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    Société

    Assassinat des touristes: L’opinion publique réclame la peine de mort

    Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5417 Le 21/12/2018 | Partager
    L’ignominie du crime remue la société, la plupart des gens pour la Loi du Talion
    Après les arrestations, les autorités sur le pied de guerre pour découvrir les motifs
    Tourisme de randonnée: les failles mises à nu
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    Maren Ueland et Louisa Verterager Jespersen étaient deux grandes amoureuses de la nature. Certaines de leurs photos partagées montrent leur passion pour les sports en montagne. Elles ont été sauvagement assassinées dans une région montagneuse non surveillée, à 10 km du centre d’Imlil. Des veillées devant les ambassades et consulats de la Norvège et du Danemark ainsi que des actions symboliques sont prévues le week-end pour dénoncer le terrorisme

    L’acte perpétré sur les deux touristes norvégienne et danoise qu’il soit terroriste ou exécuté par un criminel, est un crime horrible, sauvage et marquera à jamais la vie des parents des victimes mais aussi celle de tous les Marocains. Sur les réseaux sociaux, émotion et colère sont à leur comble. De nombreux internautes réclament la peine de mort pour les criminels.

    Les propos sont déchaînés: «Peine de mort pour ces pourritures», «Ils méritent les pires des châtiments», «il faut en faire de la viande hachée», «Exécution sur la place publique et laisser les gens leur cracher dessus», «ils ont sali notre religion et notre hospitalité reconnue à travers le monde», «Torture: ils doivent souhaiter la mort sans avoir la possibilité de mourir», .... et bien d’autres cris de colère.

    S’attaquer à deux jeunes femmes, seules et sans défense, et les décapiter, ne peut être que le geste de désaxés qui ont franchi le pas de l’innommable ou de terroristes. A l’heure où nous mettions sous presse, les autorités qui ont arrêté 4 suspects étaient en train de valider cette seconde thèse, alors qu’au départ cette piste avait été écartée.

    Mais au fur et à mesure que l’enquête avançait, cette horrible vidéo a circulé sur les réseaux sociaux montrant un homme armé d’un couteau trancher la tête de l’une des deux touristes jusqu’à sa décapitation. Une vidéo authentique d’après le Danemark, et en cours d’authentification par le Maroc.

    Du terrorisme dans le terrorisme: Plus qu’un attentat, cet acte, une décapitation filmée montre qu’aucune région ou pays n’est à l’abri de cette folie meurtrière faite au nom d’une religion. Et si le Maroc reste sécurisé par rapport à d’autres pays, il n’en reste pas moins que les dispositifs sont focalisés sur les grands axes. Et les terroristes se sont attaqués à une zone rurale où il existe des défaillances sécuritaires.

    En effet, s’il y a des leçons à retenir, c’est que ce tourisme de montagne s’est développé sans stratégie et sans filet. Il a été toujours considéré comme le parent pauvre du secteur. Il y a 25.000 randonneurs qui se rendent chaque année dans ces montagnes pour découvrir les paysages, et escalader le Toubkal, le graal pour les férus d’alpinisme, comme nous l’avions annoncé dans notre édition n°5415 du 19 décembre dans l’article «Tourisme de montagne: Le Toubkal, le mont de tous les dangers?».

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    4 personnes sont derrière le crime abject d’Imlil. Le premier a été arrêté lundi et les trois autres appréhendés ce jeudi dans un car en partance pour Agadir. Ils ont été repérés par un jeune vendeur de biscuits qui a aperçu dans leur sac des armes, celles qui ont servi a perpétrer les crimes. Il a averti le chauffeur du bus, qui, lui, a aussitôt alerté les autorités. Les assassins ont été appréhendés par la police à l’intérieur de l’autocar, à la gare routière de Marrakech. Un des suspects appartiendrait à un groupe extrémiste alors qu’un autre aurait un passé judiciaire lié à des actes terroristes

    Cette population en croissance ne pouvait pas rester sans encadrement sur le plan touristique, mais aussi sécuritaire. Les deux jeunes femmes Maren Ueland et Louisa Verterager Jespersen, retrouvées sans vie le 17 décembre dernier ont campé la veille dans une région montagneuse non surveillée, à 10 km du centre d’Imlil avant d’être assassinées sauvagement le soir même. Leurs assassins passaient la nuit dans un campement voisin depuis plusieurs jours. Et pourtant, le campement est interdit dans la région, mais les randonneurs ont fait fi de cette proscription et en l’absence de contrôle….

    Pas de contrôle non plus dans les refuges. En 2017, un reporter de L’Economiste a passé deux nuitées dans le refuge du Toubkal sans qu’aucune fiche de renseignements ne soit remplie, ni signée, ni consignation dans un registre des nuitées qui existe pourtant. Une défaillance sécuritaire qui peut exposer les personnes et leurs biens à des dangers: agressions en tous genres, vol, difficulté d’identifier une personne disparue... racontait notre reporter (voir notre édition n°5165 du 11 décembre 2017).

    Sur place, les habitants, les guides de cette commune sont encore sous le choc. Ils seront les premiers à subir les conséquences de cet acte terroriste. Le lendemain du crime, un grand nombre de randonneurs ont préféré repartir. Par ricochet, c’est toute l’industrie du tourisme qui risque d’être perturbée.

    Sur Marrakech, et à aujourd’hui, il n’y a pas encore d’annulation ou de changement de réservation. Mais tout peut basculer et les professionnels de la ville le savent, eux qui ont déjà vécu deux attentats terroristes (l’Atlas Asni et l’Argana) dans la région. Cet acte commis par des malades pourrait avoir des conséquences fâcheuses sur leur activité et sur celle du Maroc pour les mois prochains.

    «On ne pourra faire le point qu’à partir de janvier prochain, néanmoins, nos clientèles européennes sont bien conscientes du niveau de sécurité qui prévaut au Maroc et de ce fait, font la différence malgré les actes abjects et exceptionnels», indique un hôtelier de la place.

    Dans l’immédiat, tous les professionnels se sont mobilisés pour condamner l’acte terroriste et pour rendre compte de la réalité telle qu’elle est dans la région et atténuer l’impact de cet acte. Une action symbolique est prévue le week-end prochain au Toubkal pour dénoncer le terrorisme et apporter le soutien à la région.

    Une traque en deux jours

    Moins de 24 heures après la découverte des corps,  et grâce à une carte nationale bizarrement abandonnée dans un campement voisin, le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ) a arrêté le 1er suspect qui a été placé en garde à vue. La traque a continué pour les 3 autres complices qui ont été appréhendés jeudi matin  par la BCIJ et la police de Marrakech. Les trois fugitifs ont été arrêtés dans la ville de Marrakech où ils s’étaient repliés, à l’instar du premier individu qui avait été arrêté suite à des informations fournies par la DGST. Les mis en cause sont soumis actuellement à une enquête judiciaire pour déterminer les circonstances de cet acte criminel, dévoiler ses motifs réels et vérifier le mobile terroriste de ce crime qui a été appuyé par des preuves et données issues de l’enquête.

                                                                                   

    Le Maroc déjà meurtri

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    Le Maroc a déjà été meurtri par des attentats violents. En 1994, la région a subi un attentat à l’hôtel Atlas Asni  où un commando de deux hommes armés et cagoulés avaient tiré des coups de feu. Deux Espagnols ont été tués et une Française grièvement blessée.

    Selon l’enquête menée par les autorités marocaines, quatre groupes comprenant sept personnes devaient commettre des attentats le même jour à Tanger, Fès, Casablanca et Marrakech, mais un seul passera à l’action. En 2003, à Casablanca, cinq attentats suicides terroristes se sont déroulés le 16 mai faisant un total de 41 victimes et d’une centaine de blessés.

    Ces attentats visaient précisément des lieux soigneusement sélectionnés par les terroristes: un hôtel et un restaurant accueillant des clients étrangers, le bâtiment de l’alliance israélite, le cimetière juif de la ville ainsi que le consulat de Belgique. En 2011, Marrakech subit un attentat à la bombe dans le café d’Argana situé sur la place Jemaa el fna qui a fait 17 morts et 20 blessés de nationalités différentes.

    Badra BERRISSOULE

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