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    Culture

    Vente aux enchères: L’Ecole de Casablanca à Marrakech

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5415 Le 19/12/2018 | Partager
    Un hommage à l’exposition manifeste de 1969
    Exposition publique du 22 au 27 décembre 2018
    Une vente orchestrée par la CMOOA
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    Jamaâ El Fna, l’exposition manifeste, Marrakech, 1969 (de gauche à droite: M. Ataallah, F. Belkahia, M. Hafid, M. Hamidi, M. Chebâa et M. Melehi) (Ph. CMOOA)

    Farid Belkahia, Mohamed Melehi, Mohamed Chebaâ, trois trublions qui ont marqué l’histoire de l’art au Maroc. Trois artistes révoltés contre le folklorisme ambiant, hissé au rang de référence par les services des Beaux-Arts du ministère de la Culture de l’époque. 

    Objectif de leur démarche: «Libérer les esprits des archaïsmes résultant de l’époque coloniale, réinventer notre culture artistique par une redécouverte de nos arts traditionnels», dira Mohamed Chebaa. Le trio est vite rejoint par Mohamed Hamidi, Mohamed Ataallah et Mustapha Hafid. Premier acte protestataire éclatant, en 1969.

    Pour s’élever contre le Salon de Printemps à Marrakech, qui accueillait encore les résidus de la peinture figurative de type orientaliste, héritée du protectorat, ils organisent une exposition-manifeste sur la Place Jamaâ El-Fna, où sont formulées les relations entre l’artisanat marocain et l’art moderne.

    L’évènement est considéré, aujourd’hui, par tous les historiens comme la première manifestation collective publique de l’art moderne marocain. La nouvelle peinture commence à sortir de l’ombre. Le groupe s’étoffe. Karim Bennani, Mekki Megara, Bachir Demnati, Saad Cheffaj, entre autres, s’enrôlent sous la bannière.

    En 1972, un second manifeste verra le jour au moment de la constitution de l’AMAP (Association des artistes plasticiens marocains) puis un troisième en 1974 au moment de la biennale de Baghdad. C’est cette épopée artistique que «raconte» la vente exceptionnelle de la Compagnie marocaine des œuvres et objets d’art (CMOOA) à Marrakech pour célébrer l’histoire de l’art marocain.

    L’évènement se déroule vendredi 28 décembre 2018, au sein de l’ancienne agence de Bank Al Maghrib, sise justement sur la place mythique de la ville ocre. Pour cette vacation, la sélection artistique a concerné uniquement les œuvres d’art d’artistes pionniers du mouvement «de Casablanca» réalisées entre 1958 et 1978 pour suivre les premiers pas de l’art marocain post indépendance, jusqu’à l’affirmation d’une avant-garde marocaine à partir des années 1965.

    La CMOOA a travaillé ces dernières années à exhumer des documents d’archives très rares qui permettront de mieux «déchiffrer l’histoire complexe de cette décennie et pour accompagner le récit artistique et historique des œuvres figurant dans l’exposition», selon les promoteurs de l’évènement.

    La scénographie présentera les travaux de Jilali Gharbaoui, Farid Belkahia, Mohamed Chebâa, Mohamed Hamidi et Mohamed Melehi, réalisés avant 1965, puis dans une seconde étape la révolution graphique de la fin des années 60 à laquelle adhérèrent Miloud Labied, Bachir Demnati, Mohammed Kacimi et d’autres artistes.

    Un exceptionnel ensemble d’œuvres d’art de Mohamed Melehi sera présenté pour la première fois dans une exposition publique, où l’on distinguera les premières recherches de l’artiste en Italie (en 1958) puis aux Etats-Unis (en 1962 et 1963), aux côtés d’une œuvre historique «La Flamme Palestinienne de 1976», figurant dans de nombreux ouvrages d’art et considérée comme l’un des plus importants symboles de résistance culturelle à l’occupation israélienne.

    Mohamed Chebâa, qui gagne aussi depuis peu, la juste reconnaissance de ses engagements politiques, sera présenté avec deux œuvres datées de 1962 et 1974, la dernière étant très marquée à son tour par la cause palestinienne.

                                                                   

    L’école de Casablanca

    Le premier à ouvrir cette route est, sans conteste, Jilali Gharbaoui qui, dès les années 1954-1955, rejette la figuration pour laisser jaillir une abstraction lyrique et gestuelle, affranchie de la notion de récit. Sa peinture est «une école» en rupture avec les autres travaux et recherches figuratives d’artistes marocains vivant entre le Maroc, la France et l’Espagne au même moment.

    Ses premières gouaches sur papier accompagnent les premières revendications d’un changement politique et culturel radical qu’il initie, et sans doute la naissance même de la modernité artistique marocaine. Dans cette dynamique, créée à partir de 1955, les artistes marocains s’inscriront dans des voies nouvelles avec notamment Mohamed Melehi, Farid Belkahia, Ahmed Cherkaoui et plus tard Mohammed Chebâa, qui multiplieront les voyages à Paris, Rome, Madrid, Prague et Varsovie.

    Ils aborderont de nombreuses recherches sur l’identité, l’état du monde, les guerres de décolonisation et surtout celle de l’Algérie voisine, où s’imprègneront parfois des grands mouvements mondiaux occidentaux avec une très élégante sophistication. Les années 1960 sont marquantes, Farid Belkahia investit l’école des beaux-arts de la ville de Casablanca en qualité de directeur en 1963, après son retour de Prague et invite Mohamed Melehi et Mohammed Chebâa à le rejoindre pour prodiguer un nouvel enseignement artistique, où tout est à inventer.

    Ces trois artistes formeront «Le groupe de Casablanca» et développeront peu à peu une nouvelle pensée plastique marocaine qui sera très apparente durant leur première exposition commune en 1965 au Théâtre National Mohammed V de Rabat. On observe alors, de leur part, un rejet de l’abstraction lyrique (qualifiée aussi de gestuelle) et l’apparition d’un graphisme maîtrisé et rigoureux, correspondant à un discours intellectuel élaboré et rationnel. Extrait du catalogue «Retour à Jamaâ El Fna, 50 ans après».

    A.Bo

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