International

Le chômage réduit, mais à quel prix?

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5454 Le 15/02/2019 | Partager
En 2018, il y avait 172 millions de chômeurs soit un taux de 5%
Il devrait rester à peu près au même niveau en 2019 et en 2020
Les jeunes les plus touchés en Afrique du Nord
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L’emploi dans le monde s’améliore en nombre, mais pas en qualité. C’est le constat de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui vient de publier son rapport «emploi et questions sociales dans le monde-Tendances 2019». Elle estime à 172 millions le nombre de chômeurs dans le monde en 2018, ce qui correspond à un taux de chômage de 5%.

«Il est surprenant que, alors qu’il n’a fallu qu’un an pour que le taux de chômage mondial passe de 5% en 2008 à 5,6% en 2009, le retour aux niveaux qui prévalaient avant la crise financière mondiale ait pris pas moins de neuf ans», s’étonnent les auteurs du rapport.

Toutefois, «les perspectives actuelles sont incertaines», alerte l’OIT. Dans l’hypothèse d’une situation économique stable, le chômage devrait continuer à baisser dans de nombreux pays. Cependant, les risques macroéconomiques se sont accrus et ont déjà un impact négatif sur le marché du travail. Globalement, il faudrait s’attendre à peu près au même niveau en 2019 et en 2020. Le nombre de chômeurs devrait augmenter de 1 million par an pour atteindre 174 millions en 2020 en raison de l’augmentation de la population active.

Bien que l’inégalité des genres sur le marché du travail soit également un phénomène mondial,  les écarts entre hommes et femmes sont plus importants notamment en Afrique du Nord. Tout un chapitre est consacré à cette région.

Etant donné que la croissance de l’emploi ne dépassera que marginalement celle de la population active, le taux de chômage sous-régional devrait rester relativement stable, aux alentours de 11,8%, jusqu’en 2020. Le nombre de chômeurs devrait néanmoins dépasser 9 millions d’ici cette date (contre 8,7 millions en 2017), principalement en raison du nombre croissant de jeunes entrants sur le marché du travail.

L’Afrique du Nord affiche une forte proportion de chômage alimentée par de graves pénuries d’emploi pour les jeunes (âgés de 15 à 24 ans) et les femmes. En effet, celui des jeunes devrait dépasser les 30% d’ici 2019, ce qui signifie qu’ils continueront d’être 3,5 fois plus susceptibles que les adultes d’être au chômage. Pendant ce temps, à 20,7% en 2018, le taux de chômage des femmes est plus de deux fois supérieure à celui des hommes (9%).

Dans les Etats arabes, le taux de chômage régional devrait rester stable à 7,3% jusqu’en 2020, avec un niveau deux fois plus élevé dans les pays non membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) que dans ses Etats membres. Les travailleurs migrants représentent 41% de l’ensemble de la main-d’œuvre de la région et, dans les pays du CCG, plus de la moitié des travailleurs sont des migrants, en moyenne.

Le taux de chômage des femmes, qui s’élève à 15,6%, est trois fois plus élevé que celui des hommes. Les jeunes sont eux aussi touchés de manière disproportionnée (avec un taux de chômage quatre fois plus élevé chez les jeunes que chez les adultes).

Au Maroc, le gouvernement pourrait surfer sur la baisse du taux de chômage qui a cédé quelques points: 9,8% à fin 2018 contre 10,2% l’année précédente  (voir aussi le chômage en baisse, le taux d’activité aussi, cf. www.leconomiste.com, notre édition N° 5447 du 06/02/2019).

Au total, l’économie a créé 112.000 d’emplois contre 86.000 en 2017: 91.000 en milieu urbain et 21.000 dans le rural. Sauf que le repli du taux de chômage tient plus de l’effet mécanique lié au recul du taux d’activité et du taux d’emploi qu’à la dynamique de l’activité économique. Pas de quoi jubiler surtout avec une croissance économique peu tonique, 3% selon le HCP!

Mauvaises conditions de travail, pauvreté…

Les données mondiales recueillies par l’OIT montrent que la majorité des 3,3 milliards de personnes qui occupaient un emploi en 2018 déplorent «l’absence de sécurité économique, de bien-être matériel et d’égalité de chances». Qui plus est, les progrès réalisés pour réduire le chômage à l’échelle de la planète ne sont pas synonymes d’amélioration de la qualité de l’emploi.

«L’objectif 8 ne vise pas seulement le plein emploi, mais aussi l’emploi de qualité», explique Deborah Greenfield, directrice générale adjointe pour les politiques de l’OIT. «L’égalité et le travail décent sont deux des piliers sur lesquels repose le développement durable», dit-elle.

Le rapport attire l’attention sur le fait que certains nouveaux modèles commerciaux, notamment ceux qui sont favorisés par les nouvelles technologies, menacent de compromettre les résultats existants sur le marché du travail. Ceci dans des domaines tels que l’amélioration de la formalité et de la sécurité de l’emploi, la protection sociale et les normes du travail. A moins que les décideurs relèvent le défi.

«Avoir un emploi ne garantit pas toujours un mode de vie décent», ajoute pour sa part Damian Grimshaw, directeur du Département de la recherche de l’OIT. «La preuve: 700 millions de personnes vivent dans une situation d’extrême pauvreté ou de pauvreté modérée, bien qu’elles aient un emploi».

Informel, génération «nini»

Outre l’absence de progrès accomplis pour réduire l’écart entre le taux d’activité des hommes et celui des femmes, les experts pointent du doigt l’emploi informel. Il est toujours aussi répandu, avec un chiffre effarant de 2 milliards de travailleurs (soit 61 pour cent de la main-d’œuvre mondiale) classés dans cette catégorie. Autre préoccupation: plus de 20% des jeunes (âgés de moins de 25 ans) sont non scolarisés ou sans emploi ni formation, ce qui compromet leurs perspectives d’emploi à l’avenir.
Les auteurs du rapport mettent aussi en évidence quelques poches de progrès. Si l’économie mondiale réussissait à éviter une récession majeure, le chômage pourrait continuer de baisser dans de nombreux pays. Ils ont également constaté un fort recul du nombre de travailleurs pauvres au cours des 30 dernières années. Et ce, en particulier dans les pays à moyen revenu, ainsi qu’un accroissement du nombre de personnes scolarisées ou en formation.

Fatim-Zahra TOHRY

 

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