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Neurosciences: Stress chronique, l’ennemi de votre mémoire

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5321 Le 24/07/2018 | Partager
Destructions cellulaires et perte de concentration
Il débranche également votre système de raisonnement logique
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Le stress chronique favorise la surproduction du cortisol. Cette hormone s’attaque aux neurones de «l’hippocampe», la zone responsable de la mémoire, de l’apprentissage et de la modulation des réponses émotionnelles au niveau du cerveau

Vous avez du mal à vous concentrer durablement et vous oubliez tout le temps toutes sortes d’informations: un rendez-vous, l’endroit où vous avez posé un objet, un terme précis, le contenu d’une vidéo que vous venez de visionner... Rassurez-vous, ce ne sont pas forcément les premiers symptômes d’Alzheimer. Un stress chronique peut aussi être à l’origine de ces perturbations troublantes. 
«Il en existe une forme aiguë, résultant d’un gros choc, comme devant une voiture qui risque de vous percuter. Et puis une forme plus pernicieuse et sournoise. C’est le stress chronique», détaille Riadh Lebib, docteur en neurosciences, designer cogniti. Il est consultant-chercheur chez SBT, un groupe français spécialisé en services innovants s’appuyant sur les neurosciences, l’ingénierie cognitive et les IT. «Il en résulte des sécrétions d’hormones qui, stagnant trop longtemps dans notre cerveau, entraînent  des destructions cellulaires. Ce qui implique des capacités de mémorisation et d’adaptation moindres», explique-t-il. 
Le cortisol est l’hormone du stress par excellence. Sa surproduction a un effet «toxique» sur les neurones de la zone responsable de la mémoire et de l’apprentissage. Appelée «hippocampe», elle intervient également dans la modulation des réponses émotionnelles. L’excès de cortisol peut donc altérer votre mémoire, mais aussi vous conduire droit vers un épisode dépressif. Le stress est d’abord une réaction «animale», censée se déclencher en situation de danger. «Il ne faut pas oublier que notre cerveau est animal. Nous avons hérité des comportements de nos ancêtres. Face à un danger, trois options s’imposent: la fuite, la lutte ou l’inhibition», relève le docteur en neurosciences. Certains préfèrent ainsi démissionner d’un poste stressant, tandis que d’autres décident de rester, tout en manifestant de la colère et de la rage. Un troisième groupe sombre dans un état d’abattement et d’inertie, tout comme un animal tétanisé choisirait de «faire le mort»... «Toutefois, les situations de stress sont généralement exagérées, puisque votre vie n’est pas réellement en danger», souligne Lebib. 
Autre inconvénient de taille du stress, celui de débrancher notre raisonnement logique, ou ce que l’on appelle le «système 2». «Nous possédons deux systèmes. Le premier est une sorte de mode automatique. Il est rapide, intuitif et émotionnel. C’est lui qui assure notre survie. Le deuxième est un mode réfléchi. Il est plus lent, contrôlé et logique», explique Sandrine Belier, docteur en psychologie cognitive, consultante sénior chez SBT. «Nous prenons en moyenne 6.000 décisions par jour, la plupart de manière inconsciente. La majorité passe par le système 1», précise-t-elle. C’est donc la réflexion à chaud qui nous guide en général. Et si en plus le stress vient déconnecter le processus de raisonnement logique, le risque de commettre des erreurs se trouve accru. Prendre le stress chronique à la légère pourrait être lourd de conséquences. Il est impératif d’envisager des solutions de toute urgence (changement de poste, yoga, spiritualité, sport, réorganisation des priorités…), quitte à se faire accompagner par des experts.


Le piège de l’impuissance apprise

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C’est notre pratique terrain qui nous permet d’accumuler le plus de connaissances. Les apprentissages académiques ne représentent que 10% des savoirs acquis. Dans un environnement évoluant à vitesse grand V, où le long life learning s’impose, et où apprendre à apprendre devient une compétence clé, se faire avoir par un leurre cognitif comme l’impuissance apprise peut détruire une carrière

Votre cerveau vous a-t-il déjà signifié que vous n’arriverez pas à accomplir une tâche avant même que vous n’essayiez de l’appréhender? C’est ce que l’on appelle «l’impuissance apprise». «Vous passez en mode échec. Vous doutez de vos compétences, votre estime de soi baisse et vous arrêtez de produire», explique Sandrine Belier, docteur en psychologie cognitive, consultante sénior chez SBT. Ce sentiment intervient généralement lorsque vous échouez une ou plusieurs fois à réaliser une activité, à résoudre un problème. «Pourtant, l’échec est un levier d’apprentissage. Tout le monde a droit à l’erreur», insiste Belier.
Pour mettre en évidence ce phénomène, les spécialistes des sciences cognitives ont souvent recourt à un test assez simple. Ce test a été administré au public de la rencontre récemment organisée à Casablanca par le cabinet Cotch Associates et le groupe SBT, autour du «leadership à l’ère des sciences cognitives et du digital». Trois mots ont été distribués à deux groupes d’individus pour en sortir des anagrammes. Ce que les participants ne savaient pas, c’est que l’un des groupes a reçu deux premiers mots impossibles à reformuler. Après deux tentatives malheureuses de trouver des anagrammes, la majorité des sujets du groupe victime du piège renonce à poursuivre l’exercice. Face à un deuxième public qui réussit aisément l’exercice, ils se sentent impuissants, se dévalorisent et se mettent en «mode échec». «Je suis complètement nul!», murmura un professeur émérite à… HEC! Pourtant, il ne s’agit que d’une illusion d’impuissance.

 

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