Economie

Tourisme vs pauvreté: Le plaidoyer de Benmakhlouf

Par Nadia DREF | Edition N°:5416 Le 20/12/2018 | Partager
Absence de politiques publiques ciblées, manque d’éducation et de civisme, iniquités sociales… Les dysfonctionnements
Le philosophe appelle à une croissance inclusive loin de la privation de la population locale

Au moment où les professionnels du tourisme se réjouissent des 12 millions de visiteurs attendus en 2018, le Pr. Ali Benmakhlouf tire la sonnette d’alarme. C’était lors de la 9e édition des Mardis de tourisme qui s’est tenue le 18 décembre à Casablanca. Organisée sous le thème  «Tourisme, un levier pour lutter contre la pauvreté?» cette rencontre a clôturé le cycle de conférences 2018. 

Fidèle à lui-même, Ali Benmakhlouf ne mâche pas ses mots. Pour le philosophe, il n’y a pas de croissance inclusive dans le secteur du tourisme: absence de politiques publiques ciblant la population de l’arrière-pays, sous-emploi, sous-développement, manque d’éducation et de civisme, iniquités sociales, saleté, manque d’hygiène… Le chercheur  a pointé du doigt de multiples dysfonctionnements qui freinent le développement de ce secteur.

Selon ce spécialiste de philosophie arabe et grand lecteur de Montaigne, «le défi est de penser la croissance en même temps que la pauvreté loin de la privation. Il faut que les revenus des plus pauvres croissent plus vite que ceux des personnes aisées». «Ceci en s’attaquant au sous-emploi et au non-emploi grâce à une diversification économique et des perspectives à long terme», poursuit Ali Benmakhlouf. 

Il est vrai que l’industrie du tourisme est un grand employeur de différentes catégories sociales. L’intervenant insiste sur l’importance du «face to face» dans ce secteur, d’où l’importance de l’éducation et de la formation.

Le professeur de philosophie à l'université de Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne et à l’université libre de Bruxelles exhorte les différents intervenants à concilier le tourisme de masse avec le développement durable. Il va sans dire que c’est ce type de tourisme qui marche le plus à travers le monde. En atteste la ruée sur Airbnb, les croisières, les plages… loin du tourisme industriel qui ne profite surtout qu’aux hôteliers.

Autre message pertinent: le tourisme s’avère un excellent palliatif à la délinquance, le désœuvrement et à l’oisiveté des populations locales, surtout dans l’arrière-pays. Il pourra offrir davantage d’opportunités d’emploi pour les habitants au sein des structures d’hébergement (auberges, maisons d’hôtes…), restaurant, transport, entretien… Ce type de tourisme solidaire permettra l’implication des populations locales tout au long de la chaîne de production.

Un vrai créateur de richesse pour les autochtones dont la majorité est sans formation. Le gouvernement est appelé à faire plus d’effort, pour accompagner cette mouvance qui est en train de se créer grâce à l’arrivée d’ONG et d’investisseurs étrangers séduits par la beauté des paysages.

De nombreuses expériences sont répertoriées au niveau du Haouz, de l’Atlas (Khénifra…), etc. Des fondations internationales accompagnent les femmes rurales et leurs enfants à créer des activités génératrices de revenus via des coopératives.

Ali Benmakhlouf insiste sur la nécessité de prendre soin de ce capital immatériel. Il faut arrêter de promouvoir la croissance non inclusive, synonyme de l’opulence sans but! explique-t-il. Et surtout il faut définir un nouveau rôle de l’Etat et des responsabilités des entreprises.

Du tic au tac

Ali Benmakhlouf a profité des «Mardis du tourisme» pour répondre, 3 mois après, à Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'Industrie, de l'Investissement, du Commerce et de l'Economie numérique qui l’avait taclé lors de la dernière université d’été de la CGEM (Cf. L’Economiste 01/10/2018). «Moulay Hafid Elalamy n’a pas bien compris mes propos. C’est très bien de ramener Renault et PSA mais il faut faire monter en gamme la production locale, surtout l’artisanat», tient à préciser le philosophe.

Nadia DREF

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