Economie

Afrique: La vision de Jazouli

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5389 Le 09/11/2018 | Partager
Robotisation, une piste pour rattraper le retard en matière d’industrialisation
Un marché unique, une condition sine qua non
La migration, une chance et non une fatalité

Le monde a entamé sa rupture avec les paradigmes d’antan. «Il ne s’agit nullement d’une calamité, mais probablement l’occasion de rebondir avec force», selon Mouhcine Jazouli, ministre délégué chargé des Affaires africaines.

«Nous ne sommes plus dans un monde bipolaire ni multipolaire. Les rivalités ne portent plus sur des enjeux idéologiques mais plutôt locaux», avertit Jazouli qui intervenait lors de la séance inaugurale de la 11e édition du forum MEDays qui se tient à Tanger jusqu’au 10 novembre.

Les économies ont évolué elles aussi. Elles ne sont plus mondialisées, mais interdépendantes, donc plus vulnérables. Elles ne se basent plus sur la manufacture mais sur l’immatériel avec des modes de production tournés vers la robotique et l’intelligence artificielle. Est-ce une menace pour un continent comme l’Afrique? Pour Mr «Afrique» dans l’exécutif actuel, la réponse est non.

«C’est avec une approche disruptive que l’Afrique pourra prendre la place qui lui revient», insiste Jazouli, le «tout technologique» n’est en aucun cas une fatalité mais une opportunité. Si l’Afrique a raté le train de l’industrialisation, elle pourra aisément prendre celui de la digitalisation. e-santé, e-commerces et assimilés permettront au continent de rattraper le manque d’infrastructures dont il souffre. Pour y arriver, l’Afrique dispose d’un atout de taille, sa population. La frange des jeunes en particulier.

En 2050, 50% de la population aura moins de 25 ans, soit un peu plus de 1,3 milliard d’habitants et un habitant sur quatre de la planète sera africain. D’où le besoin d’appréhender l’émergence du continent autrement. Des mutations sont à l’œuvre, à diverses échelles, et il s’agit d’accélérer le rythme pour répondre aux besoins des populations.

En matière d’industrialisation, la robotisation est une piste sérieuse. L’Afrique, selon Jazouli, ne traîne pas derrière elle une industrie vieillissante. Désormais des maillons de chaînes de valeurs, autrefois inenvisageables, sont aujourd’hui à la portée des pays africains.

Autre faiblesse, celle du commerce intra-africain. Selon le responsable marocain, seuls 15% des échanges commerciaux africains sont réalisés avec les autres pays du continent, alors que 60% se font avec l’Europe. D’où la nécessité de travailler sur le renforcement des intégrations régionales, comme c’est le cas avec la Cedeao.

Les professionnels et politiques travaillent également sur une autre piste, celle d’un marché africain unique, baptisé Zone de libre-échange continentale (Zlecaf), qui permettra d’atteindre une taille critique. «Une condition sine qua non pour permettre à l’Afrique d’émerger», insiste Jazouli.

Cette zone permettra d'intensifier l’intégration industrielle et de réduire la dépendance. Les pronostics de l’Union Africaine permettent d’avancer que ce marché unique permettra d’augmenter les échanges intérieurs d’au moins 60% et en prime d’assurer une diversification de l’offre africaine exportable.

La migration, une nécessité

En Afrique, la migration commence à être perçue comme une aubaine qui pourrait contribuer au développement des économies si elle est bien encadrée. Les migrants peuvent stimuler le commerce et les investissements dans les pays d’accueil et, selon les analystes, ils peuvent dépenser jusqu’à 80% de leurs revenus dans leurs pays d’accueil. Le Maroc a présenté en janvier 2018 un agenda africain pour la migration, après avoir été pionnier en la matière au niveau du continent avec en plus la mise en place à Rabat d’un observatoire africain de la migration. Au niveau de la gouvernance internationale, le Maroc prévoit d’adopter le Pacte mondial pour des migrations sûres, dans le cadre du Forum mondial sur la migration à Marrakech les 10 et 11 décembre prochains. Il s’agit d’un premier accord sur la migration mis en place  par les Nations unies. Il permettra d’améliorer la coopération internationale en prêchant une approche globale pour optimiser les avantages de la migration. 

De notre correspondant permanent, Ali ABJIOU

 

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