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    Economie

    Bois: La surprenante piste européenne de l’antidumping

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5465 Le 04/03/2019 | Partager
    L’UE appelle à «un respect strict» des règles de l’OMC
    Importateurs et fabricants d’ameublement coalisent
    Le producteur local se défend de vouloir un monopole
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    «Les paroles s’envolent, les écrits restent». Le président de l’audition publique sur les panneaux de bois revêtus, Saïd Maghraoui Hassani, a tenu à le rappeler aux participants. Ce haut fonctionnaire du Commerce extérieur donne aux importateurs, exportateurs turcs et européens et au producteur local, Cema Bois de l’Atlas, jusqu’au 8 mars 2019 pour adresser leurs observations par écrit au ministère (Ph. F.F)     

    Avec ses deux collaborateurs, Ali Fassi-Fihri s’est attablé de bon matin à l’une des terrasses de la Place Pietrie à Rabat pour le petit-déjeuner. Le directeur général de Cema Bois de l’Atlas était plongé en ce jeudi 28 février dans les pages de L’Economiste qui titre sa Une sur «L’audition publique qui bat tous les records!» et qui se tient le jour même.

    Son entreprise, filiale du groupe Safari, est l’un des protagonistes de l’enquête en cours au Commerce extérieur sur les panneaux de bois revêtus. Sa demande de clause de sauvegarde fait des vagues dans le secteur. Si jamais elle est accordée par le gouvernement, cette mesure se traduirait par une barrière douanière -sous forme de taxe- aux importations de panneaux de bois revêtus.

    Ce dossier cristallise au plus haut degré des enjeux et des intérêts contradictoires. L’unique producteur local, les importateurs, les exportateurs et les utilisateurs du produit objet de l’enquête vont se mettre à table pour débattre de la légitimité d’une mesure de sauvegarde.

    Ainsi, l’audition publique programmée au Palace Tour Hassan devait se tenir au QG de la Direction générale du commerce basé à hay Riad. Son transfert à l’établissement hôtelier s’explique par le nombre important des participants. Les parties intéressées devaient se déclarer avant la tenue de l’audition pour avoir droit à la parole. La loi n°15-09 sur la défense commerciale l’exige.

    Tout l’écosystème du bois s’est donné rendez-vous en cette matinée pour se dire publiquement ses quatre vérités en face. A dix heures précises, Saïd Maghraoui Hassani, directeur de la politique des échanges commerciaux, ouvre les débats.

    Monsieur défense commerciale au Commerce extérieur venait de débarquer de Genève la veille de l’audition, tard dans la nuit. Epuisé qu’il est par des pourparlers sur les subventions de la pêche qui intéressent l’Etat marocain. Comme à l’accoutumée, le haut fonctionnaire préside l’audition en annonçant son ordre du jour et en insistant sur le code de bonne conduite.

    «L’accroissement massif des importations turques et européennes», dont s’est plaint Cema Bois de l’Atlas fin juillet 2018, est en première ligne.

    Débat sur la hausse des  importations

    Michaela Dodini ouvre le feu avec une bienséance diplomatique qui n’enlève rien à la fermeté de la position de l’Union européenne dans ce dossier. «La clause de sauvegarde doit être utilisée dans des conditions exemplaires et dans le respect strict des règles de l’OMC», déclare d’emblée la cheffe de la section commerciale de la délégation de l’UE au Royaume du Maroc.

    Mais sa déclaration la plus retentissante aux yeux de L’Economiste est celle où Bruxelles estime «l’antidumping plus adéquat pour contrer la concurrence déloyale au lieu d’une mesure de sauvegarde qui verrouille l’accès au marché marocain». Ce qui laisse sous entendre qu’il y a quelque part un présumé fautif dans cette histoire et qu’il va falloir éventuellement opter pour une sanction ciblée et non pas générale.

    Les regards se braquent sur les Turcs présents en force avec leur gouvernement, ambassade et opérateurs tels que Saib et Kastamonu Entegre. La Turquie ne veut pas «être un bouc émissaire». A l’en croire, l’éthique des affaires anime ses intentions. «Nous sommes arrivés au Maroc pour diversifier nos débouchés. Pas pour détruire le marché», déclare Kastamonu Entegre. Il se présente comme «le plus gros producteur turc mais pas le plus grand exportateur vers le Maroc». 

    Personne ne nie l’existence d’importations en hausse entre 2013-2017, période retenue par l’enquête ministérielle. Mais de là à soutenir qu’elles sont «massives, soudaines et brusques», les représentants de la Turquie n’y croient pas. Et encore moins à l’idée selon laquelle la guerre au Moyen-Orient notamment a poussé ses exportateurs à organiser un raid sur le marché marocain pour écouler leurs stocks d’invendus. 

    Entre 2013-2017, les importations sont passées de 1,8 million à 4,3 millions de m2. Les chiffres mis en avant par la plaignante sont ceux de l’Office des changes. Cema Bois de l’Atlas les a convertis du kg au m2.

    L’Association professionnelle des importateurs de bois au Maroc conteste l’unité de mesure adoptée par le producteur local: «Le m3 est l’unité la plus juste puisqu’il fait loi dans la profession et mesure aussi l’épaisseur des panneaux. Le recours au m2 vise à gonfler les chiffres des importations».

    Cema Bois de l’Atlas face  à ses clients

    Entourée de ses confrères portugais, espagnols, français et italiens, Michaela Dodini revient sur la crise économique internationale ayant secoué l’UE dès 2008. La diplomate européenne considère que «cette crise n’a eu aucun impact sur la situation de l’industrie marocaine».

    Ecartant ainsi l’accusation selon laquelle les exportations européennes ont été réorientées vers le marché marocain, et par ricochet, auraient «exercé des pressions sur le prix de vente national et la profitabilité du producteur local». La porte-parole de la Commission européenne fait valoir qu’il y a «d’autres facteurs à l’origine des difficultés de Cema Bois de l’Atlas».

    Dans sa requête, la plaignante fait état de «dommage grave matérialisé par la dégradation de plusieurs indicateurs économiques» comme sa part de marché, sa profitabilité, ses prix de vente et ses 600 emplois directs. Mais ses contradicteurs brandissent plutôt «l’inefficacité structurelle» de Cema Bois de l’Atlas «qui n’arrive pas à satisfaire une demande en croissance». La consommation nationale est d’environ 100.000 m3 par an.

    Importateurs et fabricants d’ameublement, comme Richbond et Maroc Bureau,   coalisent. Ils avancent qu’une clause de sauvegarde va «conforter une position de monopole, pénaliser l’utilisateur final et engendrer une pénurie du marché». Intercocina, Panneaux lux et Woodmat sont avérés parmi ses opposants les plus diserts lors de l’audition publique du 28 février. Un importateur historique, Robelbois, se gardera en revanche de tout commentaire: «Je suis là par principe», déclare en aparté sa représentante, Catherine Hotelin, au top management de Cema Bois de l’Atlas. 

    «Les importateurs sont aussi des clients», déclare Ali Fassi-Fihri qui s’indigne face à ses détracteurs qui accusent une «si belle entreprise d’inaction» pendant une décennie de démantèlement douanier. Une conséquence réglementaire des accords de libre-échange signés par le Maroc avec l’UE et la Turquie.

    «La taxe douanière sur les importations de panneaux de bois revêtus est nulle», précise l’avocat des importateurs, Olivier Prost. Cema Bois de l’Atlas va vouloir «établir la vérité» au nom d’une entreprise «libérale» et «transparente» qui s’est «mise à nue pour réclamer la sauvegarde», confie son DG.

    Cette mesure «ne conforte pas un monopole puisque les importations existent», renchérit l’avocate du producteur, Marie-Sofie Dibling.  L’enquête du ministère n’est pas encore terminée. L’audition des protagonistes marque l’une de ses étapes avant la décision finale.

    Faiçal FAQUIHI  

     

     

     

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