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    Société

    Liberté religieuse: C’est d’abord la citoyenneté

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5485 Le 01/04/2019 | Partager
    Le Pape François défend le droit des minorités à l’égalité
    L’éducation, le véritable rempart contre l’extrémisme, selon le Roi Mohammed VI
    Au-delà d’une tolérance par résignation, un devoir d’ouverture sur l’autre
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    Arabe, espagnol, anglais et français. Le Roi a alterné quatre langues dans son discours devant le Pape François, samedi dernier, à l’esplanade de la mosquée Hassan à Rabat. Une manière de prôner l’ouverture et de témoigner de l’universalité du message spirituel

    Le monde se déchire en raison de la bêtise des hommes, des tyrannies de la pensée, croyant détenir le monopole de la parole divine et de l’interprétation du texte sacré. Le drame de l’humanité peut se résumer en un mot, l’ignorance.

    SM le Roi  Mohammed VI l’a bien souligné dans son discours samedi dernier à l’esplanade de la mosquée Hassan à Rabat, à l’occasion de la visite du Pape François. Une visite qui intervient 34 ans après celle du Pape Jean-Paul II, et plus de 800 ans après celle du Pape Saint François d’Assise, venu à la rencontre du Sultan Al-Malik Al-Kamil.

    Qui mieux pour faire passer la voix de la raison que deux des plus grands leaders spirituels, le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, et le Pape François. «Les radicalismes, qu’ils soient ou non religieux, reposent sur la non-connaissance de l’autre, l’ignorance de l’autre, l’ignorance tout court», a relevé le Souverain, insistant, encore une fois, sur l’importance de l’éducation.

    Pour le Monarque, ce n’est jamais la religion qui menace nos civilisations, mais «les conceptions binaires et la méconnaissance». Et c’est ce que les terroristes ont en commun, et non pas la foi en un message divin. Toutes les armées du monde n’y peuvent rien. Seule l’éducation a le pouvoir d’éclairer les esprits. C’est la raison pour laquelle le Roi plaide pour redonner à la religion la place qui est la sienne dans l’éducation.

    La réforme de l’enseignement de la religion à l’école, entrée en vigueur il y a deux ans, s’inscrit dans cet esprit. De même que l’ouverture de l’Institut Mohammed VI pour la formation des imams, mourchidines et mourchidates, que le Roi et le Pape ont visité ensemble dans la soirée du samedi, et où un Ave Maria, un Adhan et une prière juive ont retenti, accompagnés par l’orchestre philharmonique.

    Le pouvoir de la religion, les deux leaders spirituels en sont convaincus. Le Pape François prône une société «ouverte, spirituelle et solidaire». «Un dialogue authentique nous invite à ne pas sous-estimer l’importance du facteur religieux pour construire des ponts entre les hommes… La foi en Dieu nous conduit, en effet, à reconnaître l’éminente dignité de tout être humain, ainsi que ses droits inaliénables», estime le Souverain pontife.

    Toutefois, la religion reste indissociable de la notion de liberté. En sa qualité d’Amir Al Mouminine, le Roi Mohammed VI a rappelé son statut de garant du libre exercice des cultes. «Nous sommes le Commandeur de tous les croyants… Je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc».

    Sur les convictions religieuses, le Pape François est encore plus clair: «Les libertés religieuse et de conscience, qui ne se limitent pas à la seule liberté de culte, mais qui doivent permettre à chacun de vivre selon sa propre conviction religieuse, sont inséparablement liées à la dignité humaine».

    Le Souverain pontife suggère de passer de la «simple tolérance au respect et à l’estime d’autrui», «de dépasser le concept de minorité religieuse au profit de celui de citoyenneté et de reconnaissance de la valeur de la personne». Moralité, la foi est une affaire individuelle. «Dieu ne jugera pas les peuples, mais les individus, chacun en fonction de ses actions», martèle à chaque occasion le penseur islamique syrien, Mohamed Chahrour.  

    Les deux leaders n’ont pas manqué de rappeler leur engagement commun pour des causes qui leur sont chères: le changement climatique, l’immigration, ou encore la lutte contre la pauvreté et la précarité. «La spiritualité n’est pas une fin en soi. Notre foi se traduit en actions concrètes», déclare le Roi, rappelant la politique d’immigration et d’asile adoptée par le Maroc, et le Pacte de Marrakech sur les migrations de décembre dernier. Un effort encouragé par le Souverain pontife.

    «J’espère que le Maroc voudra continuer à être, dans la communauté internationale, un exemple d’humanité pour les migrants et les réfugiés, afin qu’ils puissent être, ici comme ailleurs, accueillis avec humanité et protégés. Qu’on puisse promouvoir leur situation et qu’ils soient intégrés avec dignité. Quand les conditions le permettront, ils pourront décider de retourner chez eux», recommande le Pape.

    La montée des nationalismes et l’exacerbation du sentiment de peur et de rejet poussent certains pays à des solutions radicales. Pour le Pape François: «Le phénomène ne trouvera jamais de solution dans la construction de barrières, dans la diffusion de la peur de l’autre ou dans la négation de l’assistance à tous ceux qui aspirent à un légitime mieux-être… La paix passe par la recherche de la justice sociale, indispensable pour corriger les déséquilibres économiques et les désordres politiques».

    Cette rencontre, entre Amir Al Mouminine et le Pape, est exemplaire de par sa symbolique, historique de par sa rareté. Le Roi ne la perçoit pas sous le signe d’une «tolérance par résignation fataliste ou acceptance altière». «Les trois religions abrahamiques existent pour s’ouvrir l’une à l’autre et pour se connaître, dans un concours vaillant à se faire du bien l’une l’autre», estime le Monarque.

    C’est justement l’esprit du message coranique: «A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Si Allah avait voulu, Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne…»,  Sourate Al Ma-ida, verset 48.

    Al Qods doit garder son caractère multireligieux

    Le Roi Mohammed VI et le Pape François ont lancé un appel à la communauté internationale, «l’Appel d’Al Qods», signé samedi dernier. Un appel insistant sur la nécessité de conserver et de promouvoir le caractère spécifique multireligieux, la dimension spirituelle et l'identité particulière de la ville sainte. «Un patrimoine commun de l’humanité, un lieu de rencontres et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue». Les deux Souverains appellent à garantir la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes, et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, à l’heure où les tensions s’exacerbent autour de la ville sainte.

    Ahlam NAZIH

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