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    Economie

    La croissance inclusive peine à décoller

    Par Joséphine ADAM | Edition N°:5509 Le 06/05/2019 | Partager
    La pauvreté suggestive toujours d’actualité malgré la croissance économique
    L’éducation et l’enseignement pointés du doigt
    Les constats des 4es Journées internationales de macroéconomie et de finance
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    Le Maroc a largement réduit son taux de pauvreté (de 15,3% en 2001 à 8,9% en 2007 pour atteindre 4,8% en 2014). Pour autant, les inégalités (calculées via l’indice de Gini) ne suivent pas cette nette tendance à la baisse

    Si le PIB par habitant augmente, les inégalités s’aggravent et la pauvreté suggestive stagne. «Près de 60% des jeunes Marocains se considèrent pauvres», lance Mustapha Ziky, directeur du laboratoire de recherche Inredd de l’Université Cadi Ayyad (UCA) à Marrakech, chiffres du HCP à l’appui.

    Décideurs, universitaires et professionnels se sont réunis autour de la thématique de la croissance inclusive pour les 4es «Journées internationales de macroéconomie et de finance» conjointement organisées par Bank Al-Maghrib, l’UCA et l’Université de Bâle en Suisse.

    L’objectif de cette manifestation est de créer un espace d’échange et de débat constructif sur les problématiques liées à la pauvreté, aux inégalités et aux objectifs de développement durable, tout en dessinant de nouveaux modèles de développement à l’échelle internationale et au Maroc.

    L’éducation, l’enseignement, ont été les premiers visés s’agissant des freins à une croissance inclusive. Selon la Banque mondiale, parmi les jeunes âgés entre 15 et 29 ans, environ 50% se trouvent en situation hors du marché de travail et hors du système d’éducation ou de formation. «Mais où sont-ils?» demande alors Ziky. Cette exclusion des jeunes, mais aussi celle des femmes, font pleinement partie du problème.

    «La faible qualification du potentiel humain», comme le souligne Mohamed Bougroum de l’Inredd, pourrait être la source de tous les maux. Pour preuve, la prévalence de l’analphabétisme de base (30%), le développement de l’illettrisme (le passage par l’école n’étant pas l’assurance d’une maîtrise des compétences de base), ou encore le fait que plus de la moitié des travailleurs soient dépourvus de diplômes.

    «L’école renforce les inégalités depuis quelques décennies, et j’ai bien peur que le problème perdure encore pour les décennies à venir» déplore-t-il. Sachant que les enjeux de développement se passent dans la petite enfance, que dire de ces inégalités scolaires et éducatives?

    «L’éducation des enfants entre zéro et 2 ans est laissée entre les seules mains des mères qui sont, dans certaines communes, jusqu’à 60% analphabètes. Ensuite, il y a la question du préscolaire dont 40% de nos enfants sont privés», rappelle Bougroum. Les inégalités commencent donc dès le berceau. Rien d’étonnant alors à voir le taux de pauvreté suggestive toujours aussi imposant.

    Avec de tels constats, difficile de voir éclore rapidement une croissance inclusive. Comme le souligne Fatima Arib, elle aussi membre de l’Inredd, «la croissance ne se décrète pas, elle se prépare, s’organise». D’autant que les solutions pour y parvenir doivent s’étaler sur des dizaines d’années pour en récolter les fruits.

    Langue d’apprentissage, dualité public/privé qui segmente la société, formation des enseignants… sont autant de handicaps à dépasser. «Les solutions sont politiques avant tout», insiste Bougroum. Un exemple qu’il soulève pour appuyer son propos, celui des programmes d’alphabétisation des adultes qui ne pèsent même pas 1% du budget alloué à l’éducation.

    Alors ces journées dédiées à la croissance inclusive tentent de promouvoir les interactions entre les milieux académiques marocains et étrangers. A cette occasion, des chercheurs issus de différents pays comme l’Allemagne, la Corée du Sud, la France, la Tunisie, ou la Turquie, ont pu participer à ces échanges d’experts pour les enrichir d’un autre regard et de nouvelles expériences.

    Quid du marché de l’emploi?

    Le marché voit entre 300.000 et 400.000 nouveaux actifs arriver pour moins de 150.000 nouveaux emplois créés. Un premier déséquilibre suivi d’une participation des femmes encore très faible (25%). Les potentialités d’emplois salariés ne suffisent donc pas, quand l’entrepreneuriat a clairement du mal à faire des miracles. En cause notamment, une forte prévalence de l’informel et des sociétés qui peinent à «grandir» pénalisées par la fiscalité. «Une entreprise qui choisit le formel en paye le prix fort», soulève Bougroum. «Il y a encore trop de rapports de force, le terrain est loin d’être prêt», confirme Arib. Pourtant, viser une croissance inclusive passe inévitablement par la création d’emplois décents sans externalité négative sur l’environnement.

    J.A.

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