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    Analyse

    Formation des enseignants: Les licences en sciences de l’éducation n’attirent pas!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5515 Le 14/05/2019 | Partager
    Faible engouement pour les filières lancées cette année
    Ouverture tardive des inscriptions et manque de communication en cause
    Peut-on convaincre les meilleurs bacheliers de s’y orienter?
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    Les quelque 80 licences en sciences de l’éducation accréditées par le département de l’Enseignement supérieur n’ont pas toutes été ouvertes. Seules 57 ont réellement démarré. Au total, 1.674 étudiants s’y sont inscrits. En démarrant la communication et les affichages autour de ces filières assez tôt, les universités espèrent drainer plus de candidats cette année   

    «Changer complètement de paradigme en matière de formation des enseignants». C’était l’ambition du ministre de l’Education nationale Saaïd Amzazi en lançant à la rentrée 2018-2019 les licences en sciences de l’éducation dans les universités publiques. «Auparavant, c’était les jeunes se retrouvant au chômage avec une licence qui s’orientaient vers l’enseignement.

    Aujourd’hui, nous souhaitons sélectionner les meilleurs parmi les bacheliers, comme l’ont fait les Coréens, les Finlandais… Pour une licence complétée par deux années dans les Centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation (CRMEF), soit un cursus de cinq ans», explique le ministre.

    En effet, ces dernières années, le ministère sélectionnait ses enseignants parmi des licenciés peu motivés, qui suivaient une formation éclair d’environ 8 mois dans les CRMEF, avant d’être affectés à leurs classes. Parfois, comme ce fut le cas en 2016-2017, ils étaient intégrés sans aucune préparation préalable. Une bêtise extrême, aux conséquences bien fâcheuses...   

    Toutes les universités ont ainsi proposé des filières pour former des profs pour le primaire et le secondaire. Près de 80 licences professionnelles accessibles sur concours ont été montées. Le succès n’a toutefois pas été au rendez-vous. Peu de bacheliers se sont orientés vers ces parcours. «Nous avons lancé deux filières, en physique-chimie et informatique, mais nous n’avons reçu que peu de candidatures.

    Après le processus de sélection, nous n’avons pu garder que 6 étudiants», témoigne Omar Saddiqi, doyen de la faculté des sciences de Casablanca Aïn Chock. Impossible d’ouvrir une licence professionnelle pour un si faible effectif. Les 6 étudiants ont donc été transférés à l’Ecole normale supérieure (ENS).

    Même constat dans d’autres facultés, où peu d’inscriptions ont été enregistrées et où la formation a dû être annulée. Actuellement, seules 57 filières sur les quelque 80 accréditées sont ouvertes (voir illustration). «Ceci est en partie dû au manque de communication autour de ce cursus auprès des bacheliers», interprète Saddiqi.

    A l’université d’El Jadida, deux licences en sciences de l’éducation ont été ouvertes. La première, en sciences industrielles à l’ENSA, vise à former des enseignants pour les lycées techniques (en bac professionnel, classes prépas…). La deuxième, en sciences économiques et gestion, a été mise en place à la faculté de droit, pour diplômer des enseignants du secondaire. Chacune accueille environ une vingtaine d’étudiants seulement.

    «Cette année, nous avons soumis 3 filières supplémentaires pour accréditation, pour le primaire et le secondaire, qui seront dispensées dans notre nouvelle école», annonce Rachid Hilal, vice-président en charge des affaires académiques.

    L’université ouvre en septembre son Ecole supérieure de l’éducation et de la formation (ESEF). Toutes les universités disposant d’une ENS doivent, d’ailleurs, la transformer en ESEF. Celles qui en sont dépourvues, doivent créer une ESEF. «Ces écoles, spécialisées en sciences de l’éducation, proposeront aussi des masters en didactique des disciplines, pédagogie… et par la suite, des doctorats», précise Hilal.   

    «Ce n’est que le démarrage»

    A la faculté des lettres et sciences humaines de Rabat, cinq licences ont été proposées, soit le plus grand nombre à l’échelle de l’Université Mohammed V. Chacune compte près d’une quarantaine d’étudiants. «La faiblesse des inscriptions est due à l’ouverture postérieure des inscriptions dans ces filières de l’éducation par rapport aux licences d’études fondamentales», explique Jamal Eddine El Hani, doyen.

    «Par ailleurs, il ne faut pas oublier que c’est une première expérience. Tous les bacheliers n’étaient pas au courant de cette nouvelle formation», ajoute-t-il.  

    L’université d’Agadir, pour sa part, a ouvert trois filières (enseignement primaire, informatique et anglais). L’affluence n’est pas massive, néanmoins, l’université s’en est tirée mieux que d’autres, avec près de 180 étudiants. 

    «Cette année, les licences en sciences de l’éducation n’ont pas fait l’objet d’un grand engouement. Ce n’est, cependant, que le démarrage. Nous devons aussi arriver à convaincre les meilleurs bacheliers de s’y inscrire, avec une valorisation des bourses et autres avantages. La réflexion est en cours», souligne le ministre.

    Dans l’état actuel des choses, un bachelier brillant peut-il laisser tomber une carrière en médecine, ingénierie, architecture… Pour s’inscrire en sciences de l’éducation? Pas si sûr… Surtout que le statut social des enseignants s’est dégradé ces dernières décennies, et que leur rémunération fait partie des moins attractives.

    «C’est un aspect également très important. Dans les années 70 et 80, le salaire des enseignants du primaire-secondaire figurait parmi le top 5 de la fonction publique. Actuellement, il ne fait même pas partie du top 12», reconnaît Amzazi. C’est donc tout un package qu’il faudrait mobiliser.

                                                                        

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    200.000 profs à engager: Pourra-t-on les former?

    Avec l’accélération des départs à la retraite et l’augmentation continue des effectifs des élèves, le besoin en recrutement d’enseignants est  énorme. Selon les estimations du ministère de l’Education nationale, pour pouvoir tourner correctement, le secteur doit embaucher 206.096 profs d’ici à 2030.

    L’effort à consentir en matière de formation est également considérable. Il faudra compter près de 18.000 lauréats chaque année pour assurer des profils employables. A elles seules, les universités sont incapables d’assurer cet effectif. Le dispositif de formation doit donc être redimensionné. Comment le ministère compte-t-il procéder? C’est la grande question.

    Cela dit, combler ce besoin en enseignants dépendra aussi des postes budgétaires qui seront alloués. Le ministère de l’Education nationale ne reçoit pratiquement jamais les effectifs qu’il demande. Et d’année en année, le déficit se creuse, mettant en péril la qualité de tout le système. Cette année, le département de Saaïd Amzazi n’a reçu que 15.000 postes, alors qu’il en fallait 21.520.

    «Les disparités entre régions sont en outre importantes, avec des turnovers très élevés, car tout le monde veut s’installer dans de grandes villes. Certaines régions sont quasiment désertes», relève Abdelhafid Debbarh, ancien secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur, actuellement conseiller à la présidence de l’Université internationale de Rabat. D’où l’intérêt du recrutement régional, aujourd’hui décrié par les enseignants cadres des Académies régionales de l’éducation et de la formation. 

    Ahlam NAZIH

     

     

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