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    Tribune

    Quand est-ce qu’on s’attaquera vraiment à la corruption?

    Par Pr. Faouzi LAKHDAR-GHAZAL Moussa EL KHAL | Edition N°:5509 Le 06/05/2019 | Partager
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    La corruption est le nom qui provient du verbe corrompre. Selon le dictionnaire Larousse, il provient du latin corrompre, de rumpere, qui veut dire rompre:
    Altérer ce qui est considéré comme juste, sain, correct: des spectacles stupides qui corrompent le goût. Corrompre la langue par des emprunts étrangers.
    Pervertir quelqu'un, un groupe, altérer ce qu'il y a de sain et d'honnête en eux: L'argent facile des trafics corrompt la jeunesse.
    Séduire quelqu'un par des présents ou des promesses, l'amener à agir contre sa conscience ou les devoirs de sa charge; soudoyer, suborner: Tenter de corrompre un fonctionnaire pour obtenir un marché.

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    Selon Transparency International «La corruption est l’abus de pouvoir, reçu en délégation, et ce à des fins privées».

    D’un point de vue juridique, c’est un acte pénalement répréhensible qui consiste, pour une personne détentrice d’une autorité publique ou privée, à obtenir une rétribution de quelque nature qu’elle soit pour accomplir une action relevant de sa fonction. On peut distinguer la corruption passive de la corruption active qui sont distinctes et autonomes.

    La corruption, indicateur de développement humain

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    Lorsque l’on examine le détail des indicateurs qui contribuent à l’indice global de compétitivité, les classements présentent un large éventail avec les positions les plus défavorables pour l’enseignement, la formation, l’innovation, la santé et le marché du travail

    La corruption est donc une composante intrinsèque de la nature humaine dans sa quête de richesse, de pouvoir et de puissance. Elle est depuis l’antiquité l’objet de préoccupations d’ordre philosophique, économique et politique et considérée par certains comme une fatalité. Elle a fait en particulier l’objet d’une théorisation dans le cadre d’une vision philosophique de la société et de l’Etat par Spinoza, un philosophe rationaliste du XVIIe siècle.

    Parmi les indicateurs du développement humain mis en place depuis le XXe siècle, l’indice de la corruption constitue un élément d’appréciation et de comparaison du développement des pays, publié chaque année depuis 1995 par Transparency international.

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    Lorsque la corruption atteint le système éducatif, la situation devient alarmante et hypothèque l’avenir du pays car le temps de l’éducation et de la formation est un temps long qui affecte tous les secteurs et touche tous les citoyens, et donc le développement humain

    Une relation inversement proportionnelle entre le niveau de développement humain et par conséquent de l’éducation, et celui de la corruption. Concernant le Maroc, l’indice de la perception de la corruption oscille depuis 2004 entre la 80e et la 89e place pour une 123e  pour l’indice de développement humain.

    Les effets de la corruption sont multiples et entravent d’autant plus le développement humain qu’elle est systémique. D’un point de vue économique, plusieurs études ont montré que la corruption est un frein au développement économique.

    Selon le dernier rapport du Forum économique mondial, l’indice de compétitivité économique global situe le Maroc à la 71e place sur un total de 137, et le facteur premier affectant les affaires est la corruption.

    A la corruption systémique, il faut apporter une réponse systémique qui dépend avant tout d’une volonté politique. Celle-ci s’est d’abord exprimée avec la création en 2007 sous Jettou, de l’Instance centrale de prévention de la corruption, l’ICPC.  En 2011 elle est devenue une instance constitutionnelle  et change de nom: Instance nationale de probité, de prévention et de lutte contre la corruption.

    Le meilleur moyen de dissuader et de lutter reste la garantie, par l’Etat, de l’accès aux données pour tout citoyen et toute institution ou association de lutte contre la corruption.

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    Trois axes pour tuer le virus

     

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    NDLR : Sur le site officiel le logo est toujours celui de l’ancien nom, alors que le nouveau nom est encore plus long que l’ancien : Instance nationale de probité, de prévention et de lutte contre la corruption, INPPLC. Sur l’ancien site on pouvait signaler des cas de corruption. Ce service a disparu du nouveau site. Il ne faut pas y accorder beaucoup d’importance: le dernier rapport est daté de 2010 et le président en est encore Abdeslam Aboudrar, parti ambassadeur à Londres en octobre 2016, il y a deux ans et demi. Sans commentaire.

    Des efforts sont faits par une stratégie de lutte contre la corruption mais qui gagnerait à être systémique en s’inscrivant dans une initiative nationale pour la probité et la lutte contre la corruption, qu’elle soit passive ou active.
    Pour cela trois axes sont à privilégier:
    1- Un axe éducatif
    Aujourd’hui des générations de Marocains ont été élevées dans la corruption et on la trouve normale pour soi et inacceptable pour les autres. Il faut donc introduire dès l’enseignement primaire des programmes d’éducation civique qui incluent la dimension de corruption dans tous ses aspects.
    Organiser des colloques, des conférences, des débats radiophoniques et télévisuels non pas pour dénoncer la corruption mais pour éduquer aux conséquences néfastes de la corruption active et passive.
    2- Un axe préventif
    Toute disposition favorisant un risque de corruption doit être supprimée. En cela, le digital et le numérique apportent des solutions qui ont montré leur efficacité. Par exemple, en systématisant le paiement des amendes par internet et en supprimant le paiement en numéraire auprès des agents d’autorité (police, gendarmerie, administration).
    3- Un axe répressif
    L’application des sanctions prévues par la loi est inefficace en cas de corruption systémique car elle touche aux intérêts individuels. Il est donc nécessaire d’avoir une chaîne qui va de la justice jusqu’à la police et à la gendarmerie, en passant par l’administration. Pour cela, il faut un dispositif anti-corruption constitué de :
    - une chambre spéciale anti-corruption constituée de magistrats exemplaires.
    - Des brigades spéciales anti-corruption de police et de gendarmerie.
    - Rendre effective la déclaration obligatoire du patrimoine telle que figurant dans les missions de la Cour des comptes depuis 2010 et appliquer les sanctions prévues.

     

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