Competences & rh

Ecole coopérative: Le pari osé d’un groupe de parents

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5307 Le 04/07/2018 | Partager
Statuts, maquette, étude financière… ils s’activent pour leur projet
Un ticket d’entrée qui ne dépasserait pas 50.000 DH
Prêts à recruter des enseignants 20% plus cher que le marché
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Al Badil (l’alternative), c’est le nom que les parents ont choisi pour leur future école coopérative. L’établissement identifié, sis à Mers Sultan à Casablanca, peut accueillir jusqu’à 1.000 élèves (Source: Fouad Maytoussi)

Récupérer une école publique abandonnée pour en faire le modèle de leurs rêves. Un groupe de parents, exaspérés par la médiocrité et la cherté de l’offre éducative disponible, a décidé d’unir ses forces et de prendre les choses en main, en lançant une «école coopérative». Un modèle à but non lucratif où les parents versent un ticket d’entrée.

Cette mise de départ s’apparente à une épargne qu’ils récupèrent à la fin de la scolarité de leurs enfants, puisqu’ils sont remboursés par ceux qui les remplacent. A ce montant se rajoutent des frais de scolarité correspondant au budget de fonctionnement, autour de 2.000 DH par mois. La somme couvrirait tout, y compris la cantine et les activités parascolaires.

La réflexion a été lancée il y a un an (voir L’Economiste N° 5067 du 18 juillet 2017). Aujourd’hui, le projet se précise et se concrétise, petit à petit. «Nous avons réalisé l’étude financière, la maquette, arrêté les statuts, le concept pédagogique, identifié l’établissement… Il ne reste plus que l’autorisation du ministère de l’éducation nationale pour exploiter le local», confie Salaheddine Nabirha, initiateur du projet, lui-même directeur pédagogique d’un établissement supérieur et acteur associatif.

Les parents ont repéré une ancienne école abandonnée, Mly Slimane, à Mers Sultan à Casablanca, à proximité du mythique cinéma Lynx. «Il s’agit d’un site magnifique datant du protectorat, mais qui a besoin d’être réhabilité. Dans les bâtiments arrières, il ya une salle de sport, un théâtre et une salle de musique», précise Nabirha.

Des images satellite, des photos et des mesures de l’extérieur ont permis de réaliser une maquette. «L’établissement ne sera jamais la propriété de la coopérative. Nous financerons seuls le projet et en assumerons les risques. Nous sommes prêts à être audités, et nous accepterons toutes les conditions du ministère», insiste l’initiateur du projet. Le cadre juridique sera verrouillé pour que la coopérative ne se transforme jamais en entreprise.

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Un investissement ne dépassant pas 20 millions de DH a été fixé. Le ticket d’entrée serait autour de 50.000 DH. L’idée est de réserver l’accès à la classe moyenne. 10% des places seraient gratuitement offertes à des élèves démunis. Des places pourraient aussi être vendues à des fondations qui souhaiteraient parrainer des enfants issus de milieux défavorisés. Le démarrage serait opéré avec le préscolaire pour commencer, avant d’attaquer le primaire et le secondaire.

Les parents envisagent de payer les enseignants 20% plus cher que le marché, afin d’attirer les meilleurs. Ils rêvent d’une école incluant des activités sportives et artistiques, favorisant l’épanouissement de leurs enfants, et où les devoirs sont intégrés dans l’emploi du temps.

Une école qui les prépare aux défis du futur, au lieu de formater leur esprit. Ils ambitionnent, d’ailleurs, d’insérer le codage informatique dès le CP. Pas question de se noyer dans des concepts abstraits. Le cursus encouragerait l’apprentissage par la pratique dans des classes réduites.  

Il y a un an, un groupe d’une trentaine de parents s’était réparti en commissions (pédagogique, financière, juridique, ressources humaines et communication) afin de plancher sur le projet. Aujourd’hui, ils sont nombreux à souhaiter s’y associer.

Si le ministère donne son aval, ce serait une première. Enfin presque. Une association de parents de dyslexiques a récemment obtenu le droit d’exploiter une école abandonnée à Hay Hassani, pour offrir un modèle adapté aux enfants souffrant de troubles de l’apprentissage.

Charter schools, ce modèle enterré

Le projet de charter schools (écoles associées) était bien prévu dans la stratégie du ministère de l’Education nationale. Il s’agit d’écoles publiques dont la gestion est confiée à un opérateur privé, qui peut être une association de parents d’élèves, une fondation, une ONG, un investisseur… Selon cette configuration, le délégataire assure une gestion optimale, associant les parents, et se charge de la réhabilitation des établissements publics environnants. Le ministère, lui, surveille le respect des tarifs et des critères de qualité. Le prix ne doit pas dépasser 800 DH par mois (modulable en fonction du pouvoir d’achat du quartier ou de la région concernés), avec un quota de gratuité de 20% en faveur d’élèves démunis. Le modèle, contesté par des syndicats criant à la privatisation du système d’enseignement, a cependant été abandonné.

 

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