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    Economie

    Conférence intergouvernementale sur les migrations: «Il faut arrêter de distiller un discours toxique»

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5408 Le 10/12/2018 | Partager
    Les détracteurs du Pacte mettent en avant l'argument identitaire
    La migration intimement liée au développement
    Le secteur privé favorable à la mobilité
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    «Certains pays ayant rejeté le Pacte, l'ont fait à mon sens pour des raisons purement électoralistes. Exploiter les peurs, attiser la haine de l'autre,… est devenu malheureusement un thème porteur dans les campagnes électorales teintées de relents identitaires», souligne Abdelkrim Benatiq, ministre des MRE et des affaires de la migration (Ph. Bziouat)

    - L’Economiste: Comment assurer une meilleure gestion des flux migratoires dans un contexte marqué par la montée des populismes?

    - Abdelkrim Benatiq: De nos jours, la question migratoire est entourée de stéréotypes. Des  politiques, parfois des médias, jouent sur les peurs et distillent un discours toxique sur la migration. Dans cette entreprise, ils misent sur deux arguments. Le premier est identitaire, en prétendant que les nouveaux arrivants risquent de mettre en danger l'identité nationale. Il s’agit d’un argument fallacieux, car une société ouverte est portée vers l'innovation et la créativité. Les sociétés humaines s'enrichissent des différents affluents qui l'irriguent. Les sociétés fermées sont condamnées à une ankylose culturelle. Le deuxième argument avancé par les tenants de la fermeture des frontières est économique. Les études universitaires et les organisations internationales démontrent, de façon irrévocable, que la migration a, au contraire, des effets bénéfiques sur l'économie des pays de destination. De même, les débats à l'intérieur du Forum insistent régulièrement sur le fait que la collecte et l'analyse des informations sont une condition préalable à des politiques migratoires adaptées, fondées sur des données probantes et plus proches de la réalité. Là encore, nous sommes très satisfaits que le Pacte lui a consacré une part importante, en mettant en exergue l’importance de l’outil de la plateforme des partenariats du Forum. D'ailleurs, le texte final du Pacte mondial sur la migration tient compte de cette donne. En effet, son premier objectif est de «collecter et d’utiliser des données précises et ventilées qui serviront à l’élaboration de politiques fondées sur la connaissance des faits».

    - Le Pacte mondial comme le Forum semblent truffés de déclarations. Qu’en est-il de la concrétisation?
    - Permettez-moi d'abord de déterminer les vicissitudes de ces deux processus. Le Forum est une initiative des États membres des Nations Unies visant à traiter les interconnexions entre migration et développement. Il a été lancé en 2007 au lendemain du premier dialogue de haut niveau sur les migrations internationales. Les Etats ont pris conscience de la nécessité de créer un Forum pour discuter, de façon libre et sereine, des questions de la migration en lien avec le développement. Il est devenu par la suite un rendez-vous annuel permettant aux Etats d'échanger leurs expériences et leurs bonnes pratiques. Il n'a pas vocation à produire des normes juridiques contraignantes. Conçu comme un espace de dialogue, d'échanges et de réseautage entre les Etats, il est aussi ouvert sur la société civile et le secteur privé. Le Pacte mondial sur la migration, quant à lui, stipule dès ces premiers paragraphes qu'il n'a pas une force juridique contraignante. Il a le mérite d'aborder la question de la migration dans sa globalité. Il est structuré autour de 23 objectifs à atteindre et doté d'un mécanisme de suivi et d'évaluation.

    - La migration est-elle perçue comme une évolution économique ou un facteur de déstabilisation politique?
    - Le discours autour de la migration a fortement évolué au cours de ces dernières années, notamment à la suite de l'adoption en  septembre 2016 de la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants et conformément aux engagements pris dans l'Agenda 2030. La migration est intimement liée au développement. Une migration sûre, régulière et ordonnée est une source de richesse et de développement non seulement économique mais aussi sociale, humaine et culturelle pour le migrant, le pays de transit, d’accueil et de destination. Le Forum a toujours eu à l'ordre du jour la réflexion sur comment maximiser le potentiel de la migration tout en réduisant les risques et les vulnérabilités qui existent. Le Pacte nous rappelle que la migration, si elle est bien gérée, peut être une expérience positive et autonomisante pour les migrants. Elle peut générer des avantages économiques, sociaux et culturels pour les sociétés d'origine, de transit et de destination. De même, il encourage les États à créer un cadre favorable aux contributions de la société civile, y compris les associations de migrants, la diaspora, le secteur privé et d'autres acteurs.

    - Le Pacte est rejeté par certains pays comme l’Italie ou les Etats-Unis. Ce rejet peut-il mener à la rupture ou doit-il être assorti d’efforts pédagogiques?
    - Le Pacte mondial n'est pas un instrument juridique contraignant. C'est un ensemble d'objectifs ayant pour finalité l'atteinte d'une gouvernance mondiale de la migration. Certains pays qui l’ont rejeté, l'ont fait à mon sens pour des raisons purement électoralistes. Exploiter les peurs et attiser la haine de l'autre,… est devenu malheureusement un thème porteur dans les campagnes électorales teintées de relents identitaires. Le secteur privé de ces pays a une position positive sur la question de la mobilité, car il a besoin de main d’œuvre qualifiée pour augmenter la productivité et créer de la croissance.
    Néanmoins, le retrait de certains pays nous interpelle sur la nécessite de redoubler d’efforts concertés en matière de prise de conscience, de sensibilisation et de réflexion sur les moyens de capitaliser sur le potentiel de la migration. L’approche à suivre est de poursuivre le dialogue avec ces pays. Le Forum mondial sur la migration pourrait jouer pleinement un rôle à cet égard.

    Début d’un processus

    «Le texte du Pacte est porteur de nouveaux espoirs, puisqu’il prend en considération les intérêts des pays d’origine, de transit et de destination, ainsi que les migrants eux-mêmes», rappelle Abdelkrim Benatiq. Selon lui, le Pacte a fait l'objet d'un processus préparatoire inclusif, avec plusieurs rounds de négociations. Ainsi, les questions de migration irrégulière, de retour, de la facilitation de la mobilité figurent en bonne place dans le texte.
    Cependant, beaucoup de pays considèrent la migration comme faisant partie des questions de souveraineté exclusive de l’Etat. «Je pense que l’adoption du Pacte n'est pas une fin en soi, mais le début d'un processus où les Etats multiplieront les initiatives partenariales, où la concertation et le dialogue l'emporteront sur l'unilatéralisme», indique le ministre.

    Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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