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    Justice

    Sotravo: Les détails d’un sauvetage in extremis

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5420 Le 26/12/2018 | Partager
    Lahjouji, ex-président de la CGEM, au tribunal de commerce
    Près de 400 millions à rembourser uniquement aux banques
    Plan de sauvegarde: Le visa décisif du syndic judiciaire
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    Abderrahim Alami Lahjouji a repris en 1961 la société de son père, Moulay Ali Alami Lahjouji, qui deviendra Sotravo. L’entreprise réalisera notamment le complexe Mohammed V de Casablanca (Ph. Bziouat)

    Après le précédent Stroc Industrie, place à Sotravo. La société de BTP que dirige Abderrahim Alami Lahjouji, ex-président de la CGEM, décroche son plan de sauvegarde. Ainsi en a décidé le tribunal de commerce de Casablanca début octobre 2018.

    L’entreprise, créée en 1961, sera donc la 2e à bénéficier d’une telle procédure. Le top management «a pris l’initiative» de demander cette mesure nouvellement intégrée au code de commerce (cf. L’Economiste n°5259 du 25 avril et n°5288 du 6 juin 2018).

    «La Société marocaine de travaux et d’entreprises générales n’est pas en cessation de paiement», selon le jugement dont L’Economiste détient copie. En revanche, Sotravo doit rembourser près de 400 millions de DH de crédits à court et moyen terme. Sans compter les créances des fournisseurs. Attijariwafa bank et la Banque centrale populaire font partie de ses créanciers au même titre que la Caisse centrale de garantie (Lire article).

    «L’endettement de la société dépasse sa productivité et ses revenus», selon la cour que préside Abderrafi Bouhamria. Cette situation financière critique «exige d’ouvrir des négociations avec les grands créanciers de Sotravo en vue de rééchelonner ses dettes».

    Etat et fournisseurs figurent aussi sur la liste des créanciers communiquée au tribunal. Ce document constitue l’une des pièces maîtresses de la demande de sauvegarde. S’y ajoutent le registre de commerce, les états de synthèse de la société, la liste des 306 salariés et leurs représentants.

    Un inventaire des actifs de la société et de leurs valeurs a été également joint au dossier déposé le 5 septembre 2018. C’est sur la base de ces pièces que l’entreprise a obtenu son plan de sauvegarde. Abdelkbir Bensami a été désigné juge-commissaire et son confrère Hamza Ouabi comme suppléant.

    Le tribunal de commerce de Casablanca a nommé Fahd El Mjaber en tant que syndic judiciaire. Cet auxiliaire de justice doit préparer un rapport financier, économique et social sur Sotravo. Le dirigeant de l’entreprise y sera associé. Ce plan sera décisif pour la suite. Quatre scénarios se présentent.

    «Le syndic judiciaire peut proposer l’adoption du plan de sauvegarde soumis par Sotravo ou le modifier. A condition que cette mesure ne dépasse pas 5 ans comme prévu par le code de commerce», indique le tribunal.

    Le redressement ou la liquidation y sont également mentionnés. D’où l’enjeu du plan du sauvegarde pour maintenir l’entreprise en vie. Le syndic doit remettre un second rapport au juge commissaire. Il porte sur les actes de gestion et l’exécution du plan de sauvegarde par le chef d’entreprise.

    Pour l’heure, il est un peu tôt de s’avancer sur le contenu de ces deux rapports. «Vu les délais de procédure, il est fort à croire que le syndic judiciaire n’a pas encore accompli sa mission. Il doit notamment attendre les déclarations de créances afin d’établir sa liste définitive», commente une source judiciaire.

    Le directeur général de Sotravo, Faiçal Alami Lahjouji, est resté injoignable afin de nous éclairer sur l’état d’avancement de la procédure. Le tribunal a pris toutefois d’autres mesures prévues par le code de commerce. Le jugement accordant la sauvegarde a été inscrit le 11 octobre 2018 au registre de commerce.

    Le but étant d’informer toute partie intéressée, dont les créanciers, sur la situation juridique actuelle de Sotravo. La décision judiciaire a été publiée dans un journal d’annonces légales et au Bulletin officiel. La loi accorde en effet 8 jours pour informer le public et notifier la décision au syndic judiciaire ainsi qu’à l’entreprise.

    L’inscription du jugement dans les registres de la Conservation foncière s’impose également. Cette mesure d’information a été adoptée par la réforme du 23 avril 2018 du code de commerce. Elle vise à éviter que des biens soient vendus au détriment des intérêts des créanciers. Et donc à contenir le risque d’insolvabilité organisée par un dirigeant malintentionné. 

    Les propositions du management aux créanciers

    «Les actionnaires ont opté pour une nouvelle stratégie immobilière pour Sotravo», selon le projet de plan de sauvetage remis au tribunal de  commerce de Casablanca. Abderrahim Alami Lahjouji y évoque la construction de projets sur des terrains apurés administrativement. Poursuivre également les travaux du lotissement d’Ibn Battouta à Tanger et Izdihar à Marrakech. Même engagement 2019-2020 pour le projet immobilier El Khyayta dans les environs de Mohammedia.  
    Quant au remboursement des dettes, sa réalisation est conditionnée par deux points. Primo, «les banques doivent accepter la proposition de rachat des biens immobiliers de Sotravo en contrepartie de la réduction de leurs créances et intérêts». Secundo, «les créanciers doivent renoncer à une partie de leurs fonds».
    Qui sera preneur? Il va falloir faire preuve d’une grande force de persuasion. La résolution à l’amiable des difficultés financières de Sotravo a échoué par le passé. 

                                                                                               

    Al Omrane et l’ONCF aux origines d’une chute financière?

    «Plusieurs banques ont engagé des mesures conservatoires pour récupérer leurs fonds», selon une source judiciaire. C’est ce qui «a poussé» le management à réclamer in fine une mesure de sauvegarde pour Sotravo. Abderrahim Alami Lahjouji est à la fois homme d’affaires et fondateur du parti Forces citoyennes. Il a été notamment conciliateur dans l’affaire Alliances face à ses banques créancières.

    Cette expérience l’a fort probablement aidé à se décider d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Une entreprise en cessation de paiement ne peut prétendre à un plan de sauvegarde, selon le code de commerce. «Les difficultés financières de Sotravo ont démarré en 2006», avance le management auprès du tribunal de commerce de Casablanca.

    Comment expliquer qu’il ait attendu 12 ans pour se déclarer à la justice? L’entreprise de BTP justifie ses difficultés par les péripéties du projet immobilier Ibn Battouta à Tanger. Elle avait signé une convention avec Al Omrane et le gouvernement Jettou. «Al Omrane n’a pas rempli ses engagements d’assainissement et de voiries», indique le jugement.

    Le promoteur immobilier ne s’en apercevra qu’après avoir réalisé 40% du projet! Comment est-ce possible? En principe, l’aménagement d’un lotissement est constatable à l’œil nu. Sotravo n’a pas pu vendre ses appartements et les a loués. Elle demeure parallèlement redevable à des banques de 230 millions de DH comme la BCP et AWB. Cette «difficulté à payer» ses créanciers a «influé sur la réputation» du promoteur «aussi bien en interne qu’à l’international».

    Le règlement amiable avec les créanciers n’a pas abouti. En 2013, un autre contrat avec l’Office national des chemins de fer (ONCF) est conclu. Le projet mené par Sotravo tombe à l’eau. La responsabilité des deux établissements étatiques est pointée du doigt par le management. Sotravo revient aussi sur le «comportement opportuniste de certains concurrents étrangers» et les «retards de paiement dans les marchés publics».    

    Par ailleurs, l’entreprise évolue dans un marché qui se heurte à un tassement des ventes. Y compris dans le logement économique. Sotravo le reconnaît. La bulle de 2007 a fini par éclater, entraînant une correction du marché. Les difficultés qu’ont connues Alliances et Addoha sont un indicateur pertinent.

    Faiçal FAQUIHI

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