×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Mohsine Jazouli: «Le Maroc, un pays benchmark pour le continent africain»

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5351 Le 17/09/2018 | Partager
    mohsine_jazouli_051.jpg

    «Les projets réalisés dans le cadre des visites royales sont évalués, cartographiés, répertoriés, mis dans un système d’information. Ils sont suivis comme le lait sur le feu, par région, par pays, par secteur et par acteur», souligne Mohsine Jazouli,  ministre délégué en charge de la coopération africaine (Ph. Privée)

    Pour une de ses premières sorties publiques, le ministre délégué en charge de la coopération africaine, Mohsine Jazouli, livre en primeur la relance au plus haut niveau du projet Tanger Tech. Des entreprises dont les actifs peuvent atteindre 1.000 milliards de dollars, et ayant l’habitude de projets similaires, ont été sollicitées.

    Aujourd’hui, le gouvernement marocain est en discussion avec son homologue chinois pour en faire un projet «gov to gov», avec le privé de part et d’autre. Le ministre va aussi au-delà de ce projet et expose sa stratégie pour le continent.

    - L’Economiste: Vous êtes Monsieur Afrique au sein du gouvernement. Comment se construit le leadership dans ce vaste continent?
    - Mohsine Jazouli:
    Il peut venir soit de la puissance d’un pays, son PIB, son potentiel, soit par le charisme et la clairvoyance de son chef d’Etat. Et quand ce sont les deux comme pour le Maroc, cela crée forcément une vraie distinction. Aujourd’hui, le Maroc se distingue par la vision de SM le Roi et son anticipation vis-à-vis du continent. Ensuite, la richesse du Maroc, matérielle et immatérielle, est liée aux perspectives de développement, à son savoir-faire. Notre pays est considéré comme un pays benchmark pour les africains. Cela nous amène à un point important de la stratégie qui est la triangulation entre certains pays ultradéveloppés, le Maroc et le reste de l’Afrique. C’est ce qui a été acté par le président chinois Xi Jinping lors du dernier sommet du Focac, qui a répondu spontanément à la posture du Souverain visant cette triangulation entre la Chine, le Maroc et l’Afrique. Elle permet de positionner notre pays comme un partenaire privilégié. Ce n’est pas un partenaire de ressources souterraines ou un client de grands projets d’infrastructures. C’est un partenaire de co-développement. Lorsque je vois aujourd’hui comment nous nous positionnons et le partenariat que nous définissons avec la Chine, je me dis que la vision de SM le Roi a été payante. Elle a placé le Maroc au niveau d’un réel partenaire de tous les acteurs qui veulent avoir une coopération durable dans le continent africain.

    - Comment va se décliner cette coopération triangulaire?
    - Au moins de deux manières. La première porte sur la coopération traditionnelle pour continuer à faire bénéficier les jeunes africains de bourses d’études au Maroc, avec la possibilité de financement international, chinois en l’occurrence. La Chine pourra financer l’AMCI pour renforcer ses capacités et pouvoir accorder plus de bourses d’étudiants si des dons chinois arrivent. Il permet à la Chine de se concentrer sur un acteur qui a le savoir-faire, la success story pour aller le disséminer auprès de plusieurs pays africains. Cet axe des études fonctionne. Il peut être étendu à tout ce qui est assistance en santé, projets de villages de pêcheurs, ports de débarquement aménagé, autant de créneaux où le Maroc dispose d’un savoir-faire. Il est capable de recevoir une aide concentrée au Maroc pour pouvoir la déconcentrer au niveau de certains pays. Cela est valable pour la Chine mais il peut l’être pour la France, les USA,…

    - Quelles sont les autres formes?
    - Il s’agit d’une autre triangulation, qui porte sur la co-construction. La ville nouvelle Mohammed VI Tanger tech en est le parfait exemple. Il s’agit d’un projet qui illustre parfaitement la triangulation de demain, avec une ville qui abritera des entreprises chinoises qui vont venir produire dans un bassin de 100.000 emplois, à 50 km d’un port, sur une ligne d’autoroute et de TGV. Avec un investissement de près de 1 milliard de dollars et un investissement in fine des entreprises qui s’installent de l’ordre de 10 milliards de dollars. Cela va permettre à des entreprises chinoises de s’installer et de produire à destination du Maroc mais aussi de l’Afrique, de l’Europe et des USA.

    - Sauf que ce projet, bloqué, n’est pas vraiment un modèle de cette coopération.
    - Le projet redémarre. Parce que comme pour tout projet de cette envergure-là, il n’est jamais linéaire. Il y a des «stop and go». C’est lié à sa taille, à la complexité et au nombre d’intervenants. Il se peut que l'on n'ait pas eu forcément une lecture évidente d’un pays que nous ne connaissons pas très bien au premier abord. Aujourd’hui, le projet est relancé au plus haut niveau, avec l’appui des deux chefs d’Etat. Il n’était pas arrêté, il avait simplement besoin d’être redynamisé. Aujourd’hui, des entreprises chinoises de plus haut rang, c'est-à-dire celles détenues par l’Etat, ont clairement exprimé leur intérêt d’accompagner le Maroc sur ce projet. C’est un grand pas. Des entreprises dont les actifs peuvent atteindre 1.000 milliards de dollars, et ayant l’habitude de projets similaires, ont été sollicitées. Aujourd’hui, le gouvernement marocain est en discussion avec son homologue chinois pour en faire un projet « gov to gov », avec bien sûr, le privé de part et d’autre. Le pilotage se fera de la manière la plus adéquate. Ce qui a été fait jusqu’ici a été utile. Comme dans certains projets, il vaut mieux parfois reculer pour mieux sauter.

    - Côté gouvernement qui s’en chargera et quelles sont les entreprises chinoises impliquées?
    - Je ne veux pas encore donner des noms pour ne pas commettre d’impair et risquer d’hypothéquer la viabilité du projet. Je peux vous dire que dans les dix premières grosses entreprises détenues par l’Etat chinois, 5 ont manifesté leur intérêt de venir accompagner ce projet. Un processus de choix permettra de sélectionner les plus adaptées.  

    - Quel sera le calendrier de la relance du projet?
    - Le plus dur n’est pas la partie physique, mais celle d’avant, avec les montages institutionnels, financiers, les business plan,… Aujourd’hui, les études sérieuses sont effectuées et doivent permettre justement de définir la bonne trajectoire. Parfois, il faut prendre le temps de bien décider, de bien choisir ses partenaires et définir les feuilles de route pour ensuite les dérouler le plus naturellement. Il ne faut pas inverser les choses.

    - Des entreprises se sont installées en Afrique dans le sillage des déplacements du Roi. Sauf que parfois, elles ne sont pas payées. Que faites-vous pour elles?
    - Nous les accompagnons. Nous sommes conscients de la difficulté aussi bien de l’entreprise qui n’est pas payée que l’Etat qui ne les paie pas. Ce sont parfois des pays qui n’ont pas de liquidités. Aujourd’hui, dans mon département, nous avons une équipe qui se penche sur les cas particuliers.

    mohsine_jazouli_2_061.jpg

    Aujourd’hui, le projet Tanger Tech est relancé au plus haut niveau, avec l’appui des deux chefs d’Etat. Il n’était pas arrêté, il avait simplement besoin d’être redynamisé (Ph. Privée)

    - Précisément, comment ces dossiers sont traités?
    - Nous relançons les intéressés via les canaux diplomatiques. Quand des problèmes sérieux font prendre des risques à une entreprise, nous nous saisissons du dossier. Nous utilisons nos grandes réunions multilatérales pour avoir des échanges bilatéraux et traiter ces cas spécifiques. C’est un sujet qui nous préoccupe. Ce ne sont pas des Etats voyous, c’est simplement que les finances ne le permettent pas, certains sont à la limite de la cessation de paiement. Après ils sont obligés de gérer les priorités comme celle de payer d’abord les salaires des fonctionnaires. Ensuite, c'est au tour des matières premières. L’entreprise marocaine qui a livré un chantier n’est pas dans la bonne priorité de ces Etats. Nous essayons de faire remonter la priorité.

    - Quel est le nombre de dossiers et le montant des arriérés?
    - Il n’y a pas de chiffres aujourd’hui parce qu’ils ne sont pas tous déclarés. Mais nous avons quelques dossiers qui dépassent le million de dollars.

    - Avez-vous déjà évalué les projets lancés dans le sillage des visites royales?
    - Non seulement nous les avons évalués mais cartographiés, répertoriés, mis dans un système d’information. Ils sont suivis comme le lait sur le feu, par région, par pays, par secteur et par acteur. Aujourd’hui, c’est une partie importante du périmètre de mon département qui consiste à suivre et à monitorer l’ensemble des projets pour faire en sorte qu’ils aboutissent.

    - Tous les projets annoncés ont-ils été réalisés?
    - Nous parlons de plus de 500 accords. Il arrive, pour une raison ou une autre, que certains ne voient pas le jour. Aujourd’hui, nous sommes à 3% de projets non concrétisés. Sur le reste, cela prend du temps, et ce n’est pas toujours simple. La signature d’un accord ne signifie pas que le projet a démarré. Il faut du temps entre les deux. En plus de les monitorer, l’action de mon département est de les aider à aboutir. Une équipe est là pour faciliter la mise en œuvre des projets.

    Feuille de route

    A son installation, Mohsine Jazouli a mis en place un cabinet renforcé tout en travaillant de manière étroite avec le ministère des Affaires étrangères. «Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir une équipe et des directions existantes de qualité au niveau du ministère. Cela fonctionne bien», note le ministre. Sa première action a été de définir une feuille de route qui consiste à concrétiser les accords signés et à rendre irréversible la dynamique du Maroc en Afrique. Il s’agit aussi d’initier de nouveaux projets qui découlent de la vision de SM autour notamment de l’agriculture, de l’eau, de la logistique, des ports, de la culture et du culte.

    Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

                                                                       

    Mode opératoire

    Le credo de Mohsine Jazouli: «A chaque défi, une solution sera trouvée». Une devise qu’il a fait sienne depuis la création du ministère qui reflète l’engagement du Royaume pour l’Afrique. Ma mission se résume en une phrase: opérationnaliser la vision royale sur le terrain. Cela passe nécessairement par la réussite des engagements pris par le Maroc et la pérennisation de sa dynamique en Afrique.

    A cet effet, le ministre est entouré d’une équipe d’experts dont un groupe dédié au suivi des projets en s’appuyant sur le réseau diplomatique. Une autre équipe itinérante fait le suivi sur le terrain. «Ils sont spécialisés dans l’ingénierie et le pilotage de projets. Nous avons mis en place un système d’information pour nous renseigner en temps réel sur l’avancement des projets et réagir rapidement», dit-il.

     

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc