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    Chronique

    Pourquoi 2018 est celle de «l’overtourism» ou du surtourisme

    Par Robert LANQUAR | Edition N°:5420 Le 26/12/2018 | Partager

    Robert Lanquar, après une expérience de journaliste, a été chargé du marketing et des recherches sur les entreprises touristiques à l’Organisation mondiale du tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristiques dont ceux du Sénégal et des Seychelles. Depuis 2000, il assure la coordination du Forum euroméditerranéen de FITUR – Madrid. Il est aussi professeur invité à l’Université de Cracovie (Ph. Privée)

    Les records de 2017 vont être largement battus avec plus de 5% d’augmentation des arrivées de touristes internationaux et le total pourrait bien atteindre les 1,4 milliard en 2018. Cette surchauffe entraîne des phénomènes de rejet de plus en plus fréquents en Europe en particulier. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) appelle cela le surtourisme (overtourism) et lui a consacré une conférence internationale.

    Les derniers chiffres publiés fin novembre par l’OMT sur les arrivées du tourisme international montrent une hausse interannuelle d’au moins 5% des arrivées du tourisme mondial pour les 9 premiers mois de l’année, avec quelques différences dont toutes les régions du monde ont bénéficié, en particulier la zone Asie-Pacifique (+7%), suivie de l’Europe et du Moyen-Orient (+6% tous les deux), puis de l’Afrique (+5%), les Amériques fermant la marche (+3%).

    Au niveau des recettes qui représentent désormais plus de 10% du PIB mondial, les performances sont partout dépassées: le Royaume-Uni affiche une croissance de 12% malgré une baisse du nombre des arrivées et la faiblesse de la livre sterling, la France et l’Italie, +6%. En revanche, en Espagne, Allemagne et aux Etats-Unis, ces recettes n’ont progressé que de 3%(1),  et cela n’est pas dû seulement à la hausse des prix ou dans le cas des Etats-Unis à la bonne santé du dollar.

    Dans plusieurs destinations, l’inquiétude se fait sentir de se faire déborder par l’afflux massif de touristes. Des slogans commencent à apparaître comme «Tourists kill the city» (les touristes tuent notre ville). Pour les résidents, c’était mieux avant, disent-ils, avant les hordes de touristes.

    La tourismophobie gagne du terrain, d’autant que ces touristes peuvent se comporter bien étrangement, comme cette touriste anglaise de retour de Benidorm sur la côte levantine espagnole se plaignant des touristes nationaux  et faisant les gros titres de la presse britannique: s’il n’y avait pas de touristes espagnols en Espagne, ce serait parfait!

    La saturation causée par le tourisme préoccupe de plus en plus les villes les plus attractives après les incidents qui ont eu lieu en Italie, Espagne et en France en 2017. Le thème de la capacité de charge et de la saturation est ancien, mais il a d’abord été utilisé pour les espaces naturels protégés.

    Dans les années 1980, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) avait élaboré une série de travaux portant surtout sur l’environnement. Depuis le début de ce siècle, ce sont les impacts sociaux et culturels qui sont interrogés. Face aux incidents de 2017, l’OMT a demandé que soit élaborée une étude sur le surtourisme. L’on pourrait dire aussi hypertourisme. 

    Le mot «overtourism» a été enregistré en 2016 par l’organisme Skift qui se déclare la plus grande plateforme d’intelligence touristique destinée à informer média et professionnels sur les transformations du tourisme. La définition du surtourisme c’est, pour l’OMT, «l’impact du tourisme sur une destination ou quartiers de celle-ci, qui influence exagérément la qualité de vie perçue des citoyens et/ou la qualité des expériences des visiteurs de manière négative».

    Ceci influence la qualité de vie de la destination et la valeur de l’expérience de manière inacceptable, à l’opposé des objectifs d’un tourisme responsable. Comment s’exprime cette situation et ce sentiment? De multiples façons, cependant avec des mythes à récuser.

    Pour l’OMT, le surtourisme est un nouveau mot à la mode. La congestion du tourisme ne concerne pas seulement le nombre de visiteurs (qui peut être aggravé par la saisonnalité), mais la capacité de les gérer, en particulier leur impact physique et visuel, c’est-à-dire la surprolifération d’hôtels, de logements touristiques, d’installations ou commerces de détail destinés aux visiteurs avec une gentrification des lieux les plus attractifs.

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    Dans plusieurs destinations, l’inquiétude se fait sentir de se faire déborder par l’afflux massif de touristes. Des slogans commencent à apparaître comme «Tourists kill the city» (les touristes tuent notre ville) (Ph. AFP)

    Pour l’OMT, la congestion touristique est généralement une question localisée plutôt que nationale ou globale, c’est-à-dire liée aux lieux les plus populaires et aux principales attractions. Cependant, il s’agit d’une question beaucoup plus complexe qu’une simple problématique du tourisme. Elle devrait donc être traitée de manière exhaustive dans la stratégie globale d’une ville.

    Les solutions «smart tourism» sont importantes, mais ne résoudront pas la question de la congestion du tourisme. Il sera avant tout nécessaire d’intensifier la coopération entre les parties prenantes, ce qui est long à mettre en œuvre, en particulier si ces parties prenantes ont des intérêts contradictoires.

    Beaucoup considèrent l’étude de l’OMT comme biaisée et incomplète. On tergiverse, on minimise les effets du tourisme dans un environnement urbain. On évite de demander de stopper l’afflux de touristes comme l’on fait certaines villes, l’exemple de Venise.

    On oublie que nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la mondialisation avec un retour des nationalismes et une conception de l’économie où les inégalités devront être réduites, surtout quand il y a corruption et optimisation fiscale vers les paradis off-shore.

    On n’aborde pas le processus de gentrification qu’entraîne un tourisme qui, malgré des transports low-cost, est le fait d’une population de plus en plus éduquée et cherchant à singer des comportements liés à un tourisme de luxe. On néglige de parler d’un racisme qui pourrait naître de l’afflux de certaines nationalités venant du Moyen-Orient, d’Asie ou d’Afrique. On ne montre pas les aspects inclusifs que l’on pourrait développer à travers le tourisme urbain, avec une emphase sur l’interculturalité et la rencontre entre personnes venant de différents milieux, avec la création de nouvelles entreprises, des startups liées à la technologie de l’information et de la communication, mais aussi des innovations sociales et culturelles. 

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    Un bloggeur du monde a trouvé une formule: «un tourisme qui tue le tourisme», ce qui expliquerait le ralentissement de la croissance des arrivées en Espagne et les réclamations de ses hôteliers contre les locations touristiques qui, elles, continuent de croître considérablement.

    Les 15 et 16 octobre 2018, l’OMT(2) a fait valider cette étude à Valladolid (Espagne) lors d’une conférence internationale sur les escapades urbaines et la création d’entreprises touristiques novatrices. Elle a demandé «aux villes de devenir des destinations touristiques intelligentes, dans lesquelles gouvernance du tourisme et économie numérique se rejoignent pour offrir aux voyageurs des expériences variées et authentiques».

    L’avenir est sans doute ailleurs. Le journal anglais The Guardian, cité par Courrier International, a émis quelques idées pour éviter cette situation comme mieux répartir les flux vers des destinations moins fréquentées, comme à Venise, où l’on tente de diriger les touristes vers des lieux moins visités en périphérie, les désaisonnaliser et encourager la visite à d’autres heures de la journée, comme limiter les locations de courte durée, surtout pour éviter la pénurie de logements et la hausse des loyers comme à Madrid, Lisbonne ou Barcelone. Certains demandent d’augmenter le coût des séjours par des taxes qui serviront à la population locale, mais cela conduirait à gentrifier encore plus les quartiers les plus attractifs. 

    Dans tous les cas, les résidents doivent avoir la priorité sur les touristes en matière d’hébergement – logement, accès aux services publics, car ce sont eux dont dépend le futur d’une ville. C’est ce qui ressort d’un travail que nous avions publié il y a deux ans sur le «Tourisme dans la Ville»(3).

    Ce sont les résidents qui doivent être au centre de toute politique de développement touristique. C’est aussi ce que demande le Parlement européen quand il définit la cité intelligente sur trois piliers, certes la connectivité avec des Open Data, mais aussi la durabilité et l’inclusion des populations résidentes dans le développement de stratégies et de politiques touristiques. 

    Il faudra surtout aller ailleurs. Une politique touristique responsable et solidaire au niveau européen devrait demander que les flux se dirigent vers les rives sud et est de la Méditerranée. Le tourisme reste et restera l’un des premiers facteurs de développement si l’on veut réduire les flux migratoires, le chômage des jeunes et des femmes de ses voisins du sud et de l’est méditerranéen, et bien d’autres crises.

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    (1) Notons qu’en Chine, les recettes ont progressé de plus de 21% en 2018 par rapport à 2017, et le Japon de +19%.
    (2) L’OMT qui est de plus en plus attaquée par la presse internationale qui lui reproche sa nouvelle stratégie trop libérale et trop orientée sur l’économie digitale (celle des plateformes) et collaborative.
    (3) Tourism in the city, Towards an Integrative Agenda on Urban Tourism, Springer & Gran Sasso Institute, 2017.

                                                                                            

    Croisières: Pollutions et peu de retombées

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    Partout les critiques se multiplient contre les énormes bateaux de croisière qui polluent, détruisent rivages et bâtiments historiques et ne rapportent qu’aux compagnies de croisière elles-mêmes. Leur impact écologique est considérable et leur empreinte carbone importante, et leur carburant n’est pas taxé.

    Les habitants des ports expriment de plus en plus leur ras-le-bol face à l’afflux incontrôlée de croisiéristes dont la manne financière a du mal à compenser les dégâts environnementaux collatéraux, comme à Venise ou à Barcelone.

    Du Vietnam à Cuba en passant par les îles grecques, les professionnels du tourisme et les autorités locales se posent des questions sur les hordes de visiteurs d’un jour qui utilisent les services publics, vont peu souvent au restaurant et achètent des souvenirs dans des boutiques qui se disent hors taxes, mais qui sont la plupart du temps liées financièrement ou par des licences de gestion aux compagnies de croisière.

    Quant aux musées visités, leurs conservateurs se rendent compte que le visiteur, et en particulier le croisiériste dont l’horaire est minuté, «consomme les tableaux comme s’il était dans un centre commercial. Pas bon pour les œuvres. De plus, les amateurs d’art et le public local les désertent» (Le Monde, 24 novembre).

    A Malaga, les autorités locales l’ont compris, le nouveau port de croisières inclut une annexe du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou de Paris: le croisiériste n’a pas de temps à perdre pour s’y rendre et le visiter!

     

     

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