Economie

Les transporteurs menacent de bloquer les ports

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5382 Le 30/10/2018 | Partager
Les grévistes réclament, entre autres, la baisse du prix du gasoil
Textile, sidérurgie, céréales, agroalimentaire… les secteurs touchés
Le ministère appelle à une réunion mercredi 31 octobre

Après plusieurs faux départs, la Fédération du transport routier aux ports, relevant de la CGEM, a mis à exécution son appel à la grève pour la journée du lundi et  mardi 29 et 30 octobre, reconductible jusqu’à ce que le gouvernement s’engage à satisfaire leurs revendications.

Pour prouver leur détermination, ils étaient déjà plusieurs à faire le piquet de grève avant-hier dimanche à Safi. «Les grévistes m’ont bloqué un camion avec un chargement de câblage destiné à l’export depuis dimanche à Berrechid en même temps que d’autres poids lourds», enrage un transporteur non gréviste. D’autres camions ont été immobilisés à Fès, Béni Mellal ou Kenitra. L’on rapporte également des cas de caillassage de camions à la sortie d’Agadir, qu’il nous a été difficile de vérifier.

A Casablanca, pour ne pas pénaliser l’export, certains transporteurs ayant déjà pris des commandes ont livré leur chargement à l’intérieur des ports. En revanche, la grève a commencé dans le sens import. Dès l’après-midi d’hier lundi et ce mardi, les transporteurs promettent de se montrer intransigeants. Si le mouvement se poursuit, plusieurs secteurs risquent d’être impactés tels que le textile, les céréales, la sidérurgie, et surtout l’agroalimentaire dont les produits sont périssables.

Khalid Cherkaoui, secrétaire général du ministère de l’Equipement, chargé de traiter tous les dossiers du secteur du transport, vient d’envoyer une invitation aux grévistes pour une réunion, mercredi 31 octobre. La Fédération compte en tout quelque 700 structures, dont des SA, des Sarl et des entreprises individuelles. Mais peu sont à jour de leurs cotisations.

Par ce mouvement, qui est censé paralyser le transport de marchandises depuis et vers les ports, les grévistes exigent que le gouvernement s’engage à satisfaire leur cahier revendicatif. Ce dernier prévoit évidemment la baisse du prix du gasoil, qui représente environ 40% de leurs charges.

Reste à voir comment le gouvernement pourra accéder à cette requête vu qu’il n’a plus la main sur les fluctuations du prix des carburants. A moins d’introduire la notion de gasoil professionnel qui permettra de bénéficier d’un carburant à un prix réduit à l’instar des opérateurs de la pêche hauturière et côtière.

Une autre possibilité s’offre au gouvernement et consisterait à augmenter la TVA à 20% au lieu de 10%, taxe récupérée par les sociétés structurées en guise de subvention. La troisième option serait d’adopter le projet de loi déposé par la CGEM et qui permettrait de répercuter les évolutions du prix du gasoil sur le client. Mais ces trois solutions ne toucheraient que le petit cercle de sociétés transparentes.

Le secteur étant fortement atomisé, les grévistes réclament également d’en resserrer les conditions d’accès. Ce qui passe par l’adoption d’un cahier des charges avec des capacités financières et techniques, et d’un label. Les opérateurs exigent d’être associés à la mise en place de ce label pour relever la qualité des prestations.

Cela permettra également d’évincer les dizaines de sociétés dites de transport qui disposent juste du code pour exercer, sans posséder aucun véhicule. Ce qui est contraire à la loi. Le fisc devrait d’ailleurs s’intéresser à ces opérateurs en exigeant la présentation des cartes d’immatriculation de leurs véhicules.

Parmi les boulets que traîne le fret routier, figure la surcharge pratiquée par les transporteurs informels et qui leur permet de casser les prix en dessous des tarifs de référence réglementaires. La dernière grille tarifaire actualisée à 2012. La Fédération en grève demande que les autorités sévissent contre ces pratiques anticoncurrentielles qui contribuent à avilir les tarifs, à dégrader la chaussée et à augmenter les risques d’accident.

Quelques jours auparavant, une autre organisation professionnelle (l’Union des syndicats professionnels au Maroc) a publié un communiqué dans lequel elle affirme avoir trouvé un accord avec les ministères de l’Intérieur et du Transport «pour suspendre le contrôle de la surcharge pour les camions entre 3,5 et 19 tonnes en attendant de trouver une solution pour ces sociétés».

Ce qui reviendrait à tolérer des infractions au code de la route pour faire plaisir à une catégorie d’usagers de la voie publique. En tout cas, les deux ministères n’ont toujours pas démenti cette information qui en réjouit plus d’un d’autant que les contrôles sur la route auraient été levés.

Mis en place depuis 2014, le programme de renouvellement du parc de camions fonctionne toujours par à-coups. Les grévistes demandent au ministère de tutelle de prendre en charge ce dossier avec «plus de sérieux en débloquant la prime à la casse».

Etant un secteur qui offre le plus de visibilité, le transport est infiltré par des syndicats encartés. Il n’est donc pas étonnant de voir une myriade d’organisations syndicales se greffer aux grèves.

Le flop de la libéralisation

Cette énième grève prouve que la libéralisation du transport de marchandises n’a pas mis fin aux pratiques d’antan. L’informel continue de prédominer, ainsi que des pratiques anticoncurrentielles telles que la surcharge à l’origine du dumping, l’accès à la profession sans aucune condition, l’utilisation de véhicules dont l’âge avoisine les 40 ans. Les containers continuent de circuler à l’intérieur des pôles urbains, représentant un grand danger pour la circulation… La nomination d’un ministre délégué dédié au transport, puis son déclassement au rang de secrétaire d’Etat n’a pas permis d’avancer d’un iota. D’ailleurs, les dossiers du transport sont désormais confiés à Khalid Cherkaoui, secrétaire général du ministère de tutelle.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc