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    Analyse

    Nouveau modèle de développement: Ce que proposent les économistes

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5416 Le 20/12/2018 | Partager
    Face aux déséquilibres régionaux, il faut repenser les priorités
    Investissements, spécialisations sectorielles, formations… des pistes de réponses

    La pensée collective autour du nouveau modèle de développement économique du Maroc s’enrichit grâce aux réflexions menées ici et là. A Fès, à l’initiative du Groupe de réflexion sur le développement durable (GRDD), un panel d’experts a proposé les «Premières pistes pour la refonte du modèle de développement», qu’il remettra à l’appréciation du Roi (Cf. notre édition n°5414 du 18 décembre).

    Dans cette analyse, L’Economiste a croisé les principales propositions de Abdou Jouahri, expert en économie d’entreprise, avec celles de Brahim Belgaïd, universitaire et directeur de la Business School de l’Université privée de Fès. Décryptage.

    ■ Diagnostiquer le socle des défaillances

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    Abdou Jouahri, expert en économie d’entreprise (Ph. YSA)

    «Avant d’esquisser un nouveau modèle de développement économique, il faut diagnostiquer les défaillances du système en pratique. Car, jusqu’ici le Maroc n’avait pas un véritable modèle, mais plutôt des systèmes en perpétuel testing», indique Abdou Jouahri, ancien chef d’entreprise et expert en économie, pour qui «il y a lieu de relever des agrégats qui interpellent à plus d’un titre». Outre le déficit de la balance commerciale et des paiements en constante aggravation, l’expert souligne un déficit drastique et chronique de la dette publique qui frôle les 84% du PIB. La spirale de la dette extérieure qui sert à éponger en grande partie l’endettement sur un fond de réticences du FMI, l’encouragement des délocalisations à faible valeur ajoutée, les effets pervers des accords de libre-échange et la fébrilité des mesures unilatérales -le cas de la Turquie est plus que révélateur et dont les masters franchises ont eu raison du commerce intérieur-, ne sont pas en reste. Dans son analyse, l’expert déplore «une fiscalité tâtonnante face aux performances de nos concurrents au niveau du commerce extérieur». Sans oublier l’incapacité des lois de finances à s’inscrire dans une dynamique prospective en prévision de l’instauration d’un nouveau modèle de développement, ou encore l’absence d’une vision audible et stratégique en matière de l’open innovation. Par ailleurs, le plan d’accélération industrielle est «ankylosé» par des stratégies éparses sur fond d’échec de la politique des zones industrielles.

    ■ Régionalisation avancée, fiscalités, investissements… les propositions
    Pour endiguer les problématiques qui freinent la croissance économique, plusieurs propositions sont à retenir. Le nouveau modèle de développement doit impérativement s’inscrire dans la synergie et la dynamique de la régionalisation avancée. Car, selon Jouahri, «on ne peut pas concevoir une vision réfléchie sans tenir compte des disparités et déséquilibres des régions». Pour y remédier, il faut réfléchir un zoning fiscal afin de pallier aux déséquilibres et trouver des parades pour contrecarrer les transhumances des investissements de pure spéculation. L’autre proposition concerne la fiscalité à l’importation. Celle-ci doit être adaptée aux aléas des 55 accords de libre-échange, notamment au niveau des régimes économiques en douane. Pour ce qui est des investissements, Jouahri appelle «à la priorisation de l’investissement intelligent, celui de la valeur ajoutée et non des petites et dangereuses marges». Sur le même registre, une politique de ciblage des co-localisations en symbiose, associant les visions prospectives à moyen et long terme, serait d’un grand apport. Il faut également repenser la formation en adéquation avec la nouvelle stratégie de développement. «Enfin, il est impératif de prévoir une nouvelle et sérieuse phase de mise à niveau de l’entreprise en capitalisant sur les acquis et en se redéployant avec intelligence et intelligibilité», estime notre consultant.

    ■ Croissance, attractivité et formation… en priorité

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    Brahim Belgaïd, directeur de la Business School de l’UPF (Ph. YSA)

    De son côté, Brahim Belgaïd n’a pas mâché ses mots devant les politiques. Pour cet économiste aguerri, «les partis politiques doivent revoir leurs matrices et donner la bonne parole aux décideurs». Car, d’après lui, «toutes les formations politiques sont d’accord formellement. Et, si l’élite politique n’est pas rajeunie et ne révise pas ses fondamentaux, le résultat de tout modèle à l’essai serait nul». S’agissant du nouveau modèle de développement, Belgaïd a noté que «celui-ci doit reposer sur 4 axes». Primo, il faut assurer une croissance équilibrée à l’échelle nationale. En clair, il s’accorde avec Jouahri sur l’éradication des déséquilibres régionaux. Secundo, il faut développer l’attractivité territoriale. Cela, en créant une «discrimination positive» qui favorisera certaines régions (fiscalité, foncier, avantages bancaires), en vue d’attirer les investissements. En outre, il faut prévoir une spécialisation sectorielle régionale. A titre d’exemple, la reconversion du textile en industrie automobile au niveau de la région Fès-Meknès est fortement souhaitable. Le développement de l’agroalimentaire de pointe n’est pas en reste. La 3e proposition concerne le rapprochement du système universitaire de l’innovation entreprise. Le but est de créer un milieu novateur au sein des universités en impliquant les entreprises dans la formation, stages et emplois. Pour réussir, le dispositif de la formation professionnelle est à revoir. Et c’est le 4e et dernier axe de travail proposé par Belgaïd qui appelle les entreprises à «être le maître d’œuvre des programmes de formation. Et ce, dans la mesure où c’est l’entreprise qui finance ces formations grâce à la taxe d’apprentissage».

    ■ Un entrepreneuriat «update» pour des régions en forte croissance
    De l’avis du Pr. Belgaïd, «toutes les stratégies n’auraient de sens que si la région devient un véritable centre de décision». «Un modèle de développement régional se basant sur les besoins de la région est vivement recommandé», explique-t-il. Cela devrait réconforter les investisseurs dans la prise de décision et la mobilisation des fonds. D’autre part, fini l’entrepreneuriat passéiste qui est resté aux avantages rentiers des décennies 60 et 70. Les instances représentatives devraient aussi changer pour suivre cette mutation salutaire. Un entrepreneuriat «update» devra émerger parce qu’il aura fait l’effort (financier, humain, organisationnel, technologique…) d’une stratégie d’intégration faite de partenariat, de leviers de compétitivité, d’atouts de performance. Ceux-ci passent par l’implication, le volontarisme et la conviction dans l’apport en capitaux propres et endettement à long terme. Il faut «risquer» l’investissement dans l’innovation et la technologie. «La mise en place de l’organisation moderne et des modes de management performant compatibles, la formation continue des ressources humaines, le renforcement des taux d’encadrement, et l’anticipation des besoins en soft skills pour accompagner et digérer rapidement des process industriels et managériaux», estime Belgaïd. Et de conclure, «les opérateurs sont appelés à changer non pas d’environnement ou de mentalité, mais d’histoire carrément pour entrer, au niveau régional, de plain-pied dans l’ère du nouveau modèle de développement économique».

    Y.S.A.

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