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    Culture

    Quand l’Afrique fait une réinterprétation critique de la matière

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5470 Le 11/03/2019 | Partager
    34 artistes au Macaal pour l'expo Material insanity
    Maroc, Afrique du Sud, Kenya, Tunisie…
    L'impact de la matérialité sur le monde
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    L’artiste kenyan Cyrus Karibu propose des lunettes sculpturales et flamboyantes, faites de déchets électroniques collectés dans les rues de Nairobi (Crédit Macaal)

    Construire une exposition autour de la matérialité en Afrique sans tomber dans le cliché largement consommé d’un continent  ingénieux et débrouillard qui recycle ses déchets par faute de moyens, c’est le pari gagné par «Material Insanity», l’exposition évènement en cours au Musée d’art contemporain africain Al Maaden (MACAAL) à  Marrakech.

    L’évènement réunit quelque 34 artistes, du continent et sa diaspora, dont Amina Agueznay (Maroc), Ibrahim Mahama (Ghana), Frances Goodman (Afrique du Sud) et Nari Ward (Jamaïque), travaillant sur différents médiums. Tous se racontent à travers la matière par le biais d’installations réalisées à partir d’objets du quotidien.  Des œuvres qui reflètent également le contexte social, politique ou économique de leur expérience propre.

    «L'exposition invite à une analyse critique de la société passée et présente en prenant en compte l'impact de la matérialité sur le monde et son avenir et en se proposant comme réponse culturelle à la dévaluation et à la dématérialisation, dans une ère de plus en plus numérique», expliquent  les commissaires de l’exposition:  Meriem Berrada, directrice artistique du Macaal et directrice des projets culturels à la Fondation alliances, et Janine Gaëlle Dieudji, directrice des expositions au Macaal.

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    La pratique artistique de Frances Goodman se concentre principalement sur les notions contemporaines de beauté et de désir, et l’exploration de leurs corollaires face aux pressions sociales. Ici, une œuvre faite à partir de faux ongles (Crédit Macaal)

    À l’heure où se développent les moyens virtuels de visualisation, «Material Insanity» nous propose, donc,  une expérience directe de l’œuvre qui accorde un pouvoir de narration certain aux différents matériaux qui la composent. Des œuvres construites par un processus de  transformation, de détournement, de sublimation ou par le biais d’un jeu de  décontextualisation/ recontextualisation des objets, créant une complémentarité entre l’authentique et le factice, le pauvre et le précieux.

    C’est l’artiste Fatiha Zemmouri qui ouvre le bal avec une installation, disposée à l’entrée du musée, où la roche naturelle et la résine jouent à un jeu d’équilibre entre lévitation et gravitation. Entre artisanat, sculpture et mode, l’artiste kenyan Cyrus Karibu propose des lunettes sculpturales et flamboyantes, faites de déchets électroniques collectés dans les rues de Nairobi, qui masquent l’ensemble du visage, intimement liées à sa propre histoire, tandis que  les œuvres telles que le film plastique noir étiré de Clay Apenouvon (Togo - France), les broderies d’Owanto (Gabon) exhumées de la mémoire collective remettent en question les effets durables de la mondialisation et du consumérisme dans le climat contemporain.

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    «La pesanteur et la grâce», 2019. Pierre brute, mousse et verre. L’installation de Fatiha Zemmouri  offre un jeu d’équilibre entre lévitation et gravitation (Crédit Macaal)

    En revisitant des matériaux souvent associés au commerce et aux déchets en tant qu'œuvres d'art, les artistes tels que Nari Ward (Jamaïque), Fatiha Zemmouri (Maroc), M'barek Bouhchichi (Maroc), Hassan Bourkia (Maroc) et Malek Gnaoui (Tunisie) utilisent autrement la matérialité comme représentations de la mémoire, de la migration, des attentes de la société et de la tradition. L’œuvre troublante de Zainab Andalibe, d’une minutie quasi mystique, faite d’un fil de laiton de plusieurs centaines de mètres qui s’entrecroise à l’image d’une rosace, interpelle par ses sinuosités et son aspect cosmique.

    Des œuvres, souvent monumentales, à l’instar de l’installation du Ghanéen Brahim Mahama, servi par une scénographie immersive signée par l’architecte et artiste Zineb Andress Arraki avec une volonté de scénarisation, épurée et abstraite, mettant les œuvres dans une fausse confrontation.

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    Le jardin du Macaal héberge  également l’installation de Nicolas Henry «Terrain vague». A la frontière entre le portrait, le théâtre et l’installation, l’artiste fait jouer des personnages dans des univers oniriques. Les photographies sont présentées  dans des cadres classiques de seconde main - richement sculptés et décorés à partir des restes de construction du musée (Crédit Macaal)

    «J’ai voulu faire un écrin le plus invisible possible,  sans réel parcours de lecture afin de mettre en valeur la matérialité de l’exposition», déclare-t-elle. Une abondance de matières, qu’elles soient humbles ou précieuses, qui fait aujourd’hui la force et la contemporanéité de l’art africain.

    «La contemporanéité de l’art en Afrique réside dans son rapport à la matière, dans le monde occidental, l’esthétique réside dans la perfection de la ligne et l’effacement de la matière, pour moi, l’avenir est plutôt dans l’imperfection et la profusion de matières qu’on retrouve en Afrique», précise la scénographe.

    Amine BOUSHABA

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