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Sur les traces de Charles Aznavour, du patrimoine millénaire...

Par Meriem OUDGHIRI | Edition N°:5380 Le 26/10/2018 | Partager
Plus vieille que Rome de 29 ans, Erevan vient de fêter ses 2.800 ans
Des sites classés patrimoine mondial de l’Unesco
Un véritable musée à ciel ouvert
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La célèbre place de la République, entourée de monuments emblématiques tels le musée d’histoire, la galerie nationale, ou encore le palais du gouvernement (Ph. Philippe Cortes)

L’Arménie, le petit pays de trois millions d’habitants, dont 6% de francophones, a réussi un véritable tour de force: accueillir à Erevan, sa capitale, son plus grand événement international. 26 chefs d’Etat et 3.500 délégués ont ainsi participé au 17e Sommet de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

Un sommet qui a porté à sa tête la Rwandaise Louise Mushikiwabo et dont le thème central a été le «Vivre ensemble dans la solidarité, le partage des valeurs humanistes et le respect de la diversité». La francophonie occupe une place singulière dans les pays d’Europe centrale et orientale, en fonction des histoires et des relations que chacun entretient avec la langue française et la culture francophone.

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La ville regorge de curiosités et vaut le détour pour ses restaurants, galeries d’art, musées, théâtres, artistes... (Ph. MO)

Actuellement, six pays de la région sont membres de l’OIF: l’Albanie, l’Arménie, la Bulgarie, l’ex-République yougoslave de Macédoine, la Moldavie et la Roumanie. L’Arménie a rejoint l’OIF en 2004.

Voyager en Arménie, petit pays de montagnes et de volcans, c’est entreprendre un voyage historique sur les traces d’églises et de monastères chrétiens, dont plusieurs sont classés au Patrimoine mondial de l’Unesco. Un pays qui fait partie de l’imaginaire collectif notamment grâce à des personnalités comme Charles Aznavour, le compositeur André Manoukian, le footballeur Youri Djorkaeff ou encore le cinéaste et réalisateur Henri Verneuil, de son vrai nom Achod Malakian, qui a raconté son enfance dans ses deux célèbres films «Mayrig» et «588, rue Paradis».

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La grenade est le symbole de la vie dans la culture arménienne. Elle y est d’ailleurs cultivée (comme l’abricot) depuis plus de 4.000 ans. L’Arménie est un des plus grands producteurs au monde (Ph. MO)

Capitale de l’Arménie depuis 1918, la ville d’Erevan (Yerevan en arménien) est l’une des plus anciennes cités au monde et la plus grande des villes du pays. Fondée en 782 par le roi Argishti, la ville est plus vieille que Rome de 29 ans. Le 20 octobre dernier, elle a célébré ses 2.800 ans. Erevan offre un véritable retour dans le passé. Bâtie sur sept collines, elle abrite de nombreux édifices dont un grand nombre date de l’ère soviétique.

Nichée derrière le mont Ararat aux portes de la Russie, avec son architecture en pierre rose (d’origine volcanique appelée «tuf»), la ville est à la fois surprenante, moderne et authentique. On y sent une atmosphère toute particulière au détour de ses ruelles.

La ville regorge de curiosités et vaut le détour pour ses restaurants, galeries d’art, musées, théâtres. Un incontournable, le grand marché en plein air Yerevan Vernissage. Situé au centre-ville, c’est le lieu idéal pour trouver toute une collection de produits d’artisanat arméniens, de poteries, de broderies, de foulards, de tapis, de jeux d’échecs,... Ce marché en plein air est une ambiance et attraction à lui tout seul. Les marchands vous abordent avec le sourire et si vous avez un coup de cœur, la négociation est permise.

Dans la rue, vous trouverez des voitures de dernière génération et tout d’un coup une vieille Lada qui surgit de nulle part. Cette marque de «la voiture du peuple» renvoie à l’épopée automobile née sous le régime de l’URSS. Son propriétaire, tout sourire (avec une rangée de dents en or!), nous autorise à la prendre en photo. Pour le souvenir.

Tel un musée à ciel ouvert, la ville arbore aussi de magnifiques monuments historiques. La place de la République au centre-ville est entourée de monuments emblématiques tels le musée d’histoire, la galerie nationale, le ministère des Transports et de la Communication ou encore le palais du gouvernement.

Au centre, ce sont plus de 2.000 fontaines qui s’agitent autour du bassin central. Cette place a également été le témoin de nombreux épisodes de l’histoire moderne et, encore aujourd’hui, elle reste le lieu de grands rassemblements politiques, festifs, culturels. C’est sur cette place que se sont d’ailleurs tenues les manifestations antigouvernementales à l’appel de l’opposant arménien Nikol Pachinian, devenu Premier ministre (qui vient d’annoncer sa démission pour forcer des élections législatives anticipées).

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Les Cascades, imposant site abritant le centre d’art contemporain. Large de 50 mètres, la Cascade fait 118 mètres de haut; l’escalier comporte 572 marches sur 302 mètres (Ph. MO)

Un autre endroit incontournable: Les Cascades qui abritent le centre d’art contemporain. Cet imposant site est composé à l’extérieur de jardins en terrasse, de fontaines et d’un large escalier. Large de 50 mètres, la Cascade fait 118 mètres de haut; l’escalier comporte 572 marches sur 302 mètres. A l’intérieur, une série d’escalators et d’ascenseurs permet d’atteindre l’esplanade située à 78 mètres de haut. Arrivés au sommet, une vue époustouflante de la ville s’offre à vous et vous pouvez aussi observer le fameux mont Ararat.

Parmi les nombreuses œuvres qui ornent les alentours de la Cascade, le visiteur découvre des pièces du sculpteur colombien Botero (connu pour ses personnages aux formes rondes).
Sur le circuit, il ne faut pas rater le Matenadaran, grand bâtiment cubique au sommet d’une colline, où sont conservés de nombreux manuscrits très anciens (plus de 17.000), couvrant tous les domaines de la science et de la culture.

A découvrir aussi le Mémorial et le musée de Tsitsekarnakaberd, dédiés aux victimes du génocide arménien, situé sur une des collines de la ville et construit en 1960. Un parcours très émouvant sur une partie douloureuse de l’histoire du pays.

En ce début d’octobre 2018, la ville aux couleurs roses et changeantes au coucher du soleil est en deuil. Quelques jours après le décès de Charles Aznavour le 1er octobre, la place portant son nom continue de crouler sous les fleurs, les messages et les bougies.

En masse, les Arméniens disent adieu à leur «héros national». L’aéroport de la ville, les restaurants du centre, les halls des hôtels et les haut-parleurs de la place centrale diffusent en continue ses chansons. Peu de personnes sont francophones dans les rues d’Erevan, mais la plupart connaissent le nom du chanteur et sont capables de fredonner les paroles de «La bohème».

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Une vieille voiture, héritage de l’ère soviétique, roulant au gaz, comme de nombreux véhicules rencontrés sur les routes (Ph. MO)

Celui qui n’aura jamais quitté la scène a eu plus de 70 ans de carrière, plus de 40 ans de succès, plus de 1.400 chansons. Chantant en 6 langues, il est l’auteur de quelque 294 albums et a obtenu des centaines de disques d’or, de platine et de diamant. En Arménie, des places, des théâtres portent le nom de Charles Aznavour, qui a été fait «Héros national» en 2004. Une statue a été érigée à son effigie dans la deuxième ville du pays, Gyumri.

Ce jeudi soir 11 octobre, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées sur la place de la République pour assister au gala du sommet de la Francophonie dont l’invité d’honneur aurait dû être Charles Aznavour. A l’instar de millions de personnes à travers le monde, Emmanuel Macron a rendu hommage à la star: «Charles Aznavour devait être avec nous à Erevan aujourd’hui. Ce devait être un rendez-vous avec sa chère Arménie mais aussi avec la langue française. Il avait une passion pour elle, il a travaillé sur les mots toute sa vie. Il a fini par devenir un des plus grands ambassadeurs de la langue française dans le monde. Charles Aznavour continuera d’être le trait d’union entre la France et l’Arménie grâce à ce lieu de transmission et de culture».

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Place Charles Aznavour à Erevan, où les hommages continuent. Le 11 octobre, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées sur la place de la République pour un concert-hommage au «héros national»

Le président français ainsi que de nombreux chefs d’Etat francophones ont assisté au concert marqué de spectacles de danses, de chants traditionnels arméniens, de milliers de lumières de smartphones allumées dans le public mais surtout beaucoup d’émotion. Et ce particulièrement lorsque la chanteuse béninoise Angelique Kidjo reprend l’une de ses plus célèbres chansons, «Emmène-moi».

A ses côtés, la chanteuse Zaz, qui a lancé au public que Charles Aznavour «n’aurait pas voulu qu’on soit triste», avant d’entonner «Oublie Loulou». Egalement un Serge Lama, très ému, a interprété «Avoir 20 ans» et «Sa jeunesse». D’autres artistes francophones étaient aussi présents pour célébrer une dernière fois le «Sinatra français», comme beaucoup l’appelait.

                                                                          

Une économie largement basée sur l’exploitation des matières premières

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Depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, l’Arménie a fait de grands progrès dans le sens de la libéralisation de son économie. Selon la Banque mondiale, l’Arménie se classe parmi les premiers pays de la CEI (Communauté des États Indépendants) en termes d’attractivité des IDE.

Le gouvernement a récemment instauré des conditions et des lois favorables aux investisseurs étrangers et, grâce à son dynamisme économique, le pays a gagné le surnom de «Tigre du Caucase». Le rapport 2018 Doing Business de la Banque mondiale classe l’Arménie à la 47e place (sur 190), en grande partie grâce aux progrès accomplis en termes de fourniture d’électricité.

Cependant, à cause de la crise, les IDE ont diminué et ils peinent à retrouver leur niveau de 2008. Le pays reste fortement dépendant de la santé économique de la Russie et de l’UE. En 2017, le PIB s’est élevé à 11,6 milliards de dollars, soit un PIB par habitant d’environ 3.861 dollars/hab. L’indice de développement humain est de 0,743, plaçant l’Arménie au 84e rang mondial selon ce critère.

L’industrie représente 29% du PIB et l’agriculture – spécialisée dans les produits céréaliers – représente 19% du PIB. L’économie repose largement sur l’exploitation des matières premières: les métaux et les minerais (cuivre, diamants) représentent près de 60% des exportations. De plus, l’Arménie est fortement dépendante des transferts de migrants (15% du PIB en 2017).

La Russie, la Grèce, Chypre et l’Allemagne sont les quatre investisseurs principaux en Arménie. Les secteurs qui constituent les plus importantes cibles pour les investissements sont ceux de l’énergie, des télécommunications, de la métallurgie, de l’hôtellerie et du transport aérien. Des investissements significatifs sont aussi réalisés par les membres de la diaspora arménienne.

 

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