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    Doctorat: Les universités entament leur propre réforme

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5427 Le 08/01/2019 | Partager
    En attendant celle du ministère de tutelle, plusieurs ont pris les devants
    Des fusions de centres d’études doctorales déjà opérées
    Un logiciel spécial pour traquer le plagiat
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    Les universités accueillant le plus grand nombre d’étudiants ne sont pas celles qui enregistrent le plus d’inscrits au doctorat. Celle de Rabat, première université créée au Maroc, où la tradition de la recherche est plus fortement ancrée, arrive en tête en termes de doctorants. Elle est suivie des universités de Casablanca et de Fès. Ibn Zohr d’Agadir, même si elle est première en termes d’effectifs, se retrouve parmi celles comptant le moins de docteurs. Et pour cause, l’université, couvrant 5 régions du Sud (près de la moitié du territoire national), a subi ces dernières années une massification effrénée. Elle est passée de 8 établissements en 2011 à 19 aujourd’hui. Sauf qu’elle compte une majorité d’établissements limités à des diplômes en bac+2 et bac+3. Sa faculté de médecine, pour sa part, n’en est qu’à sa 3e année. Cette année 2018-2019, elle a inscrit 1.792 doctorants et 2.454 étudiants en master, sur un total de plus de 125.200.

    Le cycle doctoral est celui qui compte le moins d’effectifs (34.313 inscrits en 2017-2018, sur un total de 820.430 étudiants). Mais il est, de loin, le plus stratégique. Pourtant, ce cycle a longtemps été victime d’un «laisser-faire» de la part des universités, pas très regardantes sur l’encadrement des thèses et le fonctionnement des centres d’études doctorales (Cedoc).

    Résultat des courses, des Cedoc qui se multiplient, parfois par deux au sein d’un même établissement (engendrant des conflits), des enseignants-chercheurs qui encadrent jusqu’à 40 étudiants en même temps, voire plus, et du plagiat à ne pas en finir. Sans compter les préparations de soutenance qui s’éternisent, et les taux d’abandon de thèse de plus de 40%.

    Il aura fallu attendre 2015, sous le mandat de Lahcen Daoudi, pour que le chantier de la réforme du cycle doctoral soit ouvert. L’ancien ministre avait commencé par diffuser une note imposant un quota de 5 doctorants par encadrant.

    En parallèle, des dérogations ont été accordées pour la soutenance des thèses, portant le délai total autorisé pour la préparation d’un doctorat à 6 ans. Le ministre, qui a en outre instauré des formations en pédagogie et soft skills pour les doctorants, n’a, cependant, pas eu le temps de mener ce chantier jusqu’au bout.

    Le projet de réforme inachevé est toujours en attente au ministère de l’Enseignement supérieur. Il dépend à la fois de la révision de la loi 01-00 régissant le secteur, elle-même en stand-by en attendant l’adoption du projet de loi-cadre pour l’enseignement, ainsi que du nouveau Cahier de normes pédagogiques nationales (CNPN), lui aussi en suspens depuis deux ans.

    Pour leur part, les universités n’ont pas attendu. Depuis 2015, plusieurs ont commencé à mettre de l’ordre dans leurs parcours doctoraux. C’est le cas de celle d’Agadir. «Nous avons opté pour un seul CED à l’université chapeautant divers laboratoires, dans lequel les étudiants de tous les établissements doivent s’inscrire», relève Omar Halli, président de l’université Ibn Zohr d’Agadir.

    C’est aussi l’orientation de la réforme en gestation depuis plus de deux ans au ministère: un seul centre relevant directement de l’université et non d’un établissement universitaire. Il en existe aujourd’hui 53 dans les 12 universités publiques.

    «Cela nous a permis d’assurer un meilleur suivi. Nous avons aussi fixé le nombre de doctorants par enseignant à 5. Pour dépasser ce seuil, une autorisation spéciale du président d’université est exigée. Seuls 2 étudiants supplémentaires peuvent être admis», ajoute-t-il. Le système a également été informatisé, et un logiciel anti-plagiat a été acquis. Le CNRST vient d’en acheter un (Urkund), plus costaud, pour l’ensemble des universités publiques. Il leur a été présenté en décembre dernier.

    Dix écoles doctorales à Casablanca!

    A l’université Hassan II de Casablanca aussi, le conseil d’université a limité le nombre de doctorants par enseignant à 5. Mais il existe encore des professeurs chapeautant des dizaines d’étudiants. «Nous avons hérité de la situation de 2015. Le doctorat dure plusieurs années, et il faut du temps aux enseignants pour liquider le reliquat qu’ils ont sur les bras», explique Driss Mansouri, président.

    Son université compte pas moins de 10 Cedoc. «L’idée est d’en garder un seul à terme, englobant plusieurs départements. Quand vous en avez plusieurs, il n’y a pas de coordination, et les règles de soutenance sont différentes au sein de la même université. Cela n’a pas de sens», confie-t-il. 

    L’université Cadi Ayyad de Marrakech, quant à elle, compte 4 Cedoc. Pour sa réforme, elle a choisi d’y aller progressivement. «D’abord, nous avons mis en place un guichet unique pour les candidatures, qui sont ensuite dispatchées entre les écoles doctorales. Nous passerons probablement bientôt à 2 Cedoc regroupant des pôles thématiques, en attendant la réforme de la loi. Un pour les sciences humaines et sociales, et un deuxième pour les sciences dures», relève Abdellatif Miraoui, président.

    Le passage à un seul centre serait ainsi plus aisé, une fois la révision de la loi actée. Côté encadrement, le conseil d’université a limité le nombre d’étudiants par encadrant à 15 dans les sciences sociales, et à 7 dans les sciences exactes. «Le problème est que les encadrants ne sont pas nombreux, et que rien n’oblige les enseignants à prendre en charge des thèses. C’est un point important à intégrer dans la révision de la loi», souligne Miraoui.     

    «Tout enseignant qui se respecte ne peut gérer des dizaines de doctorants par an. Autrement, cela devient impossible de s’assurer de la qualité du travail rendu», estime pour sa part le président de l’université Abdelmalek Essaadi de Tétouan, Houdaida Ameziane.

    Il y a près de quatre ans, son université a plafonné le nombre de thèses encadrées par enseignant à 8. Les inscriptions ont été centralisées au niveau de l’université, à travers une plateforme informatique dédiée. Les professeurs ayant déjà à leur actif 8 doctorants sont éliminés de la liste des encadrants.

    «Le changement n’a pas été facile. En introduisant ces mesures, j’ai été taxé de dictature. Or, si nous ne formons pas les doctorants dans les règles de l’art, nous contribuerons à la dégradation de tout le système», insiste Ameziane.

    Toutefois, les mesures prises par ces universités demeurent insuffisantes pour assurer un cycle doctoral de qualité (voir article suivant).

    Ahlam NAZIH

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