Régions

Casablanca: Quel scénario pour la gestion de la décharge?

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5335 Le 16/08/2018 | Partager
Les déchets, une ressource gaspillée…
30 postes d’emploi créés pour 10.000 tonnes d’ordures
Le traitement bio-mécanique (MBT), nouveau modèle de gestion
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«A peu près le quart du budget des communes est englouti par la gestion des déchets, avec peu ou pas de résultats probants», relève Abderrahim Ksiri, président de l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre (AESVT) (Ph. Moufik)

Dans quelques semaines, les élus de Casablanca se prononceront sur l’avenir de la collecte et la gestion des déchets dans la métropole. L’ouverture des plis pour les appels d’offres, lancés cet été, est prévue en septembre prochain. Une décision qui engagera les générations futures pour des décennies, mais qui est malheureusement prise «sans vision, ni stratégie à long terme».

C’est en substance le message lancé par Abderrahim Ksiri, président de l'AESVT (Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre). «Les représentants de la société civile ne sont pas associés au processus de sélection des options envisagées dans le cadre d’une démarche participative», déplore cet acteur associatif, qui est également coordinateur national de l’AMCDD (Alliance marocaine pour le climat et le développement durable).

Le milieu associatif suit de près ce dossier. Il appelle à l’ouverture d’un débat public avant d’opérer des choix stratégiques. Faut-il continuer sur l’enfouissement pour des années à venir alors que d’autres options écologiques et économiquement viables sont disponibles?  A titre d’exemple, l’incinération, la méthanisation, la pyrolyse ou encore le traitement bio-mécanique des déchets…

«Nous sommes contre la conclusion de contrats qui coûtent plus cher en favorisant des solutions techniques qui bloquent les initiatives de réduction des déchets ou leur valorisation par le tri à la source et le développement de différentes filières», poursuit Ksiri. Du coup, la société civile environnementale, à travers l'AMCDD, mène actuellement une campagne de mobilisation pour un nouveau modèle de gestion des déchets.

«Notre approche n’a jamais été la bonne, car nous continuons à considérer les ordures comme des déchets et non des ressources», dénonce Ksiri. Conséquence: les efforts ont toujours été dirigés vers la collecte, le nettoiement, le transport et l’enfouissement, avec tout ce qui s’ensuit comme dépenses exponentielles.

En effet, la commune de Casablanca verse chaque année plus de 970 millions de DH pour la collecte et la mise en décharge avec des résultats peu probants, voire catastrophiques. Un montant revu à la hausse d’année en année.

«Pourtant, il suffit de changer d’optique et de considérer le développement de filières autour du tri et de la valorisation des déchets», explique le président de l'AESVT.

Outre la réduction des pollutions (dues à l’enfouissement et au lixiviat), la valorisation permettra la création de milliers d’emplois (chaque 10.000 tonnes créera 30 postes d’emploi).

Si, sous d’autres cieux, plus de la moitié des déchets produits est valorisée (voire 90% dans certains pays), à peine 7% des déchets le sont au Maroc. D’où l’énorme potentiel à exploiter en lançant tout un écosystème autour de la décharge de Médiouna.

«En amont, il faudra développer le tri sélectif avec une politique adaptée à chaque arrondissement», poursuit Ksiri. Son association a mené durant des années des expériences pilotes dans des dizaines de villes. S’il reconnaît que la pratique n’est pas encore bien ancrée dans les esprits, le spécialiste assure que tout est question d’approche adaptée. «Nous avons mené plusieurs activités en même temps que l’initiation au tri sélectif».

Pour rappel, l’association a procédé à des actions d’embellissement de quartiers, des journées de sensibilisation pour enfants dans les écoles… Ce qui s’est traduit par un premier succès concluant dans certains quartiers. «Le Marocain a toujours opéré un tri de base, celui du pain, séparé des autres ordures», explique-t-il. Il a donc suffi de mettre des bacs dédiés et d’inciter les gardiens et les concierges à revendre les restes de pain. Ce qui leur assurait des revenus allant jusqu’à 100 DH en 2 jours.

Selon l’expert, si le tri sélectif n’a pas marché jusqu’ici, c’est tout d’abord faute d’implication des élus et des délégataires. Pour garantir son succès, il faut rendre la démarche économiquement viable et surtout ne pas démarrer dans les quartiers difficiles. Il faudra aussi beaucoup travailler sur le facteur humain via la sensibilisation, l’incitation et la réglementation. «C’est normalement le travail des élus», rappelle Ksiri.

Par ailleurs, l’AMCDD s’apprête à organiser, le 18 septembre prochain, une conférence qui regroupera des experts nationaux et étrangers qui débattront des meilleures options et expériences internationales en matière de collecte et de gestion d’ordures ménagères.

MBT vs incinération

Pour Abderrahim Ksiri, le modèle le mieux adapté pour l’exploitation de la décharge de Médiouna est celui du traitement bio-mécanique des déchets (MBT). «Je crois que les procédés de séchage des déchets pour produire le MBT représentent une solution moins coûteuse, qui ne bloque surtout pas les solutions durables d'avenir sur lesquelles on table». Ses arguments? Tout d’abord le coût de cette méthode relativement réduit par rapport à l’incinération. Il s’agit en fait de produire des briques de déchets asséchés, destinées à la combustion à usage industriel (cimenteries, sidérurgies …).  «L’incinération reste une option coûteuse pour les communes qui doivent garantir une quantité suffisante de déchets sur des décennies», assure l’acteur associatif. Ce qui a pour effet de bloquer les efforts de tri sélectif en amont.

 

 

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