International

Le feuilleton du Brexit se poursuit

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5434 Le 18/01/2019 | Partager
Theresa May doit présenter lundi prochain un plan B
Les effets sur les secteurs, l’emploi… l’analyse du FMI
Des enjeux pour le Maroc
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Après avoir survécu de justesse à une motion de censure, la Première ministre britannique Theresa May doit sauver le Brexit. Elle a jusqu’à lundi 21 janvier 2019 pour proposer un plan B. A ce stade, toutes les idées sont sur la table dont celle de tenter de retourner négocier avec les dirigeants de l’UE (voir les différents scénarios dans notre édition N° 5433 du jeudi 17 janvier 2019).

«L’accord de retrait est le meilleur et le seul compromis possible dans le cadre des lignes rouges fixées par le gouvernement britannique», a rappelé le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, Michel Barnier. «L’UE n’acceptera pas que les lignes directrices établies soient dénaturées, notamment concernant le processus de paix et la frontière sur l’île d’Irlande ou encore les droits des citoyens», a ajouté Frans Timmermans au nom de la Commission européenne.

Pour progresser dans les discussions, la dirigeante conservatrice, pourrait être contrainte de revenir sur les lignes rouges qu’elle a elle-même tracées. Elle avait notamment exclu de respecter les conditions d’accès au marché unique européen, qui incluent notamment la libre circulation des personnes et avait exigé de retrouver une liberté commerciale totale.

Theresa May pourrait aussi demander un report de la date de sortie du Royaume-Uni de l’UE, fixée au 29 mars 2019 (ce qu’elle a exclu jusqu’ici). «Il y a encore le temps de négocier», a estimé la chancelière allemande Angela Merkel, appelant Theresa May à faire des propositions. De son côté, la France a déclenché son plan national pour faire face aux effets d’une sortie sans accord (un scénario jugé de moins en moins improbable).

Ce plan se traduira notamment par 50 millions d’euros de travaux d’aménagement dans les ports et les aéroports et près de 600 embauches (douaniers, vétérinaires...). Un projet de loi français sur les conséquences du Brexit, présenté au Parlement l’automne dernier, devait être adopté définitivement jeudi 17 janvier par le Sénat. Après ce vote, le gouvernement va présenter cinq ordonnances en Conseil des ministres dans les trois semaines à venir.

Le Brexit peut être une aubaine pour le Maroc. Invité au Club de L’Economiste, Thomas Reilly, ambassadeur du Royaume-Uni à Rabat s’est dit conscient des gisements d’amélioration aussi bien dans les échanges commerciaux que dans les IDE, le tourisme, la culture... (cf. notre édition N° 5399 du 27/11/2018).

«Toutes les issues probables du Brexit auront un coût pour l’économie britannique, qui sera inégalement réparti entre les différents secteurs et régions», avait indiqué dans une récente étude Jiaqian Chen, économiste au sein du département Europe du FMI, où il travaille sur les perspectives macroéconomiques du Royaume-Uni et sur les questions liées au Brexit.

En tant que pays membre de l’UE, le Royaume-Uni bénéficie d’un accord commercial sans tension qui fait partie intégrante du marché unique et de l’union douanière. Après la sortie, les obstacles aux échanges de biens et services se multiplieront, tandis que la mobilité de la main-d’œuvre diminuera.

Cet état de fait est important puisque l’Union est le premier partenaire commercial du Royaume-Uni. Elle représente près de la moitié des échanges de biens et services du pays. A titre d’exemple, 56% des voitures construites au Royaume-Uni sont exportées vers l’UE et environ un quart des services financiers produits au Royaume-Uni sont liés à des clients de l’UE.

Grâce à une frontière sans friction, les entreprises britanniques ont pu se spécialiser dans des activités pour lesquelles elles détiennent un avantage comparatif et la plus grande valeur ajoutée. Le statut d’État membre de l’UE avait aussi stimulé l’investissement direct étranger, dans la mesure où des entreprises ont investi au Royaume-Uni afin de pouvoir prendre pied sur le marché unique. Parallèlement, la libre circulation de la main-d’œuvre a permis au pays de recruter des talents provenant de l’ensemble de l’UE.

Impact sur les secteurs

Les secteurs qui se caractérisent par des liens commerciaux plus étroits avec l’UE, par des hausses plus marquées des droits de douane ou des coûts non tarifaires ou par une plus grande sensibilité aux variations des prix seront davantage touchés, explique Jiaqian Chen.

Parmi les secteurs de production, l’industrie chimique et le matériel de transport seront particulièrement pénalisés. Et ce, en raison d’un possible relèvement important des obstacles aux échanges et de leur forte intégration dans la chaîne d’approvisionnement de la production européenne, qui pourrait être perturbée après le Brexit.

Les effets négatifs seront encore plus prononcés pour certains secteurs de services. Par exemple, la production de services financiers pourrait chuter de pas moins de 15% dans le scénario ALE. Cela s’explique par le fait qu’environ un quart des recettes intérieures tirées du secteur financier sont liées à des clients de l’UE. Des entreprises devront peut-être créer des filiales dans l’UE afin de pouvoir continuer à offrir certains de ces services.

                                                             

Les conséquences pour l’emploi

Pour l’économiste du FMI, l’évolution de la politique d’immigration à l’avenir pourrait influer sur la main-d’œuvre disponible dans les secteurs qui font davantage appel à des travailleurs migrants, peu ou très qualifiés.

• Le Brexit pourrait marquer le début d’une longue période de chômage structurel plus élevé, en effaçant partiellement l’amélioration spectaculaire de l’emploi ces dernières années. Ceci dans la mesure où les travailleurs délaisseront des secteurs fortement pénalisés mais ne se tourneront que progressivement vers des secteurs et régions moins touchés.

• Des politiques actives du marché du travail comme la reconversion et l’aide à la recherche d’un emploi seront indispensables pour faciliter le redéploiement des travailleurs. La priorité est de soutenir les travailleurs, et non pas certains secteurs ou emplois. Une plus grande facilité d’accès au crédit pour les chefs d’entreprise permettrait aussi à chacun de s’adapter à la nouvelle réalité économique et de rehausser sa productivité. Les initiatives visant à accroître l’offre de logements devraient continuer à aider les travailleurs à quitter les régions plus pénalisées pour s’installer dans des zones où les emplois sont plus nombreux.

Fatim-Zahra TOHRY

 

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