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    Emploi: «Patronat et syndicats doivent réinventer le dialogue»

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5363 Le 03/10/2018 | Partager
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    Pour Myriam El Khomri: «L'intérêt général n'est pas la somme des intérêts particuliers... A partir de là, le patronat et les syndicats doivent s'engager dans un système d'apprentissage pour jeunes avec de nouveaux métiers, la montée en compétences, les branches professionnelles». C'est l'unique voie de sortie face aux mutations et ruptures du monde du travail (Ph. Fadwa Al Nasser)

    Ancienne ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, Myriam El Khomri (franco-marocaine) a marqué son passage au gouvernement Valls. Non sans difficultés, elle a réussi à passer une loi qui porte son nom (Loi El Khomri) et qui a profondément changé la législation du travail dans l'Hexagone. L'ancienne ministre analyse les enjeux et défis qui guettent le marché de l'emploi dans un monde en pleine mutation.

    - L'Economiste: En tant qu'ancienne ministre du Travail, que vous inspirent les profondes mutations du monde de l'emploi avec toutes les ruptures technologiques qui s'annoncent?
    - Myriam El Khomri:
    De par mon expérience en France, lorsqu'on revient sur la période 1995-2010, le numérique (au sens large) a créé 1,2 million d'emplois, mais il en a tué 500.000. A partir de ce constat-là, on peut dire que le solde est positif. Sauf que les emplois détruits étaient peu qualifiés et surtout très féminins. En revanche, les postes créés sont plus qualifiés et majoritairement masculins. Du coup, l'on voit bien qu'il y a un enjeu qui consiste à accompagner ces mutations en termes de compétences et de gestes-métiers. Très souvent, l'on annonce que l'avènement de l'intelligence artificielle marque la fin du travail au sens classique du terme. Mais en vérité ce n'est pas le cas. Il va falloir faire en sorte que ces transformations numériques ne fassent pas des gagnants et des perdants. Aujourd'hui, le cadre de régulation ne peut faire l'impasse sur les transformations induites par le numérique. Pour qu'il n'y ait pas que des gagnants, et surtout pas de perdants, le cadre de régulation ne doit pas se faire uniquement à l'échelle d'un pays. Autrement dit, il faut que le dialogue social intègre ces nouveaux paradigmes et ces enjeux de manière responsable.

    - Sur les nouveaux enjeux, quels sont les messages forts que vous envoyez aux patrons marocains et aux partenaires sociaux?
    - Je pense qu'il faut développer une culture de compromis et ne pas voir le compromis comme de la compromission. Il ne faut pas rester braqué sur ce que l'on perd, mais regarder le pas en avant que les uns et les autres peuvent faire. Pour le cas du Maroc, il y a des gisements d'employabilité via l'insertion des jeunes moins qualifiés. C'est un sujet qui doit intéresser aussi bien les organisations patronales que les centrales syndicales. Le patronat et les syndicats doivent s'engager dans un système d'apprentissage pour jeunes avec de nouveaux métiers, la montée en compétences, les branches professionnelles. Il y a l'exemple de l'aéronautique qui est en croissance remarquable au Maroc, avec un centre d'excellence et d'ingénierie. Mieux encore, la moitié des salariés est composée de femmes. Là c'est une réussite incontestable qu'il va falloir dupliquer à plus grande échelle.

    - Vous aviez lancé de nombreuses initiatives en France en tant que ministre de l'Emploi... Pensez-vous à des formules qui peuvent être dupliquées au Maroc?
    - Je pense notamment à des initiatives pour les jeunes. A titre d'exemple, le dispositif de garantie, qui repose sur l'accompagnement intensif pour trouver de l'emploi à des jeunes qui ont quitté le cursus scolaire. Même la Cour des comptes salue les résultats de ce dispositif en France.

    - Votre mandat en tant que ministre a suscité de vives polémiques. Quels enseignements tirez-vous de cette expérience qui a métamorphosé la législation du travail dans l'Hexagone?
    - Je tiens à préciser que cela a été  un honneur et une fierté pour moi de servir mon pays. Je trouve que les enjeux de mon portefeuille et de mon mandat sont très importants en termes d'enjeux. J'ai toujours considéré que l'intérêt général n'est pas la somme des intérêts particuliers, mais c'est le dénominateur commun. Même si cela a été une mission difficile, je suis fière de l'avoir portée avec conviction.

    Propos recueillis par Amin RBOUB

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