Analyse

Mines antipersonnel: Le Maroc applique de facto la Convention d’Ottawa

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5454 Le 15/02/2019 | Partager
Il ne l’a pas signée pour «impératifs sécuritaires»
Un engagement diplomatique à l’ONU
Déminage: Un grand programme méconnu
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Ils sont 162 Etats-parties à la Convention d’Ottawa contre les mines antipersonnel, relève le rapport Landmine Monitor 2017. La République des Iles Marshall en est le seul nouveau signataire. Le Maroc n’adhère pas à la Convention de 1997 au même titre que les USA, la Russie et la Chine... A l’instar des autres pays d’Afrique du Nord, le Royaume est touché par les mines antipersonnel. Le rapport Landmine Monitor 2017 relève que la majorité des pays maghrébins n’ont pas fourni de données sur «la superficie contaminée»

Le Maroc n’est pas signataire de la Convention d’Ottawa sur les mines antipersonnel de 1997. Pourtant, il l’applique «de facto» et «souscrit pleinement à ses principes notamment humanitaires», relève, le 21 mai 2012, Abderrazzak Laassel, ministre plénipotentiaire de la Mission permanente du Royaume du Maroc à Genève(1).

L’Etat fait de l’adhésion à la Convention d’Ottawa «un objectif stratégique qui sera réalisé dès la disparition des impératifs sécuritaires liés à la protection des Provinces du Sud». Allusion au conflit avec le Polisario depuis 1975. Le Royaume «vote en faveur» de la résolution anti-mines de l’ONU et «remet volontairement son rapport national» au Comité permanent de la Convention sur les mines antipersonnel.

La position marocaine demeure constante d’après les documents diplomatiques (2005-2012) consultés par nos soins à ce sujet: «ces mines ont été posées anarchiquement. Ni plans, ni repères. Leur nombre et leurs endroits de pose sont inconnus».

De son côté, le Polisario aurait «détruit 17.954 mines antipersonnel, voire la totalité de son stock», rapporte l’ONG l’Appel de Genève citée par la Tribune de Genève. «Les mines ont affecté davantage d'innocents que de militaires», reconnaît le Polisario après la fin des pourparlers avec le ministère marocain des Affaires étrangères. Cette rencontre a été organisée sous l'égide de l'Onu, les 5 et 6 décembre 2018 à Genève (2). 

Le dossier des mines antipersonnel est aussi une guerre d’information. L’Etat et son armée ont initié un ambitieux programme de déminage au sud du Royaume. Qui en a entendu parler? Pourtant, le Maroc s’est engagé depuis 2011 au moins dans ce chantier. Selon les dernières données disponibles, l’opération a couvert 227,62 km2 dans les provinces du Sud.

Le déminage s’est soldé par la destruction de 991 mines antipersonnel, 6.400 mines antichars et 963 engins non explosés. La diplomatie marocaine assure en 2012 «ne disposer d’aucun stock de mines et les seules retenues aux fins d’instruction sont inertes». Le rapport Landmine 2017 confirme cette information.

D’autres mesures sont mises en avant auprès des instances internationales pour démontrer l’engagement du Royaume dans ce dossier hautement sensible humainement et politiquement. Tel est le cas de «la prise en charge gratuite des victimes par les hôpitaux militaires situés à proximité des zones infectées».

Il y a aussi l’installation de panneaux de signalisation des zones à risque et la «mise à niveau» des lois internes par rapport au droit international (Lire article). L’introduction «d’un cursus sur le droit humanitaire» à l’académie militaire figure aussi dans ce programme. Ce chantier humanitaire est mené en collaboration avec les observateurs de la Minurso.

F.F.

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(1) Déclaration devant le Comité permanent de la Convention sur les mines antipersonnel, Genève le 21 mai 2012
(2) www.sputniknews.com, édition du 17 janvier 2019

 

 

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