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    Economie

    Sommet Africités: L’urbanisation des villes africaines, un impératif

    Par Joséphine ADAM | Edition N°:5397 Le 23/11/2018 | Partager
    Le continent mal préparé à l’irréversibilité du phénomène, alors que les villes doublent de taille
    Les décisions encore trop centralisées, la planification devient urgente
    Le Maroc pionnier avec son schéma national d’aménagement du territoire
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    Le Secrétaire Général des Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLUA Afrique), Jean-Pierre Elong Mbassi, est aussi le président du Sommet Africités (Ph. CGLUA)

    Jean-Pierre Elong Mbassi, Secrétaire Général des Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLUA Afrique), est l’homme derrière les Sommets Africités, la plus importante manifestation des villes, régions et collectivités locales du continent, dont il supervise l’organisation depuis la première édition en 1998. Entretien.

    - L’Economiste: Comment la gestion des villes et d’organisation des territoires avancent en Afrique?
    - Jean-Pierre Elong Mbassi:
    Ce sont des questions souvent absentes du débat sur l’organisation territoriale du développement dans la plupart des pays africains, à quelques rares exceptions, dont celle du Maroc. Au fond, les décideurs africains et leurs partenaires ont longtemps considéré que l’Afrique était un continent essentiellement agricole et que la croissance urbaine était le signe de l’échec du développement du continent. Au nom de la lutte contre l’exode rural, les dirigeants ont délibérément refusé de voir que l’Afrique s’urbanisait à un rythme inédit dans l’histoire, et ne s’y sont guère préparés. Même la part désormais majoritaire de la contribution des villes au PIB du continent, plus de 60%, n’est  pas arrivée à faire entrer dans la conscience des dirigeants et même des populations, l’irréversibilité du fait urbain en Afrique.

    - Sans les contraintes dues au changement climatique, les objectifs de territoires durables seraient-ils sur le devant de la scène comme aujourd’hui?
    - La prise de conscience internationale sur les changements climatiques a sans aucun doute contribué à l’attention apportée aux villes et territoires. Cela change des années d’ajustement structurel où la réflexion sur les territoires était réduite au minimum, le territoire national se ramène souvent à la capitale, voire aux bureaux du ministre des Finances et de la Banque centrale, où l’on surveille la balance des paiements et la dette, et aux bureaux du ministre du commerce et des directeurs des ports et aéroports.... Cette nouvelle attention portée aux villes et territoires doit faire prendre conscience également du fait que le développement est local ou n’est pas, et que les élus locaux ont un rôle particulier à jouer pour mobiliser les forces vives en vue du développement humain durable au niveau des territoires dont ils ont la charge. Le défi qu’il faut relever concerne non seulement une conversion des mentalités mais aussi un effort de reconnaissance des initiatives qui portent les germes de changement dans la bonne direction.

    - Concilier, dans certains pays (restes de villes coloniales) logique de la coutume africaine et besoins futurs des territoires, est-ce là un premier défi?
    - La ville africaine est effectivement le produit d’une histoire complexe faite de superpositions de plusieurs influences, comme c’est du reste le cas pour la plupart des villes de par le monde. La singularité dans les villes africaines, c’est que le fait colonial a profondément marqué l’organisation sociale et spatiale de ces villes. La partie coloniale de la ville est la seule bénéficiant d’une desserte suffisante en services de voirie, d’eau, d’énergie, d’assainissement ou de ramassage des déchets. Le reste de la ville s’est souvent organisé suivant une autre logique, soit par agrandissement des villages préexistants, soit par agglomération de quartiers auto construits en périphérie. L’organisation duale de la ville africaine soulève alors des difficultés pour sa gouvernance. Mais ces villes vont doubler leur population et leur superficie dans les 15 à 20 ans à venir. La question de la planification est donc l’urgence de l’heure. Sauf qu’on ne peut planifier, comme on ne peut gérer, ce qu’on ne connaît pas. D’où la nécessité de disposer de systèmes d’informations géographiques et d’équipes de recherches capables d’analyser les informations pour en tirer les éléments utiles pour prendre des décisions éclairées dans le domaine de la planification ou de la gestion des villes et territoires.

    - Quid du Maroc?
    - Le Maroc est un des rares pays africains qui a abordé la question de l’urbanisation de manière positive. Le pays a su conjuguer une tradition urbaine incarnée par le réseau des anciennes médinas et une économie agricole sur laquelle ce réseau s’appuyait. Le fait que le Maroc ait poursuivi une politique urbaine sur la longue durée, en mettant en place un schéma national d’aménagement du territoire, un programme de traitement de l’habitat insalubre, un programme de mise à niveau des villes, et plus récemment un programme de rénovation des médinas, a valeur d’exemplarité. Mais la promotion, le développement et l’amélioration du professionnalisme des ressources humaines des collectivités territoriales est désormais un impératif, à défaut de quoi la régionalisation avancée ne serait qu’une défausse.

    Propos recueillis par J.A.

     

     

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