Politique

Majorité: Vers une guerre des tranchées?

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5338 Le 28/08/2018 | Partager
Le PPS poussé vers la sortie
Le duel entre la secrétaire d’Etat et son ministre de tutelle dure depuis des mois
Deux réunions décisives avant d’annoncer la position officielle du parti de Nabil Benabdallah
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Après les derniers coups contre le PPS, l’alliance, actée depuis le gouvernement de Benkirane, sera-t-elle brisée? (Ph. Bziouat)

La majorité tangue. Déjà, elle ne faisait pas preuve d’homogénéité politique au point que les alliés de cette coalition tiraient à hue et à dia. Les derniers évènements sont venus accélérer la cacophonie au sein de l’exécutif.

En effet, la suppression du secrétariat d’Etat en charge de l’Eau, occupé alors par Charafat Afailal, a compliqué les choses, particulièrement pour le PPS qui essuie un autre revers, après le limogeage de Nabil Benabdallah et El Houssein Louardi.

Dans les rangs de ce parti, qui avait mouillé sa chemise avec une alliance sans faille avec le PJD de Abdelilah Benkirane, c’est la stupéfaction. Certes, les problèmes entre le ministre Abdelkader Amara et sa secrétaire d’Etat ne datent pas d’hier mais personne ne s’attendait à un traitement similaire.

A maintes reprises, elle s’était plainte du blocage à la signature des décrets d’application ainsi que d’autres documents. D’autres ministres comme celui de l’Intérieur étaient au courant des mésaventures de Charafat Afailal avec son chef. Saâdeddine El Othmani était également sensibilisé par Nabil Benabdallah dans l’espoir de le voir procéder aux arbitrages nécessaires.

Cependant, ce qui a désarçonné l’état-major du PPS est la manière de faire de leurs amis du PJD. Surtout quand on sait que Charafat Afailal a assisté normalement au Conseil de gouvernement sans que ni son ministre de tutelle ni le chef du gouvernement ne l’ait informé de la procédure en cours. Trois heures plus tard, elle appris, par le communiqué du cabinet royal, la mauvaise nouvelle de la suppression de son département.

Le communiqué est on ne peut plus clair en endossant la responsabilité de cette opération à Saâdeddine El Othmani: «SM le Roi a bien voulu donner son approbation à la proposition du chef du gouvernement portant sur la suppression du secrétariat d’Etat chargé de l’Eau auprès du ministère de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau».

Ainsi, «l’ensemble des attributions de ce département seront désormais transférées et intégrées au sein des structures et prérogatives du ministère de tutelle, tout en œuvrant à la révision de son organigramme».

Dans cette opération, même le SG du PPS a été ignoré. Pourtant, ce parti se prévalait d’entretenir une relation privilégiée avec le PJD. Après les multiples coups reçus à cause de cette alliance «contre nature», le voilà qui boit le calice jusqu’à la lie. Le PPS regrette que Saâdeddine El Othmani, en tant que chef de la majorité, joue en solo la partition, sans consulter ni calculer son allié.

Sur le plan politique, cette nouvelle séquence est considérée comme un départ de feu supplémentaire qui devrait ravager la relation entre le PPS et le PJD. Nabil Benabdallah ne voulait visiblement pas se prononcer avant que sa vision de la situation ne soit complétée par des éléments fournis par le chef du gouvernement. Une réunion entre Saâdeddine El Othmani et une délégation du bureau politique du PPS, conduite par son SG, était programmée hier après-midi.

Pour être définitivement fixés sur la conduite à suivre, les dirigeants de ce parti veulent savoir ce qui s’est passé. S’agit-il de l’intérêt national et d’une nouvelle gouvernance du secteur de l’eau qui nécessite cette suppression?  s’interroge un membre du bureau politique. Par ailleurs, l’un d’entre eux  note que «lier cette suppression à la publication par “Bayane El Youm”, l’organe du PPS, d’une enquête sur le secteur de l’eau 24 heures avant, est fantaisiste».

En tout cas, à l’heure où nous mettons sous presse, aucun élément n’a encore filtré. Cette rencontre sera suivie par une réunion décisive du bureau politique aujourd’hui mardi. «Aucun scénario n’est à exclure, toutes les options sont sur la table», affirme une source proche du dossier, qui précise que les deux réunions ont un rôle important dans la définition de l’orientation politique du PPS.

A voir de plus près les séquences de cette histoire, le parti de Nabil Benabdallah est de plus en plus poussé vers la porte de sortie. Va-t-il oser franchir le pas en jetant l’éponge et quitter le gouvernement alors qu’il dispose encore de deux portefeuilles pleins (la Santé et l’Habitat) contre quatre dans le gouvernement de Benkirane? Difficile à dire.

Attributions

La suppression du département de Charafat Afailal met en avant la question des attributions des secrétaires d’Etat. Sur ce dossier, le chef du gouvernement n’a pas apporté les réponses attendues car, dans les faits, d’autres départements sont également concernés. Un ministre évoque le sujet par métaphore. Selon lui, «les prérogatives sont à géométrie variable: des secrétaires d’Etat roulent à 20% du potentiel de leur vitesse, d’autres à 10%,…». En effet,  d’autres continuent à se faire lanterner par leur ministre de tutelle, sans bouger le petit doigt. Car, en tout, ils sont une dizaine. Deux dépendent de Aziz Akhannouch. Il s’agit de Mbarka Bouaida (RNI), secrétaire d’Etat en charge des Pêches, et de son collègue Moha Ouhelli (MP), affecté au Développement rural, des eaux et forêts. Dans la réalité, les dossiers importants sont directement pilotés par le ministre de l’Agriculture. Idem pour deux autres relevant de Moulay Hafid Elalamy: Rkia Derham (USFP-Commerce extérieur) et Othmane El Firdaousse (UC-Investissement). A ceux-ci s’ajoutent Mounia Boucetta (technocrate en charge de la Coopération internationale), Fatna El Kihel (MP-Habitat), Mohamed El Gharass (MP-Formation professionnelle) et Khalid Samadi (PJD-Enseignement supérieur). Le dernier n’est autre que Mohamed Najib Boulif, membre du SG du PJD, et secrétaire d’Etat au Transport, chapeauté par son camarade Abdelkader Amara.

 

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