Dossier Spécial

Jeunes/Politique: Une relation toujours contrariée

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5336 Le 17/08/2018 | Partager
Le couple perverti par le quota
Gros décalages entre les caciques des partis et leurs bases
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Les jeunes ne se limitent plus à la distribution des tracts lors des campagnes électorales. Certains exigent de figurer sur la liste nationale pour devenir parlementaires (Ph. Bziouat)

Le dernier discours du Trône a remis la question de la jeunesse et de la politique sous le feu des projecteurs. «Il est vrai que les partis s’efforcent de s’acquitter au mieux de leur tâche. Néanmoins, il leur faudra attirer de nouvelles élites et inciter les jeunes à s’engager dans l’action politique, les générations d’aujourd’hui étant les mieux placées pour connaître les problèmes et les nécessités de leur époque», a souligné SM le Roi lors du dernier discours du Trône.

Pour l’heure, les initiatives prises pour attirer les jeunes à adhérer aux formations n’ont pas été décisives. Dans la plupart des cas, elles se sont limitées à la création d’organisations de jeunesse pour les formations qui n’en disposaient pas. C’est le cas notamment du MP, du PAM et du RNI qui ont créé des structures similaires, avec plus ou moins de succès.

Au lendemain du printemps arabe en 2011, dans le sillage du Mouvement du 20 février et l’effervescence autour de la réforme de la Constitution, les partis ont voulu montrer qu’ils ont découvert la parade pour régler la question de l’implication des jeunes dans le jeu politique.

C’est ainsi qu’ils ont décidé de leur consacrer 30 sièges à la Chambre des représentants, en plus des 60 de la liste nationale des femmes. Au départ, l’idée visait à insuffler du sang neuf et une nouvelle dynamique au Parlement, via l’arrivée de cette jeunesse. Cependant, dans sa mise en œuvre, le système de quota, qui n’existe pas dans les pays développés à la tradition démocratique ancrée, a perverti le jeu politique.

Si, à l’origine, l’idée visait à encourager les jeunes à franchir les marches de l’hémicycle pour une régénérescence de l’élite politique, dans la pratique, les choses se passent autrement. A la fin du mandat, les jeunes, devenus députés à la faveur du quota, ne reviennent pas au Parlement via la circonscription locale (un jeune n’a droit qu’à un mandat unique sur cette liste).

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Ouiam Lamharchi, Abdelmjid El Fassi, Yassine Radi,… Le système des « fils de … » a fonctionné plein régime pour les élections législatives de 2016 (Ph. Bziouat)

Le seul qui a pu décrocher son siège dans une circonscription locale est Yassine Radi, sous les couleurs de l’UC.  Son père Driss Radi, un notable de la région de Kénitra, est membre du bureau politique du parti de Mohamed Sajid. Pour le quota, le système de « fils de… » a fonctionné à plein régime.

Ainsi, Abbas Al Fassi était intervenu lors des législatives de 2016 pour que son fils, Abdelmjid, soit sur la liste des jeunes. Laârbi Lamharchi, membre du bureau politique et président de l’instance des élus du PAM, a appuyé sa fille Ouiam à devenir députée.

En tout cas, les griefs contre ce système sont multiples. Ainsi, un sentiment de frustration s’est développé chez les autres jeunes. «Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes n’intègrent pas les partis parce qu’ils savent qu’ils ne seront pas parlementaires. Car, avant d’adhérer à une formation politique, le candidat demande d’abord s’il va figurer sur la liste nationale lors des prochaines élections législatives», rappelle un dirigeant de parti.

Crise de confiance

Après l’intermède lié à l’effervescence des jeunes autour du Mouvement du 20 février et du processus de réforme de la Constitution, les jeunes ont recommencé à s’éloigner de la politique. En effet, l’enquête L’Economiste-Sunergia du début de cette année a montré un essoufflement de l’implication des jeunes. Selon les données de cette investigation, les avis en faveur de l’utilité du vote sont plus importants au fur et à mesure que les personnes avancent dans l’âge. Autre fait saillant, le taux des personnes convaincues de l’importance de voter baisse en fonction de la catégorie socioprofessionnelle. Contrairement aux discours officiels, le faible taux de participation aux élections n’est pas lié à l’analphabétisme ni à une faible prise de conscience des enjeux de l’opération électorale. Ces résultats confirment les analyses attribuant ce phénomène à une crise de confiance des citoyens vis-à-vis des élus et de leurs partis. Ce n’est pas le cas pour les populations des provinces du Sud où 65% des personnes interrogées considèrent que le vote est utile. Des données qui confortent les résultats détaillés des dernières élections, qui avaient montré qu’elles arrivent en tête des taux de participation enregistrés.

 

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