International

Affaire Khashoggi: A chacun sa version des faits…

Par L'Economiste | Edition N°:5377 Le 23/10/2018 | Partager
Sous pression, Trump durcit le ton
L’Arabie saoudite se défend
Les Occidentaux veulent des clarifications

La Turquie va révéler toute la vérité sur le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul, a promis le président turc Recep Tayyip Erdogan. Riyad assurant de son côté ignorer le détail des circonstances de sa mort, comme l'endroit où se trouve son corps.

Après avoir qualifié de crédible la version des Saoudiens, le président américain Donald Trump a évoqué des mensonges, jugeant que «leurs histoires partent dans tous les sens». Dans la soirée, la présidence turque a fait savoir que Erdogan et Trump avaient eu un entretien téléphonique et qu'ils étaient d'accord sur la nécessité d'éclaircir l'affaire Khashoggi.

Dans le contexte de cette affaire, l’Arabie saoudite a annoncé le limogeage du numéro deux du Renseignement saoudien, le général Ahmed al-Assiri, et de trois autres hauts responsables de ces services, ainsi que d'un conseiller médias à la cour royale, Saoud al-Qahtani. Dix-huit suspects saoudiens ont été interpellés.

Mais des analystes occidentaux ont vu dans ces limogeages et arrestations une tentative de désigner des «boucs émissaires». «Mohammed ben Salmane n'était pas informé de l'opération, non-autorisée par le pouvoir», a affirmé le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir, dans un entretien à la chaîne américaine Fox News.

Allié des Saoudiens, le président américain est visiblement embarrassé par cette crise, avec des critiques y compris dans son propre camp républicain. Mais il refuse de remettre en cause des méga-contrats, notamment militaires, avec l’Arabie saoudite. Insistant sur l'importance des liens stratégiques entre Washington et Riyad, le chef de la diplomatie saoudienne a estimé que cette relation surmontera l'affaire Khashoggi et ses répercussions diplomatiques.

Les principaux alliés de Riyad dans la région (Emirats arabes unis, Bahreïn, Egypte, Jordanie, Oman, Koweït et Autorité palestinienne), ainsi que la Ligue arabe et l'Organisation de la coopération islamique (OCI), ont salué les annonces du royaume saoudien. Entretemps, les enquêteurs turcs ont poursuivi leurs investigations, fouillant une vaste forêt proche d'Istanbul. Disant s'appuyer sur des enregistrements sonores, la presse turque a évoqué une «décapitation» de Khashoggi.

Outre une crise de crédibilité, ce scandale international a poussé au boycott, par des responsables occidentaux et des dirigeants de firmes internationales, d'une grande conférence économique prévue à Riyad à partir de mardi 23 octobre 2018.

Un baril à 100 dollars?

Les explications de Riyad sur la mort du journaliste saoudien sont loin d'avoir convaincu les grandes capitales occidentales. Dans un communiqué commun, Londres, Paris et Berlin ont estimé qu'il y avait un besoin urgent de clarification sur cette affaire. En effet, la chancelière allemande Angela Merkel a prévenu que l'Allemagne n'autoriserait pas en l'état d'exportations d'armes vers l'Arabie saoudite. Pour sa part, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a indiqué ne pas exclure que le Canada puisse annuler un important contrat de vente d'armes à Riyad. «L'Arabie saoudite n'a aucune intention de mettre en place un embargo sur le pétrole comme en 1973», a déclaré Khaled al-Faleh le ministre de l'Energie saoudien alors que les relations avec l'Occident se sont refroidies suite à cette affaire. Il a par ailleurs précisé «ne pas pouvoir garantir que les prix du pétrole ne passent pas la barre des 100 dollars le baril».

F. Z. T. avec agences

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