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    Tribune

    La croissance urbaine africaine, une aubaine? Maîtriser la course vers les villes pour ne pas être débordés!

    Par Moussa MARA | Edition N°:5411 Le 13/12/2018 | Partager

    Moussa Mara est ancien Premier ministre du Mali, ancien maire de Bamako – Mali (Ph. Privée)  

    L’histoire humaine a prouvé que l’urbanisation est synonyme et facteur de progrès. La croissance urbaine est souhaitable, et sera continuelle. Cela s’est fait partout, et se fera également en Afrique. La ville est un lieu de brassage, de métissage et d’enrichissement socioculturel du fait de la grande diversité des populations urbaines.

    La ville est créative et innovante, contributive à la richesse nationale par les services aux populations, toujours réinventés pour répondre à des besoins toujours complexes. La ville est facteur de construction citoyenne et de renforcement de sentiments et d’identités nationaux. Les pays se réinventent pratiquement dans les villes et à partir des villes.

    D’une juxtaposition de terroirs et de communautés, nos pays deviennent des entités ayant une communauté de destin du fait que nous nous retrouvons tous souvent en ville, nous y confrontons nos idées, nos perceptions de la vie et nos espérances.

    Cela finit par créer en nous le sentiment d’appartenance communautaire et dans une certaine mesure une âme commune. La ville équipée, scintillante est une attraction pour les populations rurales en quête de mieux être. Enfin, la ville est toujours le lieu d’expression des pouvoirs politique et économique, cela fascinera et attirera toujours.

    La question essentielle qui se pose au continent, notamment à sa partie subsaharienne, est la soutenabilité de l’urbanisation africaine. Mais cette dernière est-elle porteuse de progrès à terme? La réponse à cette question sera nuancée, car la croissance urbaine africaine a des caractéristiques inédites dans l’histoire.

    Elle est très rapide (doublement de la population urbaine en une génération, et accélération croissante), du fait de la croissance démographique, dépassant ainsi les capacités d’investissement des Etats et donnant à cette croissance un caractère spontané et surtout désordonné.

    Elle est macrocéphale et profite uniquement à quelques grandes villes qui concentrent ainsi la majorité des urbains d’un pays, ce qui amplifie encore le mouvement vers ces dernières. Les outils de planification et de gestion urbaines ne sont pas respectés. La question de la gouvernance laisse à désirer. Les Etats sont affaiblis et ont de la peine à imposer l’ordre en matière d’occupation de l’espace. Les administrations sont sclérosées et ne veulent, ni ne peuvent, imposer le respect des règles.

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    Le continent doit aménager ses territoires vers la constitution de réseaux de villes, notamment de cités moyennes, en plus des villes capitales qui permettront d’absorber une partie de l’exode rural (Ph. L’Economiste)

    La citoyenneté urbaine, constructive et responsable, a de la peine à prendre pied. Les questions d’éducation et de formation, voire d’alphabétisation, se posent avec autant d’acuité qu’en campagne, ce qui empêche la mise en place de véritables partenariats locaux entre élus, société civile et acteurs de la ville, afin d’engager les réformes souhaitables.

    Tant que ces facteurs ne sont pas bien pris en charge, l’on risque de vivre de plus en plus en Afrique dans des villes «coupe-gorges», des zones d’insécurité et de non-droit, voire hors de contrôle des pouvoirs publics, avec davantage d’injustices et donc de facteurs de déstabilisation! Nos villes deviendront de plus en plus frondeuses, remettant en cause les choix politiques avec des citadins continuellement opposés aux décideurs.

    En somme, le contraire de ce qu’on peut espérer pour impulser la croissance vertueuse et durable et donc le développement!

    Le continent a besoin de prendre quelques initiatives fortes pour essayer de gérer au mieux son urbanisation galopante. Il nous faut engager en Afrique subsaharienne de véritables débats sur la démographie et la nécessité d’accélérer nos transitions démographiques permettant aux pays de disposer de populations productives et facteurs de croissance plutôt que consommatrices nettes.

    Nous devons aménager nos territoires vers la constitution de réseaux de villes, notamment de cités moyennes, en plus des villes capitales qui permettront d’absorber une partie de l’exode rural et d'offrir des conditions de développement local à nos arrière-pays, soulageant ainsi les grandes villes, tout en constituant des moteurs complémentaires de croissance.

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    Renforcer l’autorité des gestionnaires des villes

    Des réformes institutionnelles sont à conduire pour donner plus de moyens et de pouvoirs aux autorités des villes, afin que la gouvernance urbaine soit plus réactive, adaptée aux attentes et réponde aux besoins. Il faut renforcer l’autorité des gestionnaires des villes, accroître leurs obligations de redevabilité, de transparence, de promotion de la citoyenneté et de respect des règles, notamment celles en rapport avec les outils de planification.

    Nous irons ainsi vers la mise en place de véritables partenariats avec les populations. La planification du développement économique des villes est une nécessité, partant des potentialités et des opportunités et se fondant sur les services et les TIC.

    Elle aidera à mettre en avant les potentialités de chaque ville et à instaurer un lien formel et légal entre croissance économique et réalisation d’investissements de soutien aux progrès socioéconomiques (accès aux services), vérifiables par les populations, ce qui alimentera le partenariat évoqué précédemment.

    L’urbanisation idéale existe, certains pays en présentent une certaine image, mais il faut reconnaître qu’on est encore loin en Afrique. Il est donc plus raisonnable de penser une urbanisation adaptée au contexte de chaque pays, voire à chaque ville, avec néanmoins l’observation des principes énoncés ci-haut.

    Cette urbanisation adaptée doit se traduire par une plateforme d’objectifs à atteindre que les gouvernants, notamment ceux des villes, doivent se fixer, en informer leurs administrés et se soumettre collectivement à des évaluations mesurant la progression vers son atteinte.

    Qu’est-ce que le CEPS

    Le CEPS (Centre d’étude et de prospective stratégique) est un think tank international créé en 1985. Répertorié auprès de l’UE, de l’OCDE, de l’OIF, du Conseil de l’Europe et de l’Unesco, il fédère un réseau de plus de 1.200 hauts décideurs au travers ses délégations dans le monde (Paris, Londres, Bruxelles, Berlin, Abidjan, Shanghai,…) et ses clubs d’influence et de réflexions (Sécurité intérieure, Défense, Aéronautique, Finance, Energie,...). Au Maroc, le CEPS rayonne depuis 2012 par le biais du Club «Confluence» qui réunit à Casablanca plusieurs fois par an des dirigeants français, européens, marocains et d’Afrique subsaharienne pour partager leurs points de vue et expériences sur des problématiques stratégiques communes (technologique, financière, industrielles...). Ce club a été co-fondé par Loïc Tribot La Spière, délégué général du CEPS, et Mohamed El Yakhlifi, président du cabinet Boosting Strategy & Performance Partners.

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