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    Rapport Cour des comptes/CDG: Le fiasco financier des filières

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5427 Le 08/01/2019 | Partager
    Les dirigeants de la holding face à leurs contre-performances
    La refonte du cadre juridique et institutionnel s’impose

    Plus aucun établissement public n’échappe à l’oeil averti de la Cour des comptes. Son dernier rapport concerne la gouvernance de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). Performances financières en chute, filière bois, SDL… les auditeurs ont brossé un tableau exhaustif de la holding chargée de centraliser et de gérer les fonds d’épargne, qui, de par leur nature, requièrent une protection spéciale (CNSS, CEN, CNRA). Dans sa réponse, la CDG tempère avec une nouvelle vision et propose une révision du Dahir portant sur sa création. L’Economiste revient sur les principales remarques et recommandations du rapport.

    ■ Contre-performances financières, risques, emplois…
    Prédominance des dépôts de la CNSS et la CEN dans les ressources CDG (67%), diminution du coût des dépôts de 3,3% à 2,8% en 10 ans (de 2007 à 2017), évolution annuelle des emplois de 9% et diminution de leur rendement de 6% à 4,5%. Tels sont les premiers constats de la Cour des comptes concernant les performances financières de CDG. L’analyse des principaux indicateurs financiers a permis de relever une diminution du rendement des capitaux propres et des actifs investis.
    «Ce rendement est mesuré par les ratios de rendement des actifs (return on assets «ROA») et de rendement des capitaux (return on equity «ROE»). De 2007 à 2017, le ROA a chuté en passant de 7% à 0,06% quant au ROE, il a chuté de 3,9% à 1%», explique le rapport. Et d’ajouter  que la dégradation continue du résultat net est due à l’augmentation du coût du risque constaté dans les comptes dans le cadre de la restructuration bilancielle entamée. En effet, le résultat net social a dégringolé de 4,1 milliards DH en 2007 à 81,6 millions DH en 2017. Cependant, les provisions ont vu leur montant  passer de 10 millions DH à 1,14 milliard de DH. Il en est de même pour les charges générales d’exploitation qui ont été multipliées, presque par 2, en passant de 250 à 423 millions de DH. 

    ■ Gueule de bois pour la filière bois
    La CDG est présente dans divers secteurs, dont certains sont très déficitaires, ainsi que le dénoncent les auditeurs. C’est le cas notamment de la filière bois comprenant production, gestion d’actifs forestiers, fabrication de la pâte à papier et production de papier par trois sociétés détenues par CDG-Développement. Evaluant la part de cette filière dans le résultat du groupe de CDG-Développement, durant la période 2008 à 2017, les auditeurs ont constaté que les résultats d’exploitation et net de la société Cellulose du Maroc, détenue à hauteur de 90% par CDG, sont en dégradation continue. Les capitaux propres ne représentent que 13% du capital social au lieu d’un minimum de 25%. Idem pour la société Fonds Eucaforest, détenue à 100% par Cellulose du Maroc. Les dettes de cette entreprise dédiée à la gestion des concessions forestières, la production et à l’approvisionnement en bois d’industrie, ont culminé à 2,8 fois des fonds propres. Idem pour Aiglemer et Med Paper, dont les dettes financières représentant 2,6 fois ses fonds propres (entre autres). Toutefois, un travail de restructuration de la filière bois a été initié, ainsi que la cessation d’activité de SFCDG et cellulose du Maroc dont la cession de l’outil de production a été initiée via un appel à manifestation d’intérêt. «Concernant une activité connexe à la filière bois, CDG a procédé, courant 2017, à la cession de la totalité de sa participation au niveau de la société de fabrication du papier Med Paper», argue CDG.

    ■ La vague des sociétés de développement local… à perte
    CDG a voulu profiter de la vague des SDL en créant des unités avec les villes de Casablanca, Marrakech et Témara. Mais là encore, l’exercice a montré ses limites. L’examen des performances fait ressortir que «cette activité détruit de la valeur» puisque la contribution au résultat consolidé de CDG-Développement est structurellement déficitaire.
    Par ailleurs, certaines sociétés opérant dans l’activité «services» qui englobe les métiers de l’ingénierie et des services, connaissent des difficultés d’exploitation notamment la Société forestière de CDG (SF-CDG), en arrêt d’activité depuis 2014 et la société Norea. Ces sociétés encourent un risque de continuité d’exploitation dans la mesure où elles ont des situations nettes inférieures à 25% de leur capital social.

    ■ Tourisme: Absence de vision claire
    La présence de CDG dans le secteur touristique ne lui apporte que des problèmes financiers (baisse des résultats). Pour rappel, le groupe a consolidé dans sa comptabilité pas moins de 37 filiales et participations dont 29 sont détenues à plus de 50%, avec des investissements conséquents. Une analyse des états financiers d’un échantillon de 10 entités pendant la période 2007 à 2012 corrobore ce constat. Incapables de créer de la valeur pour le groupe, elles ont été jugées, comme plusieurs autres petites entités, comme de véritables gouffres financiers.
    En dépit des investissements pour assainir les hôtels achetés auprès du CIH, la CDG a échoué à les rentabiliser. Des actions de redressement qui ont nécessité d’énormes budgets sous forme de prêts (19 prêts octroyés pour un montant total de 211 M DH). Enfin, l’analyse des business plans de ces sociétés de 2013 à 2020 fait ressortir des résultats négatifs. Ainsi, le total de pertes prévisionnelles s’élève à 70,2 millions de DH.

    Quitter les filières moribondes

    Revoir la gouvernance, la stratégie et le pilotage, la création de filiales et les prises de participations, et la gestion des participations directes... La Cour des comptes demande aux pouvoirs publics, de procéder à la refonte du cadre juridique et institutionnel régissant CDG, de manière à ce qu’il puisse se conformer aux meilleures pratiques de gouvernance d’entreprise. La CDG doit, elle de son côté, être plus vigilante en renforçant le dispositif de contrôle interne, et mettre en place un dispositif de gestion des risques. La Cour lui recommande également de se recentrer sur son métier de base à savoir la conservation et la gestion des fonds d’épargne et quitter ses filières moribondes. S’il fallait garder le tourisme, il faudrait tout réorganiser et cesser l’exploitation directe des unités hôtelières. Et enfin, certaines filières n’étant pas son fort, prévoir également de quitter l’activité «logement économique et social».

    La CDG se défend

    Dans sa réponse, la CDG rejoint l’avis de la Cour des comptes, insistant sur le fait, «qu’il apparaît indispensable de doter la CDG d’un texte législatif qui encadre ses activités, précise son mode de gouvernance et lui assure les moyens nécessaires à son développement et à sa pérennité». Le Dahir portant sa création pourrait être revisité au niveau de la mission de CDG, du cadre prudentiel, et de la gouvernance. CDG rappelle aussi, qu’actuellement, en termes de gouvernance, elle dispose d’une feuille de route à l’horizon 2022 qui lui «permettra de se recentrer sur ses métiers de base». Le groupe privilégiera les modes d’intervention «expert», «co-financeur» et «investisseur», tranchant avec le mode «opérateur», afin de gagner en capacité d’intervention tout en gérant au mieux les risques du groupe.

    Y. S. A.

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