Economie

Poulpe: La baisse des cours piège les spéculateurs

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5407 Le 07/12/2018 | Partager
Des milliers de tonnes d’invendus en stock
Ils sollicitent la prorogation du repos biologique qui s’achève le 15 décembre
Les organisations professionnelles s’y opposent
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Les prix pratiqués dans les ventes du poulpe en novembre 2018 constituent en fait un retour au niveau des cours de 2017, qui étaient déjà élevés

Ce qui était une simple rumeur dans l’industrie de la pêche est en fait une réalité: des opérateurs demandent officiellement au ministère de la Pêche maritime la prorogation de la période du repos biologique qui s’achève le 15 décembre. L’arrêt de la pêche au poulpe avait été décrété pour le 1er octobre dernier. Chaque année, ce céphalopode bénéficie de deux arrêts biologiques pour pouvoir se reproduire.

Dans quelques jours, l’Institut national de la recherche halieutique (INRH) livrera son rapport scientifique statuant sur l’état de la ressource. Seules les conclusions des sondages de l’institut permettront de proroger ou de rouvrir la saison de pêche. Les pêcheurs et les industriels spécialisés dans ce céphalopode se frottent les mains à l’approche de la fin de l’arrêt biologique et des fêtes de fin d’année. Mais ce n’est pas le cas de tous.

Pourquoi une partie de la profession redoute-t-elle l’échéance du 15 décembre? Ce sont surtout des opérateurs qui avaient spéculé sur la  hausse des cours en constituant des stocks -des milliers de tonnes-, au lieu de les exporter. Mauvais calcul car il s’est produit une correction technique des cours de l’ordre de 3 à 5% la tonne à la campagne précédente.

«Il s’agit ni plus ni moins que d’un retour à la normale. Car tôt ou tard, il fallait s’attendre à ce que la bulle explose», fait remarquer un professionnel. Une correction que le marché explique par le fait que les importateurs, principalement espagnols, n’arrivaient plus à écouler leur stock.

Ceux qui, dans la profession, avaient misé sur une remontée des prix en cette fin d’année déchantent. La demande n’a pas augmenté et les prix non plus. A l’approche du 15 décembre, date de réouverture officielle de la saison de pêche, la panique s’installe au sein de la profession.

Tous ceux qui spéculaient sur une hausse des prix tentent de convaincre le ministère de la Pêche maritime que les prix risquent de s’effondrer si la pêche reprend. «Les autorités ne doivent pas reporter la fin de la période de repos biologique uniquement pour des raisons commerciales afin de permettre aux spéculateurs de se débarrasser de leurs marchandises», prévient un opérateur.

En plus de la spéculation, certains opérateurs n’hésitent pas à acheter sans justificatif des poulpes pêchés clandestinement pendant la période de repos biologique. Le stratagème consiste à les mélanger avec les prises  légales. Le département de tutelle devrait d’ailleurs vérifier si les factures correspondent effectivement aux quantités stockées.

Plusieurs organisations professionnelles ont officiellement saisi le ministère de la Pêche pour lui demander d’appliquer à la lettre les termes du décret fixant la date de la reprise et de ne tenir compte que du seul avis de l’INRH. Il s’agit de la Confédération nationale de la pêche artisanale, de la Confédération nationale de la pêche côtière, de la Fédération des chambres de pêches maritimes, de l’Association de congélation des produits de la mer.

Autant de structures qui attendaient avec impatience la réouverture de la saison hivernale de la pêche pour pouvoir générer des revenus destinés à couvrir les charges supportées pendant la période d’inactivité. Les unités de congélation attendent aussi la fin du repos biologique pour reprendre leurs activités. C’est donc tout l’écosystème qui est menacé par les visées de la spéculation.

15.000 euros la tonne

Le poulpe avait connu une période de crise il y a quelques années et a été sauvé grâce à une stratégie basée sur la gestion rationnelle de la ressource. En 2018, les captures se sont élevées à 35.000 tonnes contre 45.000 en 2017 et 49.000 en 2016. La baisse des prises n’a pas généré une hausse des cours. Le céphalopode, dont les captures sont 100% orientées export, se négocie à 15.000 euros la tonne environ. Sur le kilo, le prix a donc baissé pour s’établir autour de 14,70 euros au lieu de 15 euros. L’on ne peut donc pas parler d’effondrement des prix qui restent inchangés par rapport à 2017 et meilleurs qu’en 2016. Mais cela reste insuffisant aux yeux des spéculateurs qui tentent de forcer la main au ministère de la Pêche pour ne pas déclarer l’ouverture de la saison de pêche au poulpe.

Hassan EL ARIF

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