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    Care Maroc: Une école de l’inclusion sociale

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5504 Le 26/04/2019 | Partager
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    Ismail Douiri, président de Care Maroc International: «Les associations villageoises d’épargne et de crédit transforment les femmes en banquières/assureuses locales à travers des recettes éprouvées que Care a développé d’abord au Niger» (Ph. CM)​

    Créée il y a 10 ans, l’ONG Care Maroc déploie des programmes afin d’éradiquer les sources de pauvreté. Education des enfants, préscolaire, autonomisation des femmes, coopératives féminines, création d’associations d’épargne et de crédit dans des villages, gouvernance locale de l’eau, dialogue entre citoyens et élus... Ce sont là autant d’actions qui visent une transformation durable du mode de vie des populations ciblées. 

    - L’Economiste:  Quel bilan dressez-vous des activités de Care après 10 ans de présence au Maroc?
    - Ismail Douiri:
    Care Maroc est une association de droit marocain. Depuis sa création, elle a élaboré une stratégie conforme aux objectifs de Care partout dans le monde. L’enjeu est d’éradiquer les sources de la pauvreté, tout en tenant compte du contexte associatif marocain, dynamique, ouvert à la coopération, et diversifié.  L’essentiel de ces programmes se concentre sur l’éducation des enfants et l’autonomisation de la femme. Nous avons touché 62.000 bénéficiaires dont 5.200 femmes et 12.200 enfants directement. Nos sources de financement sont diversifiées: Nous avons la pleine confiance de nombreux bailleurs de fonds internationaux, et nous avons mené plusieurs projets en partenariat avec des institutions marocaines. Nous avons également des donateurs individuels fidèles qui acceptent des prélèvements mensuels parce qu’ils croient dans la qualité de notre travail et la rigueur de notre gouvernance. Enfin, Booking.com nous reverse une partie des commissions lorsque le client utilise le lien www.booking.com/supportcaremaroc pour effectuer ses réservations, sans surcoût pour lui. Notre équipe permanente administrative est réduite au strict minimum (8 personnes).  La plus grande partie de notre budget est dépensée au profit des bénéficiaires avec des règles rigoureuses de transparence et de reporting aux donateurs, y compris en matière d’impact chiffré. 

    - Comment inciter les donateurs et entreprises à se mobiliser davantage? 
    - Au cours de l’exercice 2018, notre budget a été de 13,6 millions de DH. L’enjeu pour nous est d’augmenter significativement la taille de notre budget en maintenant stables les frais de structure. Nous nous apprêtons à le faire dès 2019 grâce à la confiance que nous a accordé Les Affaires Mondiales du Canada (AMC) à la suite d’un appel à manifestation international pour un budget de 5 millions de dollars canadiens sur 5 ans visant à renforcer 40 coopératives féminines dans leur croissance et soutenir 1.440 femmes inactives à démarrer une activité économique, suivre des programmes d’alphabétisation, et sortir ainsi de la pauvreté. Nous espérons amplifier encore cette tendance en aidant les entreprises marocaines à déployer et accélérer la mise en œuvre de leurs programmes de responsabilité sociale lorsqu’ils correspondent à notre stratégie.

    - Qu’apporte l’utilité publique à votre ONG?
    - Nous sommes fiers et honorés d’avoir pu obtenir cette reconnaissance d’utilité publique en 2018, car elle apporte beaucoup de crédibilité à notre association. Les conditions qu’il faut réunir pour l’obtenir sont très strictes et nous avons travaillé d’arrache-pied pendant plusieurs années pour répondre à toutes les exigences de nos partenaires du secteur public, à leur tête, le Secrétariat général du gouvernement (SGG). Au-delà des effets bénéfiques de cette mise à niveau, nous y avons vu une opportunité pour porter notre plaidoyer auprès de tous les responsables que nous avons rencontrés et pour augmenter la notoriété de Care. Il y a ensuite, bien sûr, l’avantage fiscal que la reconnaissance d’utilité publique procure aux contribuables marocains, entreprises ou personnes physiques, qui nous soutiennent financièrement puisque les montants concernés sont désormais déductibles fiscalement.

    - Concrètement, comment se décline la vision ainsi que les orientations des actions au service des milieux défavorisés?
    - Les programmes que nous réalisons au profit des populations vulnérables résultent de la synthèse entre les besoins réels des populations concernées, les demandes que nous recevons de la part des bailleurs de fonds, le savoir-faire programmatique de Care à l’international (18 pays membres couvrant près de 80 pays dans tous les continents) et l’expertise nationale marocaine spécifique développée au cours des 10 dernières années.
    Nous réalisons des projets dans le domaine de la transformation des écoles préscolaires informelles en unités modernes et pérennes (plus de 118 écoles transformées à ce jour), dans la création d’associations villageoises d’épargne et de crédit (plus de 70 associations créées à ce jour réunissant 1.440 femmes membres), dans la gouvernance locale de l’eau (puits et sources), dans le domaine de la redevabilité sociale (dialogue entre citoyens et élus), ou encore dans la structuration du dialogue de performance au sein de l’enseignement public.
    Ces programmes ont en commun la lutte contre les sources de la pauvreté. Ils se basent sur une transformation profonde et durable du mode de vie des populations touchées. Par analogie avec l’informatique, nous livrons des systèmes d’exploitation et du software, et non pas du hardware.

    - A votre avis, comment résoudre l’équation de la croissance inclusive? Que peuvent apporter des ONG, comme Care Maroc, pour l’inclusion sociale?
    - L’approche de Care Maroc est la même que celle d’une entreprise privée. Au lieu de maximiser les bénéfices, nous cherchons à maximiser l’impact social en cherchant des effets de levier, des économies d’échelle, des cercles vertueux, de la coopération et de la transversalité. A titre d’exemple, lorsque nous avons abordé le sujet des écoles préscolaires, c’est sous l’angle de la soutenabilité et donc de la pérennité. Lorsque nous partons des écoles transformées, en général au bout de 3 ans, la propriétaire (car c’est souvent une femme) est devenue une véritable gestionnaire efficace et rigoureuse, mais aussi une spécialiste de la petite enfance. Les enfants sont plus heureux et épanouis, les parents sont plus satisfaits, l’école attire plus d’enfants, et la propriétaire gagne plus d’argent. A titre d’exemple, dans le village de Ngouchi, dans la vallée de l’Ourika, une école préscolaire transformée par Care a ainsi, de sa propre initiative, déroulé la formation/transformation sur les écoles des villages voisins.

    - Prévoyez-vous des actions en faveur de l’éducation, la scolarité, le milieu rural, la femme... qui s’inspirent de benchmarks avec Care International?
    - Care Maroc a été créée à l’initiative de Care France. Depuis, nous avons fait du chemin et avons été admis en 2017 au sein de la Confédération Care International, aux côtés d’ONG géantes comme Care USA, qui est plus de 250 fois plus grande que nous! Nous avons bénéficié depuis notre création de l’accès à toute la richesse programmatique de Care, mais nous avons aussi contribué à enrichir ce patrimoine immatériel.
    Les associations villageoises d’épargne et de crédit transforment les femmes du village en banquières/assureuses locales à travers des recettes très simples mais éprouvées que Care a développé d’abord au Niger dans les années 80. Inversement, le travail que nous avons réalisé pour comprendre les ressorts de la formation préscolaire informelle en milieu péri-urbain et rural fait de nous une référence pour d’autres pays du réseau Care. Nous participons régulièrement à partager ce savoir-faire avec d’autres associations sœurs, notamment en Egypte.

    Carte de visite

    CARE a initié ses activités au Maroc en 2007, dans le cadre de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). Care Maroc intervient plus particulièrement sur les régions de Fès-Meknès et de Beni Mellal-Khénifra, l’Oriental, ou encore le Sud de Casablanca et de Marrakech. A fin 2017, 24.000 enfants ont été scolarisés, plus que 6.300 femmes, 9.000 familles, 122 associations bénéficiaires, 63 associations villageoises d’épargne et de crédit. L’ONG intervient dans trois domaines de changement: D’abord, les femmes et les jeunes accèdent à des opportunités économiques viables et participent à des réseaux solidaires et dynamiques.  Ensuite, les femmes et les jeunes bénéficient d’une éducation de qualité qui leur permet d’acquérir les connaissances et les valeurs pour progresser et exercer leurs droits et responsabilités. Enfin,  la volonté politique qui favorise la défense et l’application des droits et qui promeut la participation et l’intégration des femmes et des jeunes dans le politique, l’économique, le social et le culturel.

    Propos recueillis par Amin RBOUB

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