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    Enseignement: Super stratégies, piètre mise en œuvre

    Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5419 Le 25/12/2018 | Partager
    La Vision 2030 est parfaite, mais tout dépendra de son déploiement
    Pour impliquer les collectivités territoriales, il faut changer la législation
    Le plan d’urgence n’était pas une stratégie de réforme
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    Pour Hassane El Arafi, enseignant-chercheur, spécialiste du secteur public, la réforme se développe, se construit, mais ne se décrète pas. Ses résultats ne seront visibles qu’à moyen et long terme (Ph. AR)

    - L’Economiste: La réforme du système d’enseignement est à la fois une question de financement et de gouvernance. Pourquoi les collectivités territoriales en sont exclues?
    - Hassane El Arafi:
    Du point de vue du partage des compétences, le législateur a attribué la tutelle du secteur de l’éducation à l’Etat et non aux collectivités territoriales, hormis certaines compétences transférées, comme l’entretien des écoles primaires, le transport scolaire… Ce partage explique la faiblesse de la participation des collectivités territoriales (moins de 1%). L’Etat doit assumer sa responsabilité et non pas chercher à endosser ses déficits aux collectivités territoriales. Autrement, il faudrait revisiter les lois organiques les régissant, en les responsabilisant textuellement par rapport à ce secteur, à l’instar des pays de l’OCDE. Dans ces pays, le financement local du système d’enseignement représente les deux tiers, voire 100% dans certains Etats, notamment asiatiques.  En revanche, en épousant un raisonnement écosystémique, l’éducation et la formation sont l’affaire de tous les acteurs.
    Ceux qui plaident pour une contribution accrue des collectivités territoriales dans le financement de l’éducation n’ont pas touché le fond du problème. Les collectivités sont dépourvues de ressources propres, leurs budgets dépendent toujours des subventions de l’Etat. Donc, le problème n’est pas là.

    - La gouvernance, est-ce l’aspect qui a fait échouer le plan d’urgence 2009-2012?  
    - D’abord, il est important de rappeler que le plan d’urgence ne s’est pas hissé à une stratégie de réforme de l’école marocaine, malgré les 43 milliards de DH qui lui ont été affectés. Son objectif était uniquement d’insuffler une nouvelle dynamique à la réforme du système d’éducation et de formation, à travers la réalisation de 23 projets, visant notamment l’amélioration de la qualité de l’équipement éducatif.  
    D’après les rapports réalisés, le problème du plan d’urgence est principalement lié à la gouvernance de sa mise en œuvre: sérénité des procédures de passation des marchés, manque de qualité dans la maîtrise d’ouvrage, surcoûts d’acquisition du matériel pédagogique, sincérité des comptes...

    - La Vision 2030 peut-elle venir à bout de toutes ces difficultés?
    - Il est encore prématuré de dresser un bilan d’étape de la réalisation de la Vision 2030. Cette dernière propose une série de mesures de changement pour faire face aux dysfonctionnements structurels du secteur. Les résultats ne pourraient être appréciés qu’à moyen ou long terme.Toutefois, le problème n’est pas dans le contenu de la stratégie. La vision semble bien cohérente. Elle touche presque tous les points névralgiques du secteur. Le scénario est parfait, mais il faut tabler surtout sur un bon metteur en scène et de bons acteurs. Autrement dit, c’est la qualité de mise en œuvre qui fera la différence. Le secteur a besoin aussi bien de leadership que de stratégies et plans d’actions, et ce à tous les niveaux.

    L’enseignant d’abord!

    «Pour l’amélioration de la gouvernance du système éducatif, des contraintes énormes doivent être absolument levées», estime Hassane El Arafi. A ses yeux, c’est d’abord sur l’enseignant qu’il faut miser, bien avant le matériel pédagogique ou les infrastructures éducatives. «Un enseignant qualifié et engagé est la clé de voûte de toute la réforme. On devrait interpeller son savoir-être, et non uniquement son diplôme pour exercer ce noble métier», insiste-t-il. Les vagues de recrutement de contractuels, embauchés dans l’urgence, ne sont clairement pas la bonne voie. El Arafi recommande, également, d’appréhender le rôle du secteur privé en fonction des objectifs de la réforme et non pas uniquement des besoins en financement du secteur. L’expert souligne, en outre, l’importance de la mise en place d’un dispositif de redevabilité sociale et de reddition des comptes de tous les acteurs du système. 

    Propos recueillis par Noureddine EL AISSI

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