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Assurance Auto: «Nous risquons une sortie de route»

Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:5442 Le 30/01/2019 | Partager
La nouvelle direction de Saham veut stopper l’hémorragie de la sinistralité qui grève les marges
Il faut préserver et consolider le positionnement de l’assureur sur la branche non-vie
L’assureur décroche un gros contrat: les détaillants des Fromageries Bel
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Christophe Buso, DG de Saham Assurance: «nous constatons une forte croissance de la sinistralité dans l’automobile avec une hausse des coûts des sinistres depuis des années. Nous avons une responsabilité encore plus forte avec tous nos collègues assureurs de faire en sorte que cela cesse» (Ph. Jarfi)

Saham Assurance vient de décrocher un nouveau gros marché. La compagnie a remporté un appel d’offres lancé par les Fromageries Bel pour la couverture médicale de ses détaillants. L’occasion pour Christophe Buso, le nouveau DG de revenir sur les ambitions de la compagnie, désormais passée sous la bannière Sanlam mais aussi d’évoquer la situation du marché et la montée de la sinistralité qui rogne sur les marges.

- L’Economiste: Quelle analyse faites-vous du marché de l’assurance au Maroc, vous qui disposez de 20 années d’expérience dans le métier en France et en Italie?
- Christophe Buso:
Le métier de l’assurance n’est pas fondamentalement différent qu’il soit en France, en Italie ou au Maroc. J’ai travaillé sur de nombreux sujets que je retrouve ici. Il est vrai que le marché marocain est beaucoup plus proche du marché italien que du français. Il se caractérise, je pense que je ne vous apprends rien, par d’une part de la croissance et de l’autre une forte concurrence. Le marché marocain s’accroît avec le développement économique puisque l’assurance croît avec l’accroissement de la valeur économique du pays.  En parallèle, c’est un marché concurrentiel avec un certain nombre de compagnies très actives dont nous faisons partie.   
Si on regarde d’un peu plus près le marché, il y a un segment vie et non vie, très différents l’un de l’autre. Le premier est caractérisé par l’importance de l’automobile qui représente une très grosse part du marché. Ce qui signifie que tout ce qui est hors automobile reste à faire et à développer puisque dans de nombreux cas les Marocains sont sous assurés. C’est le cas pour les particuliers mais aussi pour les très petites entreprises. Il y a donc du travail pour capter ce potentiel. Le second segment se développe fortement depuis quelques années au point d’afficher des taux de croissance qui dépassent ceux de la non-vie compte tenu des avantages fiscaux qui le tirent vers le haut. Il y a également les performances des produits vie qui sont plutôt intéressantes comparativement à celles d’autres produits. Et puis c’est un segment dominé par la distribution bancaire contrairement à la non-vie qui est un segment d’agents généraux et de courtiers.

- Quelles sont vos ambitions dans ce marché?
- Nous sommes leader sur le marché de la non-vie (ndlr: l’automobile et la santé). Notre première ambition est de maintenir notre position et notre avance là où nous sommes premiers. Notre seconde ambition est d’aider et d’impulser à l’orientation du marché vers notamment la contribution à ce que les Marocains soit plus et mieux assurés. On parle de secteurs entiers peu assurés. Cela dépendra de ce que nous serons capables d’inventer en termes d’offre mais aussi de distribution pour aller vers eux. Il faut aussi faire en sorte que nos segments automobile et santé évoluent bien. Justement, nous constatons une forte croissance de la sinistralité dans l’automobile avec une hausse des coûts des sinistres depuis des années. En tant que leader sur ce segment, nous avons une responsabilité encore plus forte avec tous nos collègues assureurs de faire en sorte que cela cesse. Cette croissance énorme, ce n’est juste pas possible. Cela ne peut plus durer.

- Et pourtant, la surenchère dans l’automobile se poursuit …
- Je pense que les assureurs, Saham en fait partie, ont, à l’origine, joué leur rôle pour faciliter et accélérer l’indemnisation de leurs clients. Sauf qu’on est arrivé à des effets pervers qui font que nous avons quand même facilité la fraude. La fraude est, aujourd’hui relativement développée. Il faut qu’on fasse très attention et que l’on réduise ces possibilités d’indemnisation rapide. C’est exactement la voie que nous prenons les uns les autres.
Le rajeunissement du parc automobile a poussé les marocains a être plus intéressés par les garanties annexes, produits sur lesquels, il y a une forte concurrence. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous les vendons tous à perte. Cela dure depuis des années. Je pense que nous sommes au bout du cycle.

- Ces ventes à perte pourront ou conduiront-elles à une hausse de la tarification?
- Je ne pense, franchement pas, que ce sera d’abord sur le tarif que cela va se jouer mais plutôt sur les garanties annexes en particulier sur les franchises parce qu’elles sont basses. Elles sont même inexistantes sur certains contrats de flottes notamment. Je pense juste que ce n’est plus possible. Les assureurs en concertation avec la fédération, ont développé des outils pour juguler la fraude et travailler ensemble pour en réduire l’ampleur.

- S’agit-il d’échanges d’informations?
-C’est très simple pour pouvoir lutter efficacement contre la fraude, il faut comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays avoir l’information des assurés, mais aussi disposer de l’historique des sinistres. C’est ce qui est en train de se mettre en place.

- La fréquence de l’indemnisation rapide sera-t-elle réduite?
- Je pense que nous nous dirigeons vers une indemnisation rapide par an pour un montant ne dépassant pas les 10.000 DH. C’est, en effet, une restriction par rapport à des vannes qui avaient été ouvertes plus larges pendant quelques temps.

- Parlez-nous de l’OPA obligatoire sur les titres non détenus par Sanlam qui n’a pas suscité grand intérêt des actionnaires?
- Nous ne nous attendions pas par cette OPA qui a été déclenchée par la prise de contrôle de Saham par Sanlam que les gens apportent massivement leurs titres. Au contraire le fait qu’ils ne le fassent pas est un signe de confiance. Cela signifie qu’ils continuent à faire confiance à la compagnie alors qu’ils ont eu la possibilité avec un niveau d’achat intéressant et ne l’ont pas fait. Cela nous conforte encore plus dans notre désir de rester à la Bourse.

Laboratoire d’innovation

La Digital Factory qui souffle sa première bougie a permis à Saham d’améliorer sa vision du client. Elle a aussi travaillé sur un programme nommé Odyssée relatif au marché de l’automobile avec deux gros enjeux: amélioration de l’expérience client et de la rentabilité. Aujourd’hui, «nous sommes en train de déployer sur tout notre réseau des outils qui visent notamment à vendre ou à conseiller le client d’une autre façon», indique le DG. En parallèle, la factory travaille sur la fraude. «Nous développons des outils maintenant qui analysent les données pour pouvoir avec des algorithmes déterminer les cas éventuels de fraude», soutient-il.

Propos recueillis par Moulay Ahmed BELGHITI

                                                                        

Synergie avec le nouvel actionnaire

La gamme des produits Vie de Saham est assez large. Elle couvre tous leurs besoins, selon Buso qui est convaincu que le développement de cette branche passera par la capacité de Saham à développer de nouveaux accords de bancassurance mais aussi à innover en termes de distribution. Elle a pour cela un important atout: son nouvel actionnaire Sanlam qui fait de l’assurance vie depuis 100 ans. «Sanlam va nous faire bénéficier de son savoir faire en matière d’assurance vie qui représente son cœur de métier depuis des années».

De son côté Saham va apporter dans la non-vie son expérience au groupe. D’autant plus qu’il y a une complémentarité géographique forte entre les deux entités. «Ce qui fait qu’on a une présence panafricaine sans équivalent». Aucun assureur européen ou américain n’a une telle présence dans le continent. «Aujourd’hui, il conviendra de bien activer toutes ces synergies».

 

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