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    Economie

    Plaidoyer pour une ZLE continentale africaine

    Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5479 Le 22/03/2019 | Partager
    L'objectif est de développer le commerce intra-régional et créer de la valeur ajoutée
    Améliorer le cadre d’investissement permettrait d'augmenter le PIB d’au moins 1%/an
    Intégration des femmes, innovation, droits de propriété... encore beaucoup de défis
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    Vera Songwe, secrétaire exécutive de la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique: «Les études que nous avons menées au sein de la CEA ont démontré que lorsque les Etats du continent développent du commerce intra régionale, ce commerce est très souvent porteur de valeur ajoutée» (Ph. uneca)

    Secrétaire exécutive de la Commission des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), Vera Songwe revient dans cet entretien sur les grandes transformations que pourrait créer la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Présente à la Conférence des ministres africains des Finances de la Commission économique d’Afrique (CEA) qui poursuit ses travaux à Marrakech, la diplomate souhaite que les Etats africains s’inscrivent dans la valorisation. Entretien.

    - Au moment où les matières premières sont en hausse, quelles seront les recommandations de la 52e session de la Conférence des ministres africains des Finances de la CEA?
    - Nous nous réunissons à Marrakech dans un contexte économique crispé. Nous sommes aujourd’hui face à une hausse du dollar et des matières premières importantes qui induisent une compétitivité internationale de plus en plus féroce. Ces augmentations ont un impact direct sur l’Afrique, sachant que 46% des pays sont des importateurs nets de pétrole. Face à ce contexte morose, il y a tout de même cette bonne nouvelle qui vient du continent africain avec la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Les leaders du continent ont décidé d’écraser les frontières.
    Les études que nous avons menées au sein de la CEA ont démontré que lorsque les Etats du continent développent du commerce intra-régional, il est très souvent porteur de valeur ajoutée. Cela veut dire aussi de la création de l’emploi, l’innovation et l’enrichissement de nos PME. C’est pour cela que la ZLECAF peut devenir un grand moment de transformation du continent.

    - Justement, la création de cette zone a été décidée en 2012 pour une réelle mise en route en 2017. Pourquoi autant de retard?
    - Pour que cette zone puisse entrer en vigueur, nous avons besoin de 22 pays signataires qui déposent leur programme de ratification à l’Union africaine. Aujourd’hui, nous avons 19 pays qui ont ratifié et 15 autres pays en cours. Nous espérons d’ailleurs que le Maroc en fera partie, puisque le décret est au Parlement. Les études que nous avons menées montrent aussi que le Maroc serait un des premiers bénéficiaires de cette zone.

    - Le commerce intra-africain reste pourtant très modeste, évalué à 17%...
    - Oui et mon rêve est d’avoir une zone de libre-échange continentale africaine où l’échange pourra être de 100%. Le plus important est que l’Afrique puisse diversifier ses offres dans une chaîne de valeur continentale. Prenons l’exemple du textile: nous exportons du coton vers la Chine qui le transforme en fil et le réexporte en Ethiopie avant d’être réexporté vers l’Europe et les Etats-Unis. Pourquoi ne pas exporter ce coton directement vers l’Ethiopie pour que finalement ce jean et cette chemise qui seront fabriqués puissent avoir une valeur continentale africaine et que finalement tous les bénéfices restent en Afrique. Chaque fois que nous exportons de la matière première, nous sommes en train d’augmenter l’emploi dans un autre continent et de diminuer l’emploi chez nous. L’idée de la ZLECAF est justement de créer une zone de valeur ajoutée continentale et un espace d’innovation.

    - L’Afrique affronte tout de même un double obstacle: le déficit d’infrastructure et les problèmes d’ordre douanier. Comment relever ces challenges?
    - Il y a 5 ans, ils étaient plus de 600 millions d’Africains à ne pas avoir accès à l’énergie. Aujourd’hui, la donne a changé et il faut souligner que le continent réalise des efforts. Ils ne sont toutefois pas assez soutenus. Les dirigeants sont conscients de la nécessité d’aller plus vite. Pour cela, il faut une politique fiscale adéquate afin d'augmenter les ressources privées, et attirer les investissements. Les gouvernements ne peuvent pas et n’ont pas non plus les moyens de combler ces déficits sans une ressource. En développant le commerce et en améliorant le cadre d’investissement, nous pouvons augmenter le PIB d’au moins 1% chaque année. L’exemple du Maroc qui a opté pour la baisse de l’IS montre que nous pouvons baisser l’impôt sur les sociétés et augmenter la base. Autre chantier à mener rapidement pour le continent, la dématérialisation de l’ensemble du processus fiscal peut avoir des retombées assez conséquentes. Il existe encore des défis sur le continent comme l’inclusion financière des femmes. Faire profiter les femmes et les jeunes de l’ère numérique et de l’innovation, protéger l’innovation africaine, s’assurer que les droits de propriété et les données soient gardés sur le continent constituent les autres défis. 

    Propos recueillis par Badra BERRISSOULE

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