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    Dossier Spécial

    Exclusif - Bachelor: Le diplôme conditionné par la maîtrise du français!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5498 Le 18/04/2019 | Partager
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    Saaïd Amzazi, ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique: «L’accès ouvert concentre 85% de la population étudiante des universités. Malheureusement, ce système est défaillant. Notre ambition est d’en faire la force de notre enseignement supérieur… Il faut arrêter avec cette orientation d’échec» (Ph. Bziouat)

    A la rentrée 2020-2021, les établissements de l’enseignement supérieur public adopteront le modèle du bachelor (bac+4). Ceux du privé suivront. Les universités sont déjà en train de préparer le terrain: Révision de l’offre de filières en concertation avec le monde socioéconomique, tests de positionnement et certifications en langues... Le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi nous livre, en avant-première, les détails de la nouvelle architecture.  

    - L’Economiste: La réforme du bachelor suscite beaucoup de questions. Comment comptez-vous la décliner?
    - Saaïd Amzazi:
    Nous devions absolument faire preuve d’innovation pour ne plus subir ce système universitaire actuel, notamment à accès ouvert. Aujourd’hui, les taux de diplomation ne sont pas bons. Seulement 13 à 20% des étudiants, selon les spécialités, arrivent à obtenir la licence en 3 ans. La moyenne de diplomation est de 4,5 à 5 ans. Il faut donc arrêter avec cet accès ouvert, cette orientation d’échec. Il existe une frustration générale des enseignants de première année, qui se retrouvent face à des étudiants démotivés, déboussolés. La fracture linguistique n’arrange pas les choses.

    - Vous avez donc commencé avec la révision de la licence…
    - Effectivement, car les difficultés liées à la diplomation et à l’insertion professionnelle des lauréats concernent principalement la licence. L’introduction des licences professionnelles en 2009 n’a pas été d’un grand secours, puisqu’elles ne comptent que 1% des étudiants.
    Aujourd’hui, certaines facultés de droit accueillent 30.000 étudiants, alors que leur capacité est de seulement 10.000. Plutôt que d’instaurer une sélection à l’entrée, nous avons opté pour une régulation à travers une orientation active.

    - En quoi cela consiste-t-il exactement?  
    - Nous commençons au lycée. Les élèves de la 2e année du bac pourront dès octobre accéder à un portail national d’orientation, qui sera prêt en juillet prochain. Il rassemblera toutes les filières dispensées dans les universités marocaines. Fin janvier, les élèves pourront commencer à choisir leurs filières, en fonction de leur profil. Le portail est doté d’un système de profilage automatique qui tient compte du background de l’élève, avec toutes ses notes, depuis le brevet, jusqu’au 1er trimestre de la 2e année bac, ainsi que des appréciations des enseignants. La capacité d’accueil des établissements comptera également, pour la première fois, parmi les critères d’orientation. Nous instaurerons, par ailleurs, la fonction de «professeur principal». Chapeautant un groupe d’une trentaine d’élèves, il s’assurera de la cohérence des choix, et proposera un avis, favorable ou réservé, lors du conseil de classe du 1er trimestre. Des rencontres avec les parents peuvent être programmées. Ces profils viendront en appui aux conseillers en orientation, actuellement peu nombreux. Le même processus s’opère à l’issue du 2e trimestre. A la fin de l’année, la note du bac est intégrée et un reprofilage est réalisé. Là, l’élève doit assumer son choix. L’université prend ensuite le relais. Une réorientation peut être proposée.

    - L’université peut-elle refuser l’accès à une filière?       
    - Oui, mais elle a l’obligation de proposer des alternatives à chaque bachelier selon son profil, et en fonction de sa capacité d’accueil. Nous prévoyons, en outre, un test de positionnement pour accompagner l’introduction d’une année fondatrice du bachelor. Son objectif est de remédier aux lacunes disciplinaires et linguistiques du bachelier, de redéfinir son orientation et d’assurer une meilleure transition entre le secondaire et le supérieur. Jusqu’ici, les bacheliers sont directement plongés dans l’enseignement supérieur. 22% ne passent même pas l’examen du premier semestre, et 40% n’ont aucun diplôme après 3 ou 4 ans d’études. Ce sont des statistiques qui ne nous font pas honneur. La déperdition universitaire nous coûte 3 milliards de DH chaque année.

    - Rajouter une année mettra-t-il fin au système LMD?
    - Pas du tout, puisque ce système n’est pas formulé en nombre d’années. Il s’agit d’une déclinaison de 3 niveaux de diplômes: Licence ou bachelor, master et doctorat. Le modèle d’année fondatrice est le même que celui adopté dans plusieurs pays, comme l’Angleterre, le Canada, la Suisse… On ne raisonnera plus en nombre d’années mais en crédits, qui seront affectés à chaque enseignement. C’est la devise internationale de l’enseignement supérieur. Et puis, la moyenne de diplomation en licence est de fait de près de 5 ans. Donc finalement, nous serons gagnants. Pour le master, au lieu de deux ans, il pourrait être dès lors proposé en un an et demi, dont 6 mois de stage ou de recherche. Au lieu des deux ans actuels, souvent dépassés.

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    La foundation year du bachelor permettra une transition «en douceur» entre le secondaire et le supérieur. Elle ne comportera que 4 modules disciplinaires, répartis sur deux semestres, consolidant les apprentissages du bac. Le reste du programme est partagé entre modules de langues, d’ouverture, pour découvrir d’autres spécialités, et de soft skills. Des séances en e-learning seront proposées. La réorientation du cursus est possible en 2e année. Les cours de langues disparaîtront en 3e année pour être remplacés par des modules disciplinaires. Ceux des soft skills, en revanche, seront maintenus. Cette architecture est susceptible d’être revisitée avant l’adoption finale

    - Le test de positionnement sera-t-il obligatoire?
    - Dans un premier temps, il sera facultatif et il ne concernera que les langues. Difficile d’organiser un test disciplinaire pour 240.000 bacheliers… Si un étudiant s’estime bon en français, il y a deux moyens de le prouver: passer le test de positionnement, ou ramener un certificat. Dans ce cas, il est dispensé du français. Il doit, néanmoins, le remplacer par l’anglais ou l’arabe. Les premiers tests linguistiques dans les universités ont montré que moins de 10% des bacheliers ont un niveau B2 (autonome) en français, selon le Cadre européen commun de référence pour les langues.

    - Après cette première année, l’étudiant pourra-t-il se réorienter?
    - Tout à fait, et les étudiants bénéficieront de plus de passerelles, sans perdre leurs acquis. Concernant les langues, nous commençons avec 4 modules, puis 2 à la deuxième année. Pour la suite, nous sommes convaincus que l’apprentissage des langues est une question d’effort personnel. L’étudiant sera responsable de sa progression. L’obtention du bachelor sera conditionnée par la maîtrise d’au moins une langue étrangère. Même s’il valide tous les modules, il doit justifier d’un niveau B2 pour décrocher son diplôme. S’il n’y arrive pas, il bénéficiera d’un semestre supplémentaire pour se mettre à niveau.

    - Qu’en est-il des écoles d’ingénieurs et établissements à accès régulé?
    - Ils seront également concernés par cette réforme. Le système des prépas, qui est franco-français, est complètement dépassé. Il faut absolument que tout accès à l’enseignement supérieur passe par le bachelor, à l’instar du modèle anglo-saxon. Dans ce système, on commence avec le bachelor, pour ensuite s’orienter vers une spécialisation, en ingénierie, médecine, pharmacie…

    Quid des écoles privées?

    Les établissements privés ne seront pas en reste. Eux aussi devront se conformer au modèle bachelor. «Le privé n’est que la continuité du public, nous ne faisons aucune distinction entre les deux. Nous imposons donc les mêmes exigences», souligne le ministre. Le nouveau schéma est obligatoire. Autrement, les écoles et universités privées ne pourront prétendre ni à la reconnaissance de l’Etat, ni à l’accréditation des filières. Elles bénéficieront, toutefois, d’une période transitoire.

    Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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