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El Jadida sur les pas du «Deauville» du Maroc

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5365 Le 05/10/2018 | Partager
Urbanisme, tourisme, industrie, agriculture,... les piliers
La province attire de plus en plus les investisseurs
L’ampleur des actions de «correction» grand handicap

  

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La province d’El Jadida a été créée par décret royal n° 701-66 du 10 juillet 1967. Elle est intégrée dans la région économique du centre par dahir n° 1 -71- 77 du 16 juin 1971. Bénéficiant d’une position stratégique au cœur du principal bassin économique du Royaume, la zone de Jorf Lasfar - El Jadida est aussi pourvue d’une connectivité de  haut niveau à l’armature urbaine nationale. Le port de Jorf Lasfar, premier et plus grand port minéralier d’Afrique, garantit les bonnes conditions d’échanges extérieurs  aux entreprises locales et étrangères. 
L’existence d’un foncier équipé est aussi un atout majeur d’évolution de cette région. Le parc industriel de Jorf Lasfar (dernière génération) aménagé sur 500 ha est situé à l’intérieur d’un écosystème industriel en pleine expansion. Le taux de commercialisation d’environ 80% dénote de la forte attractivité de cette infrastructure d’accueil

Ça bouge dans les Doukkala! Plusieurs projets d’envergure sont en chantier ou en cours de lancement. Et ils concernent des secteurs aussi stratégiques que l’industrie, l’agriculture et le tourisme. Le tout, accompagné d’une nouvelle urbanisation  qui s’articule désormais sur des plans d’aménagement mieux structurés car basés sur des études préalables. Certes la province d’El Jadida est passée par une longue période de «laisser-aller» marquée par des dérives à tous les étages, particulièrement la construction anarchique et l’absence d’une gestion rationnelle de ses ressources. Aujourd’hui, elle rectifie le tir et ambitionne de renouer avec le rêve séculaire: s’ériger en «Deauville du Maroc». 
La recette consiste à capitaliser sur les atouts dont dispose la province. Et ils ne sont pas des moindres.  Au carrefour  des  grandes agglomérations (Casablanca et Marrakech), la province d’El Jadida  bénéficie également de potentialités  à la fois économiques et géographiques: proximité de l’aéroport Mohammed V et de deux ports (Casablanca et Jorf  Lasfar). 
Sans oublier l’axe autoroutier  la reliant à la capitale économique du Royaume. Une bande côtière de plusieurs kilomètres, l’importance de ressources hydriques et la fertilité de ses terres la prédestinent à s’ériger en pôles de développement agricole et touristique.       
 Désormais, ce territoire est devenu une destination d’investissement par excellence. «Sur la dernière décennie, pas moins de 32 milliards de DH y ont été investis», selon les responsables de la province. Rien que dans le secteur industriel, plus de 6 milliards de DH ont été injectés à fin 2014. Mais l’essentiel (5,3 milliards) a été réalisé dans le secteur de la chimie-parachimie, donc par le principal opérateur de la province: l’OCP. 
La métallurgie, l’automobile, l’agroalimentaire et le textile et cuir rallient le mouvement. Tout récemment, la dynamique a été impulsée et de nouveaux arrivants sont en cours d’implantation dans le parc industriel de Jorf  Lasfar.  Ceci, après un recul, voire le départ d’investisseurs potentiels, lassés par les lourdeurs administratives.
Entre 2015 et 2017, quelque 22 unités ont été autorisées à s’implanter. Pour la majorité, l’année passée. L’explication  tient «à l’impulsion de l’autorité locale», reconnaît Mehdi El Fatmi,  président de la commune urbaine  Moulay Abdallah.  La dynamique créée par ladite autorité concerne d’ailleurs l’ensemble des autres  activités socioéconomiques, en particulier l’habitat, l’éducation et la santé. 
«Dans la province d’El Jadida, le nouveau concept du rôle de l’agent d’autorité trouve toute sa signification», témoigne Jamal Benrabia, élu istiqlalien et président du conseil municipal  d’El Jadida. Homme d’affaires de profession, Benrabia ne fait pas dans la complaisance. 
«Depuis la nomination du nouveau gouverneur, Mohamed El Guerrouj, la gestion de la province est réellement sous-tendue à l’approche participative. Un comité regroupant tous les acteurs est réuni chaque mois pour faire le point de la situation et décider de la marche à suivre», explique le maire de la ville.
 La démarche s’est révélée efficace. A titre d’exemple, la commune urbaine  Moulay Abdallah, la plus peuplée (82.000 habitants) de la province comptait, il y a 4 mois, 18.000 foyers dépourvus d’eau, d’électricité et d’assainissement liquide. Aujourd’hui, le problème a été résolu à raison de 50%. Et les travaux se poursuivent pour raccorder le reste des foyers aux infrastructures. Certes El Jadida est peut-être la seule ville au Maroc qui n’abrite pas de bidonvilles au vrai sens du mot  mais l’habitat anarchique y a proliféré de manière astronomique. Exode rural, spéculation et forte hausse du foncier ont éjecté des populations vers la périphérie. Du coup, des terres agricoles ont été «urbanisées» sans aucune planification ni schéma directeur. Ceci, bien évidemment, sous l’œil complice des élus et des autorités locales. Fallait-il raser ces constructions ou les insérer dans le paysage urbain? «L’alternative se limitait au second choix», confie le président de la commune Mehdi El Fatmi. 
D’ailleurs, plusieurs actions menées versent encore dans «la correction». Avec les conséquences en termes de coûts que cela entraîne au niveau des infrastructures socioéconomiques.
Pour le raccordement au réseau électrique, un prix unifié de 4.000 DH pour branchement et compteur a été fixé. Les foyers concernés doivent  en avancer 600 DH et autant sous forme de mensualités. Quatre écoles sont également en chantier, les projets d’un collège et d’un lycée sont en négociation avec le ministère de l’Education nationale.  Le coût de l’investissement est estimé à 400 millions de DH.
 «Pour le moment, la commune a résolu le problème de transport scolaire grâce à un partenariat avec le ministère», se félicite El Fatmi. Environ 7.000 écoliers sont transportés chaque jour par 47 bus. Les mieux lotis acquittent la moitié du coût (100 DH/mois) alors que les démunis bénéficient gratuitement du service.  
L’attractivité de la province d’El Jadida est également favorisée par le niveau d’accessibilité qui est en phase d’être renforcé dans la commune Moulay Abdallah  abritant la plus grande zone industrielle. Une double voie reliant l’autoroute au parc industriel  ainsi qu’à la ville d’El Jadida est en cours de construction.   
Pour les responsables de la province et ses élus, l’objectif est de tirer profit des vocations de la région des Doukkala. En s’inspirant du concept de l’économie circulaire, selon son aspect de préservation des grands équilibres. Surtout, en se basant sur un diagnostic territorial tenant compte des forces, des faiblesses et des  opportunités. 
A l’appui, ils constatent que «l’approche a permis aux secteurs de l’agriculture, du tourisme et de l’industrie de fonctionner jusqu’à présent en parfaite synergie». Car le plus important est de promouvoir une équité territoriale et une égalité des chances entre le monde rural et la population urbaine. A noter que la province compte parmi les entités dont la population est majoritairement urbaine: 72%.


Agriculture: Doukkala retrouve sa vocation de grenier du Maroc

 

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La province d’El Jadida jouit de fortes potentialités agricoles et d’un dynamisme marquant. C’est l’une des régions les plus riches du Royaume grâce à sa diversité climatique et sa position géographique. L’activité agricole y est des plus dynamiques et connaît une diversification de ses productions: cultures  maraîchères, industrielles, fruitières, florales et produits de terroir.
Des facteurs favorables bénéficient à l’agriculture de la région et qui font d’elle une destination avec des opportunités  importantes pour le développement local. On peut citer le savoir-faire local et l’existence d’un tissu d’organisations professionnelles rompues aux divers métiers. La zone abrite plusieurs unités agro-industrielles privées: sucre, lait et céréales font l’objet de traitement industriel sur place. Elle assure également une forte production des viandes rouges et blanches. Un marché de gros, deux fois plus grand que celui de Casablanca, est également en projet.  
Si le secteur agricole dans la province reste dominé par le mode de production extensif pluvial, la création d’un périmètre irrigué a favorisé l’intensification des cultures et de l’élevage, l’utilisation des facteurs et des moyens de production modernes sur 21.000 ha irrigués. Dans la province d’El Jadida, les principales caractéristiques du secteur agricole restent une céréaliculture importante et généralisée, dont les principales productions demeurent le blé tendre, l’orge et le maïs. Le maraîchage de primeurs destiné à l’exportation connaît un développement soutenu. Les exportations des primeurs de la province représentent, en effet, près de 70% de la production régionale.
En plus de la pêche, la province d’El Jadida est réputée pour la richesse de ses côtes en algues marines, d’où on extrait l’agar-agar (substance à forte valeur ajoutée) et dont la province détient à elle seule 80% de la production nationale. De ce fait, elle représente  une source importante de revenu pour de nombreux foyers.


L’industrie, une locomotive qui s’affirme

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De par la diversité de son tissu industriel et son poids économique, la province d’El Jadida se positionne parmi les grands pôles industriels du Royaume. Le paysage industriel de la région se développe autour de trois secteurs: la chimie-parachimie, l’énergie et la métallurgie. 
Il y a trente ans, l’industrie était inexistante dans la région. Aujourd’hui, elle émerge avec force. Principalement autour du port de Jorf Lasfar qui assure le cinquième des exportations marocaines. Le poids de l’OCP est bien évidemment considérable. 
Avec un complexe d’industrie lourde accueillant de grands groupes mondiaux, la zone industrielle s’affiche  désormais en tant que  plate-forme jugée très attractive. Selon ses promoteurs, «un dirham investi actuellement devrait rapporter  deux ou trois dans les  5 prochaines années». C’est ce qui explique l’affluence  constatée, ces deux dernières années. Le même intérêt était porté sur la zone mais sans résultat. «Faute d’accompagnement», résume laconiquement le président de la Commune Moulay Abdallah. Traduisez, la liasse de documents exigés, le retard dans la délivrance des autorisations et diverses tracasseries. Aujourd’hui un guichet unique y est pleinement opérationnel. Et des réunions mensuelles sont tenues entre tous les acteurs sous la vigilance des autorités locales.
La zone s’étend sur 550 ha dont 135 restent à lancer. Elle est répartie en lots variant entre 1.000 et 10.000 m2 selon les activités. A titre d’exemple, les plus grands lots sont réservés aux activités de production et de stockage, notamment des hydrocarbures. Alors que les moyens et petits concentrent la logistique, les services, showrooms et divers équipements.   
 Pôle par excellence de l’industrie lourde de 1re catégorie,  le parc industriel se positionne également comme plateforme  des activités mécanique et métallurgique. En témoigne l’implantation récente de plusieurs entreprises de renommée internationale: Bontaz Centre, Mecalp et MGI Coutier. L’agroalimentaire, le textile et le cuir sont d’autres branches qui se développent également. 
Au total, la province enregistre plus de 37 milliards de DH  en termes de production industrielle. Le chiffre d’affaires est estimé à 52,3 milliards de DH et l’export cumule les 21,7 milliards.
L’industrie énergétique est une autre composante stratégique du territoire. La production électrique thermique y représente  50% du total produit par le Maroc. Le nouveau port énergétique dans la zone, considéré comme le plus grand terminal d’importation, de stockage et d’exportation de carburants au Maroc, renforcera davantage cette vocation. 
La proximité de Casablanca dont le vieux port, encerclé par la métropole, arrive à saturation. L’importance du tirant d’eau de Jorf Lasfar prédestine cet outil à prendre la relève en faisant d’El Jadida le prolongement naturel de la capitale économique. Cette extension n’a pas concerné seulement l’industrie mais également le secteur des services. En effet, Intelcia, premier acteur marocain de l’externalisation, a inauguré son dernier centre à El Jadida. Le choix de ce territoire n’est pas fortuit. Il s’explique par le potentiel des compétences.

INDH : 1,1 milliard de DH investis en 12 ans 

Depuis son lancement en 2005, l’INDH s’est soldée par un investissement de 1,11 milliard de DH. Au total, 612 projets ont été réalisés dans les divers domaines. Le fonds de soutien de l’Initiative pour le développement humain ayant participé avec un montant de 488 millions de DH et les partenaires ont assuré 57% de l’investissement global. En tête des secteurs concernés, figure l’éducation qui a prélevé 222,5 millions de DH avec 191 projets portant notamment sur le transport scolaire, les jardins d’enfants et l’équipement des écoles en blocs sanitaires. La jeunesse et sport vient en 2e position avec un investissement de 210,1 millions de DH et 78 projets. La santé occupe la 3e position (201 millions de DH) et les infrastructures de base ferment la marche avec 158,3 millions de DH. Dans le détail, 8 projets phares ont été réalisés dont la maison de l’artisan, le transport scolaire, le centre des enfants handicapés et la salle couverte omnisport. Mais  le SAMU médical «Isâaf El Jadida» reste le plus remarquable. Lancé en novembre 2013, ce projet cible l’amélioration de la prise en charge des urgences pré-hospitalières des services de santé publique. Il s’adresse aussi bien aux habitants de la Province qu’aux personnes de passage via une ligne d’écoute économique opérationnelle  24 h/24 et 7j/7. Le financement de la première phase du projet (2011-2016) a nécessité une enveloppe d’environ 66 millions de DH alors que la deuxième phase (2017-2019) devrait coûter 60 millions de DH. Les fonds proviennent de  l’INDH, du ministère de la Santé, du Conseil provincial d’El Jadida, des Collectivités territoriales de Moulay Abdallah et Haouzia, de  l’OCP et de Taqa Morocco.


Tourisme: Une destination en pleine émergence

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Station balnéaire desservie par les touristes nationaux et internationaux, El Jadida diversifie également son offre. La cité veut se positionner sur de nouvelles niches sans pour autant négliger ses sites historiques. La Cité portugaise, fortification classée patrimoine international, est un exemple du capital culturel de ce territoire. La côte atlantique qui s’étend sur 150 km offre plusieurs plages labélisées et des sites d’intérêt biologique et écologique. Berceau des artistes, ce territoire est aussi riche en savoir-faire ancestraux.
Les efforts fournis par les acteurs locaux s’insèrent dans la vision globale du développement touristique. «Ce qui est traduit par le plan d’aménagement approuvé à cet effet», explique El Mostafa Essafi, président de la commune de Haouzia. Pour preuve, il cite  la station Mazagan, infrastructure touristique aux normes internationales, réalisée dans le cadre du plan Azur. S’ajoute aussi le  parc d’expositions d’El Jadida, qui abrite, entre autres, le Salon du cheval. Il a pour vocation non seulement d’impulser les activités liées à la filière équine mais aussi de promouvoir le tourisme d’affaires.  Déjà, quatre produits touristiques se positionnent: balnéaire, culturel, affaires et vert. Mais le grand décollage est attendu avec le déploiement du plan d’aménagement touristique. Pour le moment, la ville d’El Jadida manque d’établissements hôteliers classés haut de gamme. Et le séjour chez l’habitant concentre l’essentiel du tourisme local. Le paysage de rabatteurs arborant des clés est édifiant à cet égard. Mais la grande affluence est selon les années limitée à la période estivale. Casablancais et Marrakchis  s’offrent toutefois le luxe d’y passer le week-end à la station balnéaire de Sidi Bouzid.
Il n’empêche que le nombre d’arrivées et de nuitées enregistrées a été multiplié par 7 sur les deux dernières décennies. Un chiffre révélateur de l’attrait de la ville et de son environnement. La Cité portugaise, le Tit et ses fortifications où se tient le Moussem Moulay Abdellah, la médina d’Azemmour, les kasbahs de Boulaouane et la proximité d’Oualidia, autant de sites attrayants.
Cette année, le traditionnel moussem de Moulay Abdallah a drainé, selon le président de la commune éponyme, 2 millions de visiteurs. L’impact pour la ville d’El Jadida est considérable. Seulement, l’écrasante majorité était logée dans des tentes tout au long de l’artère reliant Sidi Bouzid à Jorf Lasfar. On peut ainsi mesurer l’étendue des déchets humains et ménagers laissés derrière. C’est l’équivalent d’une grande agglomération sans eau courante ni assainissement.

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