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    Economie

    Moins d'un livre acheté par an!

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5442 Le 30/01/2019 | Partager
    Les publications marocaines les moins chères au Maghreb
    La langue arabe confirme son hégémonie
    L’économie en tête des éditions en ligne
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    4.154 revues et livres publiés en 2017-2018. Ce qui représente une hausse d’un peu plus de 8% par rapport à la saison précédente. Les œuvres littéraires sont en tête suivies par le droit 

    Quitte à surprendre, le livre n’est pas un produit de luxe au Maroc. C’est du moins l’avis  du directeur adjoint de la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines. Le Pr Mohamed-Sghir Janjar a dirigé le «Rapport 2017-2018 sur l’état de l’édition et du livre au Maroc» publié par son institution le mardi 29 janvier. On y apprend ainsi que le prix moyen d’un livre marocain est de 70,36 DH.

    Ce tarif a augmenté de 5,43 DH par rapport à 2016-2017. Ce produit culturel reste «moins cher» comparativement à ceux de l’Algérie (73,8 DH) et de la Tunisie (113,14 DH). Le livre marocain «coûte le quart» du prix pratiqué en France. Un bien «accessible» même si les ménages marocains «achètent moins d’un livre par an malgré l’émergence d’une classe moyenne urbaine», regrette le Pr d’anthropologie Mohamed Sghir Janjar.

    En réalité, le problème du livre «n’est pas financier». L’acte d’achat est conditionné par d’autres aspects comme l’éducation à la lecture et la distribution.

    Le format papier domine toujours

    Pour indice, le diagnostic de la Fondation Al Saoud évoque «le phénomène de l’édition à compte d’auteur» qui demeure «une composante importante» du secteur. Il s’adjuge plus de 26% de la production imprimée en 2017-2018.

    Publier un ouvrage à ses propres frais «relève des données fortes» d’un marché éditorial «insuffisamment structuré», estime l’institution culturelle. Ce constat «hypothèque les chances» d’un livre publié à compte d’auteur. La diffusion d’une publication, et donc sa vente, «va se limiter à la ville» de son créateur ou «au cercle de ses connaissances».

    Un autre paramètre permet de mieux cerner notre relation avec le livre. L’édition a produit 4.154 revues et livres en 2017-2018. Le recensement de la Fondation Al Saoud porte uniquement sur les publications littéraires (roman, poésie...) ainsi que des sciences humaines et sociales.

    Que valent ces 4.154 productions éditoriales? «Elles sont insignifiantes comparées à un pays comme l’Islande qui publie le même volume que le Maroc. Or l’Islande compte 350.000 habitants contre 34 millions chez nous», rétorque le directeur de rédaction du dernier rapport sur l’édition.

    Le format papier domine toujours malgré une édition numérique qui croît à deux chiffres depuis 2016. Curieusement, ce sont les sciences économiques qui arrivent en tête des livres et revues diffusés en ligne. Les études islamiques et la politique viennent ensuite.  

    Malgré une «dynamique réelle», les publications électroniques «sont loin d’être irréversibles», pronostiquent les analystes de la Fondation. Gratuite, l’édition électronique est l’apanage des associations, des chercheurs et surtout des institutions publiques: ministère de la Justice, Bank Al-Maghrib, Haut commissariat au plan, Cour constitutionnelle, Archives du Maroc... Le couple papier et numérique génère des remous y compris dans la presse.

    La Fondation Al Saoud est pour «un modèle économique payant» pour les sites afin de stimuler l’intérêt des maisons d’édition. Plus de la moitié des 823 livres et revues publiés sur le Net sont en langue arabe.

    Cette caractéristique linguistique domine également dans l’édition en papier. La langue arabe confirme son hégémonie en 2017-2018: les trois-quarts des 4.154 ouvrages édités. Ce qui représente 81% du volume de la production éditoriale contre un peu plus de 16% pour le français.

    «Sa prépondérance dans le champ éditorial a démarré au milieu des années 1980», relève les rédacteurs du rapport. Ils l’expliquent notamment par «la généralisation de l’instruction publique et l’arabisation de l’enseignement des sciences sociales dès le milieu des années 1970».  

    D’ailleurs, la Fondation Al Saoud relève «un retour massif» de la question linguistique. «Les Marocains ont été jetés à leur corps défendant dans un pluralisme linguistique depuis le début du protectorat franco-espagnol en 1912. Cette question suscite des débats passionnés qui dépassent les aspects fonctionnels des langues pour en faire des enjeux identitaires», note les rapporteurs de l’institution culturelle.

    Pas question pour eux de prendre une position: «Il n’y a jamais eu un réel choix linguistique mais plutôt une compétition entre les langues. Les Marocains commencent à écrire et à réfléchir sur la langue. Qu’est-ce que cela va donner? L’avenir nous le dira», confie le Pr Janjar à L’Economiste.

    Cette tension linguistique persistante depuis des décennies ne doit pas éclipser une nouveauté éditoriale émergente. «Les politiques écrivent leurs mémoires. C’est un phénomène», commente notre source académique.

    L’enjeu n’est pas seulement d’écrire ses souvenirs à l’automne de sa vie, mais d’apporter un éclairage réel et impartial sur un fait historique ou sa révélation. Et là, c’est plutôt la valeur du rendu qui prime.

                                                                                         

    Une classe politique qui sort de son amnésie?

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    Littérature et droit sont très prisés par l’édition. Philosophie, sociologie, anthropologie, psychologie, archéologie... occupent une place mineure dans la production intellectuelle marocaine 

    Des hommes politiques décident d’écrire à la grande satisfaction des historiens qui manquaient de témoignages! Une vingtaine d’ouvrages édités en 2017-2018, selon la Fondation Al-Saoud. Le Pr Mohamed-Sghir Janjar évoque «un phénomène» éditorial. Trois générations d’hommes politiques se confient.

    «Les mémoires de  la Réunion» de Abdelkrim El-Khatabi ravive l’histoire du Rif et de la résistance contre le colon espagnol. D’autres résistants, comme Mohamed Ben Said Aït Yader, replongent dans leur lutte pour la libération nationale. Les socialistes renouent aussi avec l’histoire comme l’ancien premier ministre Abderrahman El Youssoufi. Avant eux, Mahjoubi Ahardane a publié ses mémoires à polémiques en deux tomes.

    L’ancien ministre des Affaires étrangères, Feu Abdeltif Filali, a préféré s’en tenir à sa vision diplomatique du monde arabe. Aux historiens d'éplucher ces ouvrages pour jauger la fin réelle de l’amnésie des politiques, note la Fondation Al-Saoud. Ecrire est un effort intellectuel et une épreuve morale. Dire toute la vérité et rien que la vérité.

    Faiçal FAQUIHI

     

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