Chronique

Sommet des BRICS à Johannesburg: L’économie mondiale à la croisée des chemins

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5327 Le 02/08/2018 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

C'est un Sommet anniversaire (10 ans) qui a réuni les BRICS à Johannesburg du 25 au 27 juillet dernier avec pour thème la croissance inclusive et la prospérité partagée. C’est surtout le contexte de guerre commerciale lancée par le Président américain Donald Trump qui a donné le ton à cette rencontre. Les dirigeants des BRICS sont déterminés à s’entendre sur une coopération accrue dans un environnement économique international perturbé.

En effet, après l’émergence  d’un monde multipolaire et le fiasco occidental du dernier G7, l’offensive du Président Chinois XI Jinping est frontale en accusant les Etats-Unis de déstabiliser l’ordre mondial, et en déclarant «qu’une guerre commerciale doit être rejetée parce qu’elle n’aurait aucun vainqueur».

Il faut en effet admettre que partant de son slogan de campagne «America First», le Président Donald Trump n’a cessé de prendre depuis son élection des mesures protectionnistes contre la Chine, le Japon, l’Union européenne et la Russie.

La mesure la plus emblématique a été l’instauration le 1er juin 2018 de 25% de droits de douane pour les importations d’acier, et 10% pour les importations de l’aluminium, ainsi que la menace d’une imposition de 20 à 25% des importations d’automobiles européennes.

Bien plus, suite au retrait des Etats-Unis de l’Accord nucléaire avec l’Iran, Donald Trump a décidé de sanctionner les entreprises mêmes non-américaines qui commercent ou investissent en Iran. Comme il fallait s’y attendre, les pays concernés ont pris à leur tour des contre-mesures, ce qui effectivement peut déclencher une guerre commerciale et une baisse de la croissance mondiale.

Cependant, suite certainement à la pression des agriculteurs et des industriels américains, le Président américain semble accepter une trêve dans la guerre commerciale qu’il a lui-même déclenchée. En effet, après sa rencontre avec Jean-Claude Juncker, Président de la commission européenne, le 25 juillet 2018, des décisions ont été prises pour désamorcer la crise de la guerre commerciale.

Il s'agit ainsi de l'abandon du projet de taxes douanières sur le secteur automobile européen pendant les négociations entre Washington et Bruxelles. D’autre part, a été mise en avant la volonté commune d’aller à terme vers le «Zéro tarif douanier» dans les échanges industriels. Le Président américain a en outre promis de résoudre la question des tarifs douaniers de 25% sur l’acier et 10% sur l’aluminium, mais sans fixer de date.

En contrepartie, l’Union européenne s’engage à acheter plus de soja et de gaz naturel liquéfié en provenance des Etats-Unis. Le problème de l’accès aux marchés publics américains a été également soulevé, ces derniers étant pour le moment largement fermés aux entreprises européennes.

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Enfin, les Etats-Unis et l’Union européenne se sont mis d’accord pour réformer l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il s’agit de s’attaquer aux pratiques commerciales déloyales, notamment le non-respect de la propriété intellectuelle, le transfert forcé des technologies, les subventions industrielles, les distorsions créées par les entreprises d’Etat et la surcapacité. C’est la Chine qui est principalement visée par toutes ces questions.

Si l'on peut se réjouir de cette trêve, qui aurait pu avoir des conséquences graves pour l’économie mondiale, et pour tous les pays y compris le Maroc, il ne faut cependant pas crier victoire. Car les négociations vont à peine commencer entre les Etats-Unis et l’Union européenne. De plus, il ne faut pas négliger la réaction des autres puissances commerciales et industrielles du monde, à savoir la Chine, le Japon, le Brésil et la Russie.

Enfin, il faut espérer que Donald Trump ne change pas à nouveau d’avis, comme il nous a habitué depuis son élection. Il faut noter la présence à ce Sommet de Johannesburg du Président turc Recep Tayyib Erdogan qui n’est pas anodine. Il a été invité en tant que Président de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), mais surtout parce qu’il a pris ses distances avec l’Occident, et qu’il peut être un atout pour les BRICS dans leur confrontation avec l’Europe et les Etats-Unis.

Enfin le Sommet ayant lieu dans un pays africain, la coopération Afrique/BRICS a été largement débattue, notamment par le Président sénégalais Macky Sall qui a souhaité une gouvernance mondiale plus juste, plus équitable et plus inclusive.

Il a insisté pour un partenariat entre l’Afrique et les BRICS pragmatique et mutuellement bénéfique. Il a cité comme domaines prioritaires, les infrastructures, l’agricultures, l’énergie, la formation des ressources humaines, les TIC, la finance et les investissements.

Ce Sommet de Johannesburg a ainsi montré les profondes mutations internationales en cours, et l’éclosion d’un nouveau monde dont il faut inventer les règles de gouvernance.

                                                                     

Faire «de la prochaine décennie une autre décennie en or»

Les BRICS sont un groupe de cinq pays: Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud. Ce groupe ne comprenait que les quatre premiers pays en 2009, et a été rejoint par l’Afrique du Sud en 2011. Les BRICS pèsent actuellement 45% de la population de la planète, près de 25% de sa richesse, et les deux tiers de sa croissance. Jusqu’à la fin des années 1990, les BRIC ont été sur des trajectoires économiques fort différentes.

C’est seulement dans les années 2000 que la Russie et le Brésil rejoignent l’Inde et, surtout, la Chine sur la voie d’une croissance forte. Entre 2000 et 2013, leur part dans le PIB mondial est multipliée par 2,5 et il dépasse actuellement 20%, en dollars courants.

À eux quatre, ils pèsent autant que toutes les autres économies émergentes réunies, et seulement moitié moins que l’ensemble des économies avancées (selon les calculs du FMI). Ils ont été les principaux moteurs de la croissance mondiale sur cette période, résistant bien mieux que les économies avancées à la crise globale, tout au moins jusqu’à récemment.

Lors du Sommet, les présidents chinois et russe ont insisté sur la nécessité d’améliorer la coopération entre BRICS.

M. Xi a appelé le forum des cinq pays émergents, qui représente 40% de la population mondiale, à «déverrouiller le potentiel énorme de (leur) coopération économique». «Il est nécessaire que les BRICS renforcent leur partenariat stratégique» pour faire «de la prochaine décennie une autre décennie en or», a-t-il estimé. Son homologue russe l’a suivi, estimant que les BRICS jouaient «un rôle unique dans l’économie mondiale». «Ils contribuent à hauteur de 42% au PIB mondial et cette part ne cesse de croître», s’est félicité Vladimir Poutine.

«En 2017, le commerce entre les BRICS a augmenté de 30% et nous comptons développer encore plus ce partenariat», a-t-il assuré.

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