Economie

Conserve de poisson: L’huile d’olive bloquée aux ports

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5440 Le 28/01/2019 | Partager
Des conteneurs à l’import immobilisés depuis 2 mois
Le risque de mise à l’arrêt se précise pour de nombreuses unités

L’inquiétude est à son paroxysme chez les opérateurs de la conserve de poisson. Et pour cause!  Le blocage dans les ports de l’huile d’olive utilisée dans les préparations du poisson. Importée en admission temporaire, une vingtaine de conteneurs d’huile d’olive séjourne depuis plus d’un mois dans le port d’Agadir. Ceci, dans l’attente des résultats d’analyses menées par l’Office national de sécurité des produits alimentaires (Onssa).

«Contrairement à la procédure habituelle basée sur l’évaluation du risque, l’historique des importations, les fournisseurs et les destinataires, l’Onssa a instauré un contrôle systématique avec maintien des conteneurs au port sans possibilité d’enlèvement et de mise sous scellés chez l’importateur», révèle l’Union nationale des industries de la conserve de poisson (Unicop).

Et même dans le cas d’analyses concluantes, des conteneurs n’ont pas été libérés dans le port d’Agadir. Selon la profession, la direction du contrôle de ce port «serait dans l’attente des instructions de la direction générale de Rabat».

Dans une tentative du déblocage de cette situation, l’Unicop a saisi l’Onssa, le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime ainsi que le wali de la région de Souss-Massa et le gouverneur d’Agadir-Ida ou Tanane. Le courrier dont L’Economiste détient copie est resté jusqu’au vendredi dernier sans réponse.

Joint par L’Economiste, le directeur général de l’Onssa concède: «Depuis décembre dernier, l’huile d’olive fait l’objet d’un contrôle renforcé au niveau de tous les postes frontaliers».  Et de préciser, «ces contrôles ont pu déceler des anomalies sur les catégories d’huiles de certaines importations, qui vont être refoulées pour non-conformité avec la réglementation en vigueur». Et que dire des marchandises conformes à la réglementation en vigueur? L’Office ne souffle mot.

En revanche, la profession se déclare ouverte  à toute forme de contrôle basé sur l’évaluation du risque. Elle se dit également «pour le refoulement ou la destruction des produits qui ne répondent pas à la réglementation en vigueur aussi bien à l’import qu’à l’export». Mais faut-il attendre 2 mois pour qu’un conteneur soit refoulé ou libéré? C’est la question qui taraude le plus les professionnels.

L’huile d’olive étant un intrant pour des préparations prisées par le marché international, elle est incontournable dans l’ensemble du processus de fabrication. Et les responsables de l’Onssa sont  bien au fait de la question. Mais sa démarche semble être guidée par d’autres considérations.

Selon des sources concordantes, la démarche de l’Office procède du souci de développer un débouché industriel pour l’huile d’olive locale. D’autant plus que l’actuelle campagne se caractérise par une production pléthorique.

Mais peut-on forcer une synergie entre industriels et oléo-facteurs en pleine campagne de fabrication et d’exportation, s’exclame  un conserveur. L’intention est peut-être louable. Il reste cependant à favoriser les synergies entre opérateurs pour un partenariat gagnant-gagnant. L’objectif est de parvenir à un approvisionnement de l’industrie du poisson sur la base d’un rapport qualité/prix compétitif.    

Au-delà, l’Office est-il habilité à édicter des mesures non-tarifaires déguisées en contrôle du risque?
 En attendant, «le risque de mise à l’arrêt de nombreuses unités se précise de plus en plus et avec la perte d’emplois et de part de marché à l’export», alertent les professionnels.

Pour le moment, les surcoûts de séjour, d’analyses et de surestaries s’accumulent.  Les frais de Marsa Maroc représentent 2 pour mille de la valeur d’un conteneur de 24 tonnes au prix de 70.000 euros. En moyenne, les analyses coûtent 6.000 DH par prélèvement.  En cas d’analyses rapides, il faut miser 50% de plus, ce qui porte le coût global à 9.000 DH. Sans oublier les frais de surestaries qui varient entre 300 et 500 DH/jour/conteneur, selon les compagnies.

Contraintes

Malgré son poids socio-économique, le secteur de la conserve de poisson fait face à plusieurs contraintes: hausse continue des intrants (poisson, huiles, emballages, main-d’œuvre…). Il affronte aussi une rude concurrence à l’international et reste peu soutenu par l’Etat.
De plus, il doit se conformer aussi bien sur le plan interne qu’externe à un environnement normatif et réglementaire très exigeant et évolutif qui met sous pression les chefs d’entreprises. Le tout assorti d’une lourdeur des procédures administratives, de la multiplicité des intervenants et du manque de coordination entre les différentes entités chargées de leur application.
Avec le déploiement de la stratégie «Halieutis», les industriels avaient espéré une amélioration substantielle de leur approvisionnement en poisson pour augmenter le taux d’utilisation de leur capacité. Mais pas d’avancée à signaler.

Repères :

  • 33 entreprises, 45 usines
  • Capacité installée: 800.000 tonnes
  • 230 jours de traitement par an
  • Chiffre d’affaires à l’export:
  • 4,8 milliards de DH
  • Chiffre d’affaires local: 1,5 milliard de DH
  • 26.000 emplois directs
  • 100.000 emplois indirects
  • Investissements: 17,5 milliards de DH sur la dernière décennie

A.G.

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