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    Tribune

    1914-1918: Les volontaires marocains montent aussitôt en ligne

    Par Bahija SIMOU | Edition N°:5407 Le 07/12/2018 | Partager

    Bahija Simou, docteur d’Etat en histoire contemporaine, spécialiste d’histoire militaire, est l’auteur de plusieurs ouvrages. Elle a été commissaire des diverses expositions et activités culturelles. Elle est aussi membre de l’Académie des sciences d’Outre-mer et du comité scientifique ALIPH à Paris. Elle occupe actuellement le poste de directrice des Archives royales. Elle a bénéficié de la reconnaissance nationale et internationale, elle a été distinguée notamment par le Wissam Al Arch de l’Ordre d’Officier en 2014 et faite Officier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur de la République française en 2016  

    Pendant la Grande Guerre, celle de 1914-1918, les Marocains endurèrent, indépendamment de la violence des combats, d’énormes souffrances physiques et morales. Ils devaient s’adapter à une nouvelle logique de guerre, à apprendre en hâte le maniement d’armes inconnues, à s’initier à une tactique militaire différente de la leur, à endurer la rigueur du climat, à souffrir du mal du pays, à cohabiter avec d’autres militaires ayant une autre culture et un autre mode de vie.

    Terrible bataille de l’Ourcq

    Cette brigade marocaine, composée de volontaires, et ce sous le drapeau du Royaume (Voir L’Economiste du 5 décembre 2018), était aussitôt montée en ligne. Le 27 août, elle arrivait à Amiens par la voie ferrée. Elle campait à proximité des lignes de front, près de la Somme et fut employée à protéger  les débarquements de troupes contre les raids et les tirs allemands.

    Le 31 août, éprouvée par le feu de l’artillerie allemande, elle dut être repliée vers Mitry-Mory, base arrière de la sixième armée, dans l’est de la région parisienne, pour reconstituer ses forces. Ce répit fut bref et dès le 5 septembre 1914, elle perdait environ  1.150 hommes et 19 officiers à la bataille de l’Ourcq au cours d’un combat acharné de trois heures et demie dans les vergers.

    Un village fut pris d’assaut mais ce succès ne put être exploité, faute d’artillerie pour appuyer les tirailleurs, et la position dut être évacuée le soir même sur ordre du général Maunoury, commandant la sixième armée.  La prise de Penchard, qui marquait le début de la bataille de la Marne, était le premier succès notable des armées alliées depuis le début des hostilités. Le lendemain, 6 septembre, la brigade remporta des succès dans le secteur de Monthyon. Mais l’armée Maunoury dut finalement être repliée sur Meaux.

    Pertes énormes

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    Tirailleurs marocains à l’exercice près de leur camp (Ph. Archives royales)

    Du 6 au 10 septembre, les Marocains engagés dans la bataille de la Marne subissaient des pertes face à l’artillerie allemande. Les 11 et 14 septembre, ils réussissaient à prendre deux villages proches de Soissons. Ils participèrent activement à la première bataille de l’Aisne et réussissaient à s’emparer des hauteurs qui dominent le village de Crouy. Le 16 septembre, Soissons était dégagée, au prix de pertes énormes.

    Le 23 septembre, il ne restait que 800 hommes valides sur les 4.000 qui avaient été débarqués en France à la mi-août. En d’autres termes, la brigade marocaine était pratiquement anéantie. Elle fut dissoute et les survivants  des deux régiments furent regroupés en un seul, sous le nom de «premier régiment de tirailleurs marocains».

    Après la guerre de mouvements de septembre 1914, les Marocains allaient être contraints de s’adapter à la nouvelle guerre des tranchées. En 1915, le régiment de marche de tirailleurs marocains (RMTM), bientôt grossi de renforts venus du Maroc, allait prendre part à toutes les grandes offensives. En janvier 1915, se trouvant dans le secteur de Missy sur Aisne, il participait à la bataille de Soissons avec d’autres unités au sein de la brigade mixte Klein.

    Le 8 janvier, cette bataille de Soissons, causa de lourdes pertes en raison des tirs nourris de l’artillerie allemande. Le bilan fut de 26 morts, 206 blessés et 254 tirailleurs disparus. Le 12 janvier, les Allemands reprirent les positions qu’ils avaient perdues. La suite des combats, faite d’attaques et de contre-attaques avec des effectifs réduits et sans forces de soutien arrière sera le récit d’un bon nombre de pertes marocaines sous les feux nourris des Allemands.

    En 1916, le régiment marocain était réorganisé avec des bataillons dont les nouvelles recrues avaient été hâtivement formées.  En avril-mai 1916 les hommes des 1er et 4e bataillons combattaient à Verdun où des compagnies entières furent décimées. Les 22, 23 et 24 mai 1916, les Marocains se distinguaient au cours de la reprise du fort de Douaumont.

    Champagne: 1.400 morts en une journée

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    Les Marocains dans Amiens, 26 août 1914/4 Chaoual 1332 (Ph. Archives royales)

    Au début de 1917, le 1er régiment de tirailleurs marocains était affecté à la 153e Division d’infanterie et prenait part à l’offensive sur l’Aisne.

    En mars 1918 fut créé un deuxième régiment de tirailleurs marocains qui fut rattaché à la deuxième division marocaine dont nous avons parlé plus haut. Celle-ci compta enfin des Marocains dans ses rangs, pendant les tout derniers mois de la guerre. Elle faisait partie de la troisième armée, stationnée à Compiègne.

    Ce régiment servit en appui des troupes britanniques et se distingua en juin 1918 lors de la contre-offensive du chemin des Dames (deuxième bataille de la Marne) et de la prise du plateau de Cutry.

    En juillet, il s’assurait le contrôle de la route de Paris à Soissons.  Les deux tiers des effectifs du régiment avaient perdu la vie au cours de ces engagements. Le 8 août  le deuxième régiment de tirailleurs marocains fut renforcé par le 9e bataillon de tirailleurs qui se distingua sur la Somme. En Champagne, le 5 octobre 1918, le régiment perdit 1.400 hommes en une seule journée.

    Il convient de mentionner le rôle des spahis marocains. Lyautey avait réuni plusieurs unités de cavalerie au sein d’un régiment de marche de chasseurs indigènes à cheval, qui reçut l’appellation de premier régiment de spahis marocains. Ces beaux cavaliers ne combattirent pas à cheval mais firent le coup de feu dans les tranchées.

    Au début de l’année 1917, ce régiment fut envoyé à Salonique pour servir à l’armée d’Orient (général Sarrail). Il combattit dans les Balkans où il se heurta aux forces austro-hongroises. Les pertes des spahis se limitèrent à 140 morts.

    Bien peu d’égards…

    Les soldats marocains ne bénéficiaient que rarement, sinon jamais, de permissions pour rentrer au pays. Les permissionnaires séjournaient au dépôt d’Arles. Lyautey ne voulait pas les laisser rentrer au pays pour éviter «d’impressionner défavorablement les populations». Certains morts marocains furent enterrés sous une croix (comme par exemple le caïd Mia [chef de centurie] Brick ben Kaddour, tué à Radinghem le 18 octobre 1914 et qui dut attendre 2004 pour reposer sous une stèle musulmane, mentionnant son grade d’officier – grâce à une association, qu’il faut ici remercier –).
    D’autres reposent dans des nécropoles musulmanes, laissant à l’histoire le soin de témoigner de leur sacrifice. D’autres enfin avaient été faits prisonniers.

                                                                                  

    La politique ottomane

    Comme leurs camarades algériens, tunisiens et sénégalais, les combattants marocains prisonniers de guerre en Allemagne, internés au camp de Zossen, y étaient très convenablement traités, si bien que l’on parla d’un «camp trois étoiles», avec mosquée, hammam, assistance d’imams, nourriture halal.

    Le commandement allemand cherchait à susciter des désertions parmi les musulmans des armées alliées et invitait les prisonniers à s’engager sous la bannière du  calife ottoman, autrement dit dans l’armée turque. En effet, le sultan ottoman Mehmed V Rachid lançait des appels à la guerre sainte (Djihad) contre les Français et les Anglais.

    Cette propagande ne rencontrait aucun écho au Maroc puisque les Marocains n’avaient jamais reconnu le califat ottoman et n’avaient d’autre Imam que leur Sultan, Commandeur des croyants. Quelques Marocains avaient toutefois imaginé ce moyen de rentrer au pays. Engagés dans l’armée ottomane, ils furent soumis à un bref entraînement et envoyés combattre dans la péninsule arabique.

    Au premier engagement, ils se rendirent aux Anglais.

     

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