Economie

Comment la culture du colza renaît de ses cendres

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:5319 Le 20/07/2018 | Partager
421 millions de DH pour relancer la filière
Des variétés marocaines issues de recherches d'amélioration génétique
153 ha cultivés à titre d’essai en 2017-2018
champ-de-colza.jpg

Un champ de colza dans la région de Berrechid. Le département de tutelle est appelé à sensibiliser les grands exploitants agricoles à en cultiver davantage du moment que son rendement atteint 20 qx/ha et que le prix minimum garanti est fixé à 5.000 DH le quintal (Ph. JEH)

Culture de substitution ou culture alternative à la céréaliculture? La culture du colza s’impose de plus en plus aujourd’hui en tant que l’une des composantes principales de la filière oléagineuse au Maroc. En effet, les résultats d’importantes recherches, menées en matière d’amélioration génétique et culturale du colza, permettent dorénavant le développement de certaines variétés, bien marocaines de colza, représentant, à coup sûr, des acquis à même de jouer un rôle incontestable dans le développement de cette culture. C’est sur la base de ces résultats qu’a été décidée l’introduction de la culture du colza dans la région Casablanca-Settat. Cela, conformément aux objectifs du Plan Maroc Vert (PMV) et également aux dispositions du contrat-programme établi entre le gouvernement et la profession représentée par la Fédération interprofessionnelle des oléagineux (FOLEA). Objectif: élargir le taux de couverture des besoins du pays en huiles, améliorer les revenus des agriculteurs et réduire les importations d’huiles raffinées et de tourteaux. 
D’ailleurs, il existe une zone intermédiaire propice au développement du colza dans la plaine centrale de la Chaouia, partie intégrante de la région Casablanca-Settat. Cette plaine couvre un million d’hectares et enregistre environ 300 à 400 mm de pluies. Elle est appelée le «grenier du Maroc» pour sa production de céréales les années où les précipitations sont normales. Toutefois, malgré le risque de périodes de sécheresse qui y reste élevé, ses sols sont adaptés à l’introduction de la culture du colza et à son développement.
L’autre zone favorable au développement des oléagineux dans cette région est le périmètre d’irrigation des Doukkala. Celui-ci offre une zone potentielle pour les cultures d’oléagineux s’étalant sur 10.000 ha. Pour le colza, les marges potentielles semblent plus encourageantes pour les agriculteurs. En effet, les essais de cultures suggèrent que les marges sur le colza pour les grands exploitants commerciaux pourraient dépasser celles générées par le blé. Cependant, le problème du colza reste principalement lié au développement de la culture sur une base commerciale à grande échelle dans une région où il a été très peu cultivé et où ses produits sont peu consommés. 

Extension et diversification des superficies

C’est pour cela que le département de tutelle a fini par prendre le taureau par les cornes et a décidé de tenter l’expérience. Ainsi, la superficie réalisée à titre d’essai dans la région Casablanca-Settat au cours de la campagne agricole 2017-2018 a été de 153 hectares en zone bour dans la commune rurale de Gharbia au profit de 22 agriculteurs. Le rendement obtenu a atteint 20 quintaux/ha répondant pleinement à l’objectif du PMV. Ce dernier a d'ailleurs mis en place toute une stratégie de relance de la filière des oléagineux dès 2013. Le budget qui lui a été consacré a atteint 421 millions de DH, financé à hauteur de 28% par l’Etat. L’on devrait atteindre, à l’horizon 2030, 127.000 hectares de cultures oléagineuses (85.000 ha de tournesol et 42.000 ha de colza). La réalisation de l’ensemble de ce programme devrait permettre de produire 93.000 tonnes d’huiles d’oléagineux contre 10.000 tonnes seulement en 2011. Et, par conséquent, réduire leurs importations en assurant localement 20% des approvisionnements dès 2020 (contre 2% avant 2013). Pour ce faire, les acteurs de la filière ont fixé pour objectif d’atteindre une production moyenne de 18 quintaux/ha pour le tournesol et 20 quintaux/ha pour le colza. Le contrat-programme vise également l’extension et la diversification des superficies réservées aux cultures oléagineuses pour atteindre une production allant jusqu’à 150.000 tonnes de graines de tournesol et 82.000 tonnes de graines de colza. Soit une production totale de 95.000 tonnes d’huile d’oléagineux contre 10.000 tonnes seulement en 2011, représentant 20% de la consommation nationale en huile et 15% en tourteau à l’horizon 2020. 
Afin d’assurer le succès escompté à ce programme, des mesures d’encouragement ont été décidées par les pouvoirs publics, notamment l’instauration d’un prix minimum garanti compris entre 4.000 et 5.000 DH la tonne (en fonction de l’évolution des cours du tournesol et du colza sur le marché international). Des subventions sont également accordées pour l’acquisition des matériels agricoles adéquats. En outre, une prime est allouée pour la vente en gros des produits. En plus d’une subvention de 10% pour tout investissement dans des unités de stockage.

Agrégation

La renaissance de la culture du colza ne peut réussir sans garantir en aval le stockage et la commercialisation de la production. Une tâche qui peut être confiée aux producteurs et aux triturateurs de la filière oléagineuse. Une initiative qui pourrait être lancée dans le cadre du programme d’agrégation du PMV. Et qui pourrait éventuellement être ouverte à d’autres agrégateurs ayant une expérience similaire dans d’autres cultures. Les triturateurs achèteraient alors les graines sur les sites de stockage de ces autres agrégateurs. Cela créerait un environnement concurrentiel pour le colza et permettrait aux producteurs de mieux négocier les prix. C’est connu, le colza est solide d’un point de vue commercial en raison du potentiel qu’il représente pour les exportations et la consommation intérieure.

Chute des cours et celle de toute la filière

La chute des prix au cours des années 90 avait entraîné celle de toute la filière des oléagineux. Accentuée par l’abandon des prix minimum garantis en 1996 et le manque de débouchés, cette situation a fait que les agriculteurs ont commencé à se désintéresser de ces cultures. De leur côté, les industriels avaient eux aussi directement contribué à rendre cette situation encore plus grave en s’approvisionnant sur le marché international où les matières premières pour la fabrication d’huiles étaient proposées à des prix largement compétitifs par rapport au marché local. A cela, il faut ajouter la libéralisation du secteur et l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange (ALE) avec les Etats-Unis, grands producteurs-exportateurs de matières premières oléagineuses. Ayant été incapables d’anticiper cette situation, les pouvoirs publics ont directement (ou presque) poussé les agriculteurs à délaisser la filière qui n’a pas tardé à disparaître des champs marocains. Mais, heureusement, la flambée des prix des oléagineux, dès 2007 au niveau mondial, a «réveillé» les décideurs en les poussant à revoir leur politique en la matière, la facture d’importation devenant lourde et la dépendance de l’étranger plus aiguë. Deux facteurs négatifs qui pèsent sur une balance commerciale déjà largement déficitaire.

 

___________

Stimuler le rendement du blé

«La culture du colza présente l'avantage d'être un facteur de diversification des rotations, ce qui se traduit par des rendements améliorés des céréales qui suivent quand on le compare à un blé sur blé», souligne la Direction régionale de l’agriculture de Casablanca-Settat. Une diminution globale des problèmes sanitaires est aussi observée et donc des coûts d’entretien de la culture. Le calendrier de culture du colza et notamment la date de semis s'intercale bien avec celui des autres cultures de l'assolement. En effet, le colza stimule le rendement du blé qui suit. 
Un blé après colza produit environ 10% de rendement en plus qu'un blé après blé. Les différences de productivité peuvent aller jusqu'à 30%. Le blé après colza est moins cher à produire qu'un blé après blé. Les coûts de désherbage du blé sont plus faibles après un colza. Les coûts de protection fongicide peuvent être réduits. Les besoins en fertilisation azotée (-20 à -50 unités) et phosphatée sont moindres.
En outre, le colza permet de rompre le cycle des maladies des céréales comme la fusariose et le piétin échaudage qui sont largement favorisés par les rotations céréales sur céréales. Les effets bénéfiques du colza dans les rotations céréalières s'expliquent, entre autres, par la décomposition des résidus de culture du colza, riches en glucosinolates, qui entraîne la production de composés toxiques pouvant inhiber des champignons conservés dans le sol. Le colza freine ainsi le développement des mauvaises herbes dont le cycle est hivernal ou printanier. En occupant le sol au début de la campagne au mois de juin, il limite le développement des adventices annuels.
Enfin, il faut noter que la culture du colza n’est pas «concurrentielle» avec les autres cultures. Il s’agit d’une culture additionnelle pour les agriculteurs. La technique de «têtes de rotation» permet d’améliorer les rendements de la céréaliculture, tout en supprimant les périodes de jachère. Elle permet ainsi de régénérer le sol pour y entreprendre d’autres cultures. Le rendement est bien amélioré à travers la technique «du dérobé». 

___________

Oléagineux: Les perspectives dans le monde

oleagineux.jpg
 

La production mondiale d’oléagineux devrait progresser au rythme annuel d’environ 1,5%, soit bien moins vite que pendant la décennie écoulée, souligne le rapport conjoint OCDE-FAO sur les perspectives pour les produits d'oléagineux 2018-2027.
Le Brésil et les États-Unis seront les principaux producteurs de soja, avec des volumes comparables. L’utilisation de tourteaux protéiques augmentera à un rythme moins soutenu, car la croissance de la production animale ralentit et la proportion de tourteaux intégrée à la ration alimentaire des animaux en Chine a atteint un palier. Dans la sphère des huiles végétales, la demande devrait progresser à moindre allure, bridée par une consommation alimentaire par habitant qui augmente moins rapidement dans les pays en développement et par la stagnation de la demande d’huile végétale destinée à la fabrication de biodiesel. Les exportations d’huile végétale continueront de provenir essentiellement d’Indonésie et de Malaisie, tandis que celles de soja, d’autres oléagineux et de tourteaux protéiques auront principalement pour origine les Amériques. Sur la période de projection, les prix devraient légèrement augmenter en valeur nominale, mais enregistrer un modeste recul en valeur réelle.

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc