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    Défaillances d’entreprises: Le BTP, la métallurgie, le textile… des secteurs sinistrés

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5431 Le 15/01/2019 | Partager
    Difficultés de trésorerie, liquidité des entreprises sous tension
    Problème de débouchés à l’exportation, concurrence…
    Le Name and Shame, nommer pour punir
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    Stéphane Colliac, économiste senior chez Euler Hermes: «Les délais de paiement trop longs ne permettent pas aux entreprises nouvellement créées de se développer, ce qui in fine coûte à la croissance marocaine. On voit bien que le serpent se mord la queue et que le Maroc devra aller plus loin…»  (Ph. Euler Hermes)

    Les défaillances d’entreprises vont à nouveau croître à l’échelle mondiale en 2019 (+6%), selon les pronostics d’Euler Hermes. Le ralentissement de l’économie  (avec une croissance attendue à +3% en 2019, après +3,1% en 2018 et +3,2% en 2017) est l’une des causes de cette hausse (voir aussi notre édition N° 5430 du lundi 14 janvier 2019). Le warning concerne aussi le Maroc qui figure sur la liste des pays qui enregistreront une détérioration. Les défaillances d’entreprises vont y augmenter de 4% en 2019. Les experts du spécialiste de l’assurance-crédit expliquent les raisons.

    - L’Economiste: A en croire vos prévisions, les défaillances d’entreprises vont augmenter au Maroc de 4% en 2019. Qu’est-ce qui explique encore cette dégradation?
    - Stéphane Colliac:
    La croissance économique s’est étiolée tout au long de l’année 2018. Ainsi, la baisse des défaillances de début 2018 a fait long feu et elles sont reparties à la hausse dès le 2e trimestre, en même temps que le net ralentissement de la croissance, qui est subitement tombée à +2,4%. A l’évidence, la croissance marocaine est restée irrégulière au 2e semestre également, puisqu’elle a chuté à nouveau à +2,7% au 4e trimestre. A ceci, s’est ajoutée la détérioration de la conjoncture en Europe. Celle-ci va entraîner une hausse des défaillances dans le secteur exportateur qui, bien que limitée (+2% en 2019), jouera également un rôle.

    - De ce fait, la sinistralité des sociétés ne fera que remonter? Dans quels secteurs?
    - En effet. La construction devrait être l’un des secteurs les plus impactés, prise entre des problématiques structurelles de profitabilité et le caractère erratique de la demande. La métallurgie devrait également connaître une recrudescence des défaillances, en raison des difficultés de trésorerie (les délais de paiement clients ont nettement augmenté de 57 jours en 2015 à 71 jours en 2017). Le textile devrait être un autre secteur à voir ses défaillances croître, fragilisé par une liquidité des entreprises sous tension, un problème de débouchés à l’exportation ainsi que par la concurrence de pays dont la devise s’est dépréciée (Tunisie notamment).

    - Malgré la loi sur les délais de paiement, les mauvais comportements persistent toujours. Y a-t-il un remède?
    - Les comparaisons internationales montrent que le Maroc dispose d’une infinité d’outils afin de faire baisser de manière effective les délais de paiement. L’une des principales problématiques tient au déséquilibre entre des grands groupes qui peuvent imposer aux plus petits des délais de paiement très courts, fragilisant la trésorerie des petites entreprises. Ce type de comportement devrait être rendu davantage public (name and shame) et aboutir à des amendes. Ceci permettrait de donner des incitations à un changement de comportement et à tout le moins de financer par ces amendes un fonds dédié au développement des PME.

    - La faiblesse de la croissance économique pourrait-elle  avoir des effets négatifs à long terme sur les défaillances d’entreprises?
    - Dans les conditions actuelles, le Maroc fait face à son lot de défaillances supplémentaires dès lors que la croissance tombe en deçà de 3%. L’année 2019 devrait donc être une année difficile en la matière, avec une croissance qui devrait tomber à +2,7%. Il n’y a toutefois pas de fatalité. Mais qui de l’œuf ou de la poule est arrivé en premier? Les comportements de paiement sont la première cause de défaillance. Les délais de paiement trop longs ne permettent pas aux entreprises nouvellement créées de se développer, ce qui in fine coûte à la croissance marocaine. On voit bien que le serpent se mord la queue et que le Maroc devra aller plus loin. Un exemple? La clause de sauvegarde créée au printemps 2018: il faudra qu’elle s’applique véritablement dans les faits pour devenir efficace.

    Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

     

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