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    Tribune

    Les révoltes contre les Maîtres de l’univers se multiplient

    Par Gabriel BANON | Edition N°:5452 Le 13/02/2019 | Partager

    Gabriel BANON, ingénieur civil, économiste et expert en géopolitique, a développé une double carrière, en politique et en tant que patron d’entreprises industrielles. Conseiller économique de différents chefs d’Etat, il fut appelé dès le début du processus de paix au Moyen-Orient auprès du président Yasser Arafat (1994-2004). Chroniqueur  sur Atlantic Radio, conférencier, consultant international, il a été élu, «Géopoliticien de l’année 2003», par un panel de journalistes spécialisés à Genève. Gabriel Banon a publié 6 livres. Le 7e un manuel de géopolitique vient juste de sortir  (Ph. L’Economiste)

    Ils sont rarement des élus, ils ne représentent qu’eux-mêmes, leur puissance d’argent et leur capacité de nuisance: ce sont les Maîtres de l’univers, contre qui enflent des mouvements. Ces mouvements créent des communautés, des solidarités et des idées qui seront durables.

    La complexité du monde n’empêche pas de voir qu’une poignée d’acteurs exercent une influence prépondérante sur les affaires du monde et souvent aux dépens des autres.

    Il ne s’agit pas ici de complot. Il ne s’agit nullement de conspiration, encore moins d’une structure secrète de gouvernance mondiale.

    L’arme de la cooptation

     C’est une construction progressive que les clans, comme les grandes écoles, les grandes institutions ont bâti petit à petit, par cette arme redoutable, la cooptation. C’est ainsi que se sont construites les élites qui gouvernent, politiquement, économiquement, socialement. Ces élites sont soumises au bon vouloir des lobbies, dont les groupes de pression idéologues servent d’alibi. Ces lobbies sont une des armes qu’utilisent les vrais acteurs du monde économique et financier.

      Au niveau des nations, on ne peut nier la prépondérance de l’influence des Etats-Unis sur le reste du monde depuis 1945. De nos jours, ils président encore largement au devenir du monde, mais partagent maintenant cette influence active avec d’autres puissances comme la Chine, la Russie mais plus ou pas encore l’Europe.

    La baisse réelle du pouvoir d’achat a été masquée par les politiques monétaires, par l’inflation, les délocalisations d’origine des biens consommés. Les salariés sont pris en tenaille.

    D’une part, l’accroissement de la masse monétaire qui se place en immobilier fait croître les prix. Cette hausse fait passer de 6% le revenu consacré au logement des ménages à 20, 25, 30% aujourd’hui. Le revenu disponible pour les autres dépenses est donc nettement en baisse. Aujourd’hui, l’indice du coût de la vie n’est plus le reflet de la réalité.

    Dans ce contexte, le peuple se sent floué pas ses élites qui, dans le même temps, s’attribuent des avantages salariaux énormes et même des exemptions d’impôts incroyables (comme dans le cadre du Parlement européen.)
    Le cocktail est explosif:
    - baisse réelle du pouvoir d’achat,
    - des élites vivant dans le luxe, avec des rentes inacceptables.
    - des nantis, ayant acheté de l’immobilier préservé de l’érosion réelle, voient leur fortune croître.
    - d’autres nantis, effrayés par une fiscalité trop lourde, prennent la fuite.

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    Les gilets jaunes en France (ici), les populistes en Italie, les «trumpistes» aux Etats-Unis, toutes ces manifestations du peuple profond, apparemment sans liens, sont les indices avant-coureurs d’une prise de conscience et d’une révolte contre l’ordre établi et surtout contre ceux que l’on appelle «les Maîtres de l’univers» (Ph. AFP)

    La démocratie volée

    Mais «les Maîtres de l’univers» ne représentent pas les populations des puissances dominantes. Malgré le credo de la démocratie, l’influence de la population sur les décisions politiques est des plus minimes. Le vrai pouvoir d’influence, et in fine de décision, est exercé par des élites économiques et des organismes supranationaux, agissant au nom d’intérêts commerciaux.

    Leur influence sur la politique gouvernementale a pour moteur une forme sophistiquée du chantage. De ce fait, la population au bas de l’échelle, c’est-à-dire la majorité, se voit dans les faits, exclue des choix politiques au profit d’une mince couche de la population à qui est donnée une influence démesurée.

    Mais le peuple, même s’il n’est pas au courant du détail de l’élaboration des décisions, sent inconsciemment cet état de chose. Tant qu’il reçoit une partie du gâteau, aussi infime soit-elle, ses velléités de rejet restent au stade du «café du commerce». Cette prise de conscience se traduit d’abord par l’abstention aux consultations. La montée de l’abstention est le signal d’alarme. C’est le premier signe d’un rejet des élites et le premier acte de défiance envers les acteurs politiques.

    Une vaste majorité des populations, dans le monde occidental, est convaincue que les politiques obéissent à un ensemble d’intérêts dominants.

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    Lorsque le président Mitterrand (ici en 1993, soit 20 ans après le 1er choc pétrolier) déclare au peuple français «nous ne sommes plus à l’ère du travail mais à celle des loisirs», il égare la population dans un concept totalement erroné dont les effets seront amplifiés par le passage aux 35 heures. Des produits fabriqués dans des pays à bas salaires arrivent en Occident avec des prix plus bas que s’ils avaient été produits en Europe. Cela donne une fausse idée d’une hausse du pouvoir d’achat. L’emploi se délocalise, une forte pression pèse sur les revenus salariaux qui évoluent peu. Les démocraties européennes sont menacées par la concentration des richesses, et les écarts, de plus en plus importants entre les démunis et les riches.  La foi des citoyens dans les institutions démocratiques est pire en Europe qu’aux Etats-Unis: Bruxelles concentre les pouvoirs décisionnels et les élections européennes n’ont pratiquement aucune incidence sur sa politique. Les élites gouvernantes, après le choc pétrolier de  1973, n’ont pas eu le courage de dire au peuple que le modèle économique des 30 années  de croissance, fondé sur une énergie peu coûteuse, était remis en cause (Ph. AFP)

    L’inégalité galopante, le phénomène quasi général de la paupérisation des uns et de la richesse grandissante des autres, amène le peuple à rechercher un nouveau «messie» hors de l’élite gouvernante. Qualifier le phénomène de «populisme» ou «opportunisme» est simpliste. Les centres de décision en Europe se sont éloignés des citoyens, les bureaucrates de Bruxelles les ignorant superbement.

      Alors, le petit peuple veut prendre son destin en main. Fini le «politiquement correct», fini les problèmes confiés à des commissions ad hoc, fini l’exclusivité du savoir aux élites.

      Le peuple ne se contente plus de gronder, il agit. Il agit et bouscule les institutions et l’ordre établi. Il veut être entendu et respecté.

      Aux Etats-Unis, ils ont mis un des leurs à la Maison-Blanche, en Italie, ils ont pris le pouvoir. Le reste de l’Occident retient son souffle. Mais les élites restent les élites, et la bonne gouvernance n’est pas à la portée du premier venu, fusse-t-il un «gilet jaune».

     La structure démocratique n’est plus contraignante pour les puissances mondiales actuelles. Ces puissances ont, aujourd’hui, un tel potentiel destructeur, qu’il est urgent, pour la sauvegarde de l’humanité, de prêter plus d’attention à ceux qui les critiquent.

                                                                               

    Les USA confisquent les droits

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    Protestataires à Caracas contre Nicolas Maduro, élu en 2013 et contesté dès 2014: le taux de croissance est négatif depuis  l’élection (Ph. AFP)

    Noam Chomsky, philosophe, linguiste et historien américain, a décrit la politique étrangère de son pays comme une  volonté de favoriser coûte que coûte l’expansion ou le maintien de l’empire américain. Pour lui, «les Etats-Unis ne peuvent tolérer le nationalisme, la démocratie et les réformes sociales dans le tiers monde, parce que les gouvernements de ces pays devraient alors répondre aux besoins de la population et cesser de favoriser les intérêts des investisseurs américains».

    Sans approuver complétement ce jugement, force est de reconnaître que la politique américaine (expression des classes possédantes), a été impliquée dans «le renversement de la démocratie, l’entrave au développement indépendant et la légitimation de la force dans le monde, au nom de la démocratie».

    Aux Etats-Unis, le mouvement des «Occupy» a été la première réaction au cynisme de ces classes. Occupy Wall Street (OWS) ou Occupy New York, est un mouvement de contestation pacifique dénonçant les abus du capitalisme financier, créé en 2011 et qui a fait tache d’huile.

                                                                               

    Les Gafam tuent la lutte des classes

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    Les trois plus importants procureurs de New York annoncent en conférence de presse qu’ils étendront le droit américain à des opérations de la banque BNP (un embargo que ni l’Europe ni la France n’ont soutenu), pour la seule raison qu’elle a utilisé le dollar (Ph. AFP)

    Les partis politiques, obnubilés par l’argent nécessaire à leurs campagnes électorales, ne se montrent pas à la hauteur des situations. Ils n’analysent pas leur environnement. Les évènements les portent. Nul ne les maîtrise.

    La guerre des classes est dépassée par l’information en temps réel, son histoire est longue et parfois amère. Les «marchands et manufacturiers» d’Angleterre, du temps d’Adam Smith, ont laissé la place aux «complexes militaro-industriels» et aux Gafa.

    Chaque jour  ou presque apporte son lot d’inquiétantes découvertes scientifiques détournées par les militaires. Tout aussi funeste est la menace grandissante d’une guerre nucléaire s’accompagnant d’un sentiment d’impuissance.

     

     

     

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