Culture

Abdallah Ibrahim: Hommage à un oublié de l’Histoire

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5438 Le 24/01/2019 | Partager
Une biographie signée Zakya Daoud
Un homme politique, un professeur universitaire intègre
Un personnage que peu de Marocains connaissent
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C’est un «jeune homme marqué par sa culture traditionnelle, profondément intégré, et néanmoins soucieux de modernisme, non seulement en matière politique, comme tous les nationalistes urbains, mais aussi culturelle: il a 16 ans lorsqu’il apprend déjà le français en cachette de son père… ».

C’est avec une multitude de détails et un grand souci de précision que l’écrivaine Zakya Daoud raconte l’histoire d’Abdallah Ibrahim qui fut président du Conseil du gouvernement marocain de fin 1958 à mi-1960. Un ouvrage dans lequel elle revient sur toute la vie d’Abdallah Ibrahim, de sa naissance jusqu’à sa disparition, en passant par son action et ses interactions avec les hommes et les femmes politiques de son époque.

L’histoire d’un homme exceptionnel à plus d’un titre, que l’auteure a côtoyé. Bien qu’ayant été aux commandes pendant une courte durée (un an et demi), Abdallah Ibrahim aura marqué, par ses réalisations et ses ambitions, de son empreinte le paysage politique marocain. Aujourd’hui, peu de Marocains connaissent Abdallah Ibrahim. Quelques-uns se souviennent vaguement d’un homme politique.

Les plus âgés se rappellent du président du Conseil qui, au début des années 60, fit bouger les lignes, mais presque personne ne mesure l’importance de cette figure d’autorité morale et de conscience politique, cet humaniste porteur d’une éthique intransigeante qui a bataillé contre toutes les formes d’inertie. C’est donc tout un pan de la vie politique marocaine que retrace Zakya Daoud, à travers cette biographie. 

Des photographies et des documents d’archives, cédés par la famille Ibrahim, viennent compléter cette biographie aussi instructive qu’éclairante sur tout un pan de la vie politique marocaine. Un document de quelque 370 pages, publié aux éditions La Croisée des chemins dans sa collection «L’Histoire des rendez-vous manqués».

On y découvre le parcours d’un homme exceptionnel, révolutionnaire à bien des égards, né dans une famille de notables, conservateur et portant un regard très distancié vis-a-vis des traditions et de la religion. Ibrahim a en effet produit une réflexion sur l’histoire et sur l’islam et proposé des solutions détonantes dans ces années 30-60. Un homme «honnête, attentif aux autres et méprisant l’argent», souligne l’auteure.

Un homme qui a su résister à l’opportunisme politique et a fait de sa vie un reproche vivant et permanent à toutes les entreprises de corruption. Deux attributs suffisamment rares pour susciter la curiosité.  La pensée de cet intellectuel issu du Maroc ancestral, engagé dans le combat de l’indépendance et de la construction, mérite donc d’être connue et reconnue.

  En effet, même après l’arrêt de ses fonctions en tant que président du Conseil du gouvernement, Abdallah Ibrahim, ce professeur de sciences politiques, passionné d’histoire, aimé et admiré par ses étudiants, permettra à travers sa position d’intellectuel de livrer des analyses d’une pertinence lucide.

Avec constance et courage, il a gardé son «honnêteté proverbiale, sa moralité intransigeante, son éthique radicale et sa relative modération politique», quitte à s’attirer les disputes et railleries de ses détracteurs comme de ses partenaires.

                                                                  

Morceaux choisis

Chapitre I. 1918 – 1944 : Émergence d’un chef nationaliste à Marrakech
«Abdallah Ibrahim découvre très tôt Ibn Khaldoun qui devient son maître à penser. Il est aussi influencé par les écrits d’Ibn Arabi. Puis il s’intéresse très jeune à l’expérience soviétique, suite à des tracts jetés dans la médina, et notamment, la première Constitution soviétique de 1930, présentée par Staline, c’est ce qu’il révèlera en même temps que son intérêt pour les auteurs romantiques français, ainsi que pour les Grecs, Platon et Aristote… Il découvre aussi les philosophes allemands tels Hegel et l’économie… Il déclare avoir été ébloui par un grand auteur mystique, Al Hatimi, selon lui le plus grand philosophe arabe».

Chapitre III. 1949 – 1957 : De la prison au gouvernement
«(1952) Abdallah Ibrahim venait de se marier… Il est transféré au tribunal militaire après avoir été torturé et condamné à deux ans de prison. D’abord envoyé à la prison de Kénitra, avant la prison civile de Casablanca, il est incarcéré dans une cellule avec Abderrahim Bouabid, Mohamed Lyazidi, Omar Ibn Abdeljallil, le fquih Ghazi, Kacem Zhiri, Mohamed El Fassi et Boubker Kadiri. Onze personnes partagent la même cellule avec un coin toilettes, un trou pour les WC et une minuscule ouverture».

«Ait Idder témoignera du fait que Abdallah Ibrahim, membre de cette première équipe gouvernementale (secrétaire d’Etat  en charge de l’information), a noué des contacts avec lui-même et tenté de créer des liens entre les syndicalistes de l’UMT, les membres du mouvement de résistance et de l’armée de libération qui opère dans le Nord. Il a également contribué à l’établissement et au développement d’une nouvelle orientation politique au sein du parti de l’Istiqlal».

Amine BOUSHABA

 

 

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