalem et dans les campagnes contre les Romains et leurs collaborateurs juifs. Opposants à l’occupation romaine et à l’aristocratie juive qui lui est inféodée, ils assassinent leurs adversaires, en plein jour, allant jusqu’à égorger le grand prêtre Jonathan, pendant la fête de Pâque, en pleine cour du Temple. Les activités et actions des sicaires ont fait l’objet de plusieurs écrits et même de romans, dont celui du Portugais José Rodriguez dos Santos intitulé L’Ultime Secret du Christ. Certains théologiens, dont Samuel Brandon, dans son ouvrage «Jésus et les Zélotes», soutiennent que Jésus a fait partie des sicaires et à ce titre, a mené des actions violentes. Ils donnent pour preuves certaines déclarations de Jésus, telles: «Je ne suis pas venu apporter la paix mais la guerre.» (Matthieu X, 34). Cependant, aucune preuve historique n’a été apportée concernant cette appartenance. Plus récemment, le 7 octobre 2016, l’hebdomadaire français Le Point a publié un article au titre provocateur «Jésus était-il un terroriste?», faisant allusion à son appartenance présumée au mouvement des sicaires.
    - Les baptistes: dirigé par Jean-Baptiste, cousin de Jésus, ce mouvement prône un pardon par le baptême et non pas par les rites du Temple. Jean-Baptiste, comme nous allons le voir, baptise ceux qui viennent à lui dans le fleuve du Jourdain, dont, notamment, Jésus.
    - Les samaritains: ils ont en commun, avec les autres juifs, le pays et la Loi mais rejettent le Temple de Jérusalem. Ils ont construit leur propre lieu de culte sur le mont Garizim, proche de l’actuelle Naplouse, en Palestine.
    Ce mouvement existe toujours de nos jours et compte quelques centaines de personnes.

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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