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    Economie

    Modèle de développement: «Il faut activer les 'checks and balances'»

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5450 Le 11/02/2019 | Partager
    Réviser, remodeler et dynamiser les élites… propose Ali Bouabid
    Une démocratie renouvelée à l’encontre du populisme rétrograde
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    «Avec le suffrage censitaire, la qualité du vote était meilleure dans certaines démocraties», rappelle Ali Bouabid. Pour lui, «le suffrage universel n’est pas toujours l’expression d’un choix individuel… et cela fait partie des inconvénients de la démocratie, mais il faut faire avec» (Ph. YSA)

    La réflexion autour du futur modèle de développement du Maroc continue. Universitaires, politiques, économistes et autres s’invitent au débat. Dans ce contexte, l’université citoyenne du campus HEM-Fès se veut un versant pour la pensée collective «des institutions, de la vie politique et des droits humains».

    Après avoir accueilli Mohamed Nabil Benabdallah, patron du PPS, et Kamal El Mesbahi, membre du conseil national de Transparency Maroc, celle-ci a ouvert ses portes à Ali Bouabid, délégué général de la Fondation «Abderrahim Bouabid».

    Dans l’effervescence de cette véritable fête de la pensée autour du développement, Bouabid a esquissé une thématique d’une importante cruciale: «La démocratie est-elle un problème et/ou une solution pour le Maroc de demain?». L’Economiste revient sur les principaux points soulevés lors de cet agora politique du 2 février 2019.

    ■ La Constitution marque un progrès évident… mais elle est surdimensionnée  
    «Depuis 2011, nous avons une nouvelle Constitution qui marque incontestablement un progrès évident par rapport à celle d’avant», reconnaît d’emblée Ali Bouabid. Pour lui, «sur le versant des libertés, la nouvelle Constitution donne plus de droits en quantité et en qualité». Idem sur le versant démocratique puisque la loi suprême du pays «renforce le pouvoir du Parlement». A la question «comment se fait-il qu’un texte de référence qui rassemble tous les Marocains ne suscite aujourd’hui aucun enthousiasme -pire, il suscite le désenchantement-?», Bouabid a répondu: «Ce texte est surdimensionné par rapport à la classe politique que nous avons… car, ce sont les Hommes qui font vivre les lois». «Certes, cette Constitution est loin de la perfection. Mais notre classe politique a montré qu’elle était sous-dimensionnée par rapport au potentiel qu’offre ce texte», inflige-t-il. Le problème, selon lui, réside dans la qualité de nos élites politiques.
    Une qualité qui ne pourrait être meilleure que «si l’on réviserait les règles du jeu, et activerait les checks and balances (contre-poids)». «Ceci ne veut pas dire que nous ne disposons pas de compétences, bien au contraire… toutefois, il y a une dimension systémique qui fait que la volonté personnelle de nos compétences s’effrite quant celles-ci intègrent ce système. Elles n’ont alors de choix que de chercher des intérêts personnels ou une rupture définitive», déplore Bouabid.     

    ■ Les institutions ne jouent pas leur rôle… et c’est problématique
    Malgré les avancées sur les volets libéral et démocratique, la représentation démocratique reste médiocre. Car, pour le délégué de la Fondation «Abderrahim Bouabid», «les institutions, Parlement et gouvernement, ne jouent pas leur rôle… et c’est problématique». «Au Parlement, il y a des individualités intéressantes. Mais, en général, le rôle du Parlement est très faible dans sa capacité à contrôler, à faire le contre-pouvoir». Son point positif «c’est qu’il oblige le gouvernement à venir se justifier…
    A noter que le gouvernement lui-même, dans son fonctionnement d’aujourd’hui, ne joue pas pleinement son rôle». Pour y remédier, «il faudrait déconstruire le système en faisant face aux handicaps majeurs». Le premier est relatif au système électoral proportionnel. Lequel dégage une majorité «forcément disparate et avec plusieurs composantes». Déjà, à ce niveau, il faut gouverner et se mettre d’accord avec l’ensemble des acteurs. Ce qui fait que «la cohérence de l’action gouvernementale prend un coup». En outre, le chef du gouvernement dispose de pouvoirs relativement limités. Aussi, il a du mal à exercer cette partie des pouvoirs du fait qu’il est dans une coalition. Ce qui affaiblit considérablement le gouvernement. Le troisième handicap relève d’un phénomène nouveau observé durant les dix dernières années. «En fait, toutes les personnes qui avaient de l’ambition politique ont accepté de renoncer à changer le système et s’accommoder du système. Il y a des personnes brillantes qui ne font que 10% de ce qu’elles sont capables de faire parce qu’elles sont dans une logique purement individualiste, dans une stratégie de carrière». «Nous avons aussi des médiocres qui se disent «moins je fais de vague, plus je vais durer», regrette Bouabid. Pour endiguer ces phénomènes, appelle-t-il, le système doit «encourager à la performance, à l’initiative et à l’audace aux questionnements, au lieu de niveler vers le bas».

    ■ Libéralisme, attention aux reculs
    Sur le versant libéral, il y a des avancées sur le texte, mais aussi des hésitations. A ce titre, il y a une difficulté claire à s’accommoder de cette logique des droits. Bouabid évoque un problème de régulation. «Du fait que l’on ne sait pas jusqu’où on peut aller… on le voit dans un certain nombre de sujets qui touchent aux problèmes de société d’aujourd’hui, tels le droit à l’avortement, la liberté de la presse, la liberté de manifester», estime-t-il. Pour lui, «il n’y a pas un progrès matériel en termes de libertés  au Maroc après 2011, par rapport à ce qu’il en avait auparavant. Ce, alors même que la Constitution permet plus». Outre les hésitations, l’invité de l’université citoyenne de HEM parle de «crispations dans des procès et des condamnations anormales, pas respectueuses de l’esprit et de la lettre de la Constitution, et qui reflètent une grande hésitation au niveau du pouvoir». «Car, lorsqu’on utilise l’arme répressive, c’est qu’on ne sait plus quoi faire et on est dans une gêne et un malaise», renchérit-il. Et de s’indigner «des reculs au niveau de la liberté de la presse et des condamnations du Hirak du Rif qui dépassent l’entendement et transmettent des messages négatifs».  Un verdict d’un tribunal, selon le politologue, est aussi un message à l’opinion publique.  Sur le plan pédagogique, ce message est essentiel. Pour le cas du «Hirak du Rif», «ce message est brouillant et pas clair». De manière générale, et malgré tout, Bouabid ne conteste pas l’évolution… mais celle-ci «doit être sur une trajectoire de progrès, pas du tâtonnement et de l’hésitation».

    ■ Le modèle de développement offre une perspective
    «J’espère que la discussion autour du modèle de développement va tracer une perspective nouvelle qui va alimenter une nouvelle dynamique, un nouvel élan, et un nouveau souffle mobilisateur», dit le fils de «Abderrahim Bouabid». En attendant, les citoyens doivent pousser les partis politiques à revoir leurs offres. «Quitte à voter blanc», indique le conférencier. Car, cette forme d’expression du choix est, contrairement à l’abstention, un signe du rejet de la classe existante. Ceci, en vue de pousser vers une représentativité parlementaire légitime. Le tout doit se faire avec un socle démocratique renouvelé. «Il faut concevoir de nouveaux instruments pour élire des politiques, les contrôler en continu… et signer des pétitions pour les révoquer s’ils n’accomplissent pas leur mission», propose Bouabid. Et d’ajouter: «L’avenir se construit par la mobilisation, le débat d’idées, et la sensibilisation qui constituent de nouvelles méthodes de militantisme». «Le patriotisme nous oblige à veiller sur l’intérêt général et défendre les valeurs progressistes contre le populisme rétrograde dévastateur. Pour cela, il faut donner les moyens aux élus pour qu’ils puissent faire bien leur travail et sans corruption», conclut-il.

    Y. S. A.
     

     

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