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    Analyse

    Sous-produits d’huile d’olive: Quel danger pour l’environnement?

    Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5497 Le 17/04/2019 | Partager
    Sans traitement préalable, les margines ont un impact néfaste sur la qualité de l’eau et l’environnement
    Les régions de Taounate, de Fès et celle d’Ouazzane, les plus touchées
    Une étude d’impact sur l’environnement est exigée pour les projets d’huileries
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    Pour Mohamed Rahmani, professeur à l’IAV Hassan II-Rabat, le recueil et l’analyse des impacts permettent de mettre en évidence les enjeux environnementaux qui constitueront les bases de la politique ou de la stratégie environnementale de l’unité de trituration (Ph. Bziouat)

    - L’Economiste: Quels types de déchets sont dégagés lors de la transformation d’olives en huile d’olive?

    - Mohamed Rahmani: Il vaut mieux parler de sous-produits plutôt que de déchets. La valorisation de ces sous-produits permet de faire gagner aux huileries une marge de valeur ajoutée insoupçonnée jusqu’à ces dernières années. Il s’agit de margines (effluent liquide) et de grignons d’olive (effluent solide).

    - Quel est leur impact sur l’environnement notamment les ressources en eau?
    - En cas de déversement dans la nature, sans traitement préalable, les margines ont des impacts catastrophiques. En effet, ces effluents sont peu dégradables à cause des substances phytotoxiques et antimicrobiennes (phénols, acides gras, etc.) qu’ils contiennent. Elles nuisent fortement à la qualité des eaux de surfaces. La coloration des eaux naturelles due aux tannins est l’un des effets les plus visibles de la pollution. La très forte charge en demande chimique et biologique d’oxygène empêche les eaux de s’auto-épurer et la pollution peut s’étendre sur de très longues distances. Les polyphénols contenus dans les margines, rejetées dans les cours d’eau de faible débit où l’échange de l’air est limité, exercent une action antagoniste sur la flore et la faune aquatique en causant souvent leur mort. Les lipides présents dans les effluents d’huileries d’olive peuvent avoir aussi un impact négatif sur les eaux. Ils forment un film impénétrable à la surface des rivières et ses bords empêchant ainsi la pénétration de la lumière et de l’oxygène. Plusieurs régions sont touchées au Maroc, notamment à Taounate, Fès et Ouazzane.

    - Que prévoit la loi pour faire face à la pollution causée par ces sous-produits?
    - Afin de protéger l’environnement, le Maroc s’est doté d’un arsenal législatif et réglementaire qui instaure le principe du «pollueur-payeur». Il s’agit en particulier de la loi 36-15 sur l’eau et de ses textes d’application. Ainsi, les rejets liquides des unités de trituration (UT) ne doivent pas être déversés dans les réseaux d’assainissement ou dans la nature, sans traitement préalable. Des redevances sont dorénavant appliquées sur les déversements des rejets liquides, en fonction de leur volume et leur degré de pollution (décret n° 2-04-553 publié au BO du 24 janvier 2005, relatif aux déversements, écoulements, rejets, dépôts directs ou indirects dans les eaux superficielles ou souterraines). Les Agences du bassin hydraulique (ABH) ont été créées pour assurer, entre autres, la gestion rationnelle des eaux à l’échelle des bassins versants et la protection contre la pollution. L’arrêté conjoint n° 1180-06 du 12 juin 2006 a fixé les taux de redevances applicables aux déversements des eaux usées et a défini l’unité de pollution comme base de calcul de la redevance.

    - Comment s’applique-t-elle sur le terrain?
    - L’application de la réglementation susmentionnée va se traduire par une augmentation des niveaux de redevance de pollution industrielle pour les UT ne pouvant pas stocker ou épandre leurs margines. L’application de telles redevances par les ABH peut avoir un lourd impact économique sur la rentabilité des huileries et par conséquent sur les coûts de trituration des olives. Aussi, le traitement de ces effluents est devenu donc une préoccupation majeure des unités de trituration. Par ailleurs, il faut rappeler que le démarrage de l’activité d’une huilerie est conditionné au préalable, selon la loi 12-03, de présenter une étude d’impact au comité régional de l’environnement pour l’obtention de l’acceptabilité environnementale. Selon l’esprit de l’article premier de cette loi, «les études d’impact sur l’environnement (EIE) permettent d’évaluer a priori les répercussions des projets d’investissement sur l’environnement en vue de prévoir les mesures nécessaires pour supprimer, atténuer ou compenser les impacts négatifs et améliorer les effets positifs du projet».

    Cahier des charges pour les huileries

    Pour le professeur de l’IAV de Rabat, l’étude d’impact pour les projets d’huileries d’olive doivent ressortir un certain nombre d’informations nécessaires pour l’obtention de l’acceptation environnementale. Premièrement, il faut préciser le système d’extraction (2 ou 3 phases) à mettre en place et la capacité de trituration ainsi que les quantités produites de grignons et margines. Cette étude doit également préciser les types et dimensions des bassins utilisés pour la collecte des grignons et margines ainsi que leurs usages et éventuellement le système de valorisation envisagé. Sans oublier de préciser l’évaluation de l’impact environnemental de l’activité de trituration.

    Propos recueillis par Noureddine EL AISSI

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